Que s’est-il passé durant la gestion de la crise du Covid-19 au sein des autorités suisses? Il faudra encore enquêter, et un peu de distance permettra d’y voir plus clair. Reste que si la séquence a démontré une remarquable capacité de réponse des institutions, il y a eu aussi des couacs. Et des gros. Le premier a consisté à consulter beaucoup trop tard la communauté scientifique. Celle-ci s’est littéralement auto-mobilisée pour s’inviter dans la war room, où l’on n’avait pas au préalable prévu de siège pour elle.

C’est un comble: le patron de la recherche fondamentale, que l’on pourrait s’imaginer prisonnier d’une vision à très long terme, a pris le taureau par les cornes. Non seulement Matthias Egger a fédéré une équipe de choc de 60 scientifiques en un temps record, mais en plus ils ont ensemble publié une quarantaine de papiers dans tous les domaines afin de préparer le pays au pire. Y compris dans des disciplines cruciales mais non sanitaires comme l’économie ou l’éthique.

Lire aussi: Matthias Egger quitte la présidence de la task force Covid-19

La communauté scientifique a fait preuve d’une agilité assez peu ordinaire alors même que le concept de task force n’entre pas naturellement dans les rouages de la machine fédérale. Les blouses blanches plus rapides que les costumes sombres de Berne? C’est ce qu’a démontré la crise. Le départ de Matthias Egger – épidémiologiste réputé – au moment où tout le monde redoute une deuxième vague n’annonce rien de bon.

A-t-il été viré? A Berne, ce mot n’existe pas. Comme dans les grandes entreprises, on se consacre à des «projets personnels» et ce professeur de l’Uni de Berne, président du Fonds national qui pilote des projets d’envergure, a sûrement pas mal de choses à faire. Reste que son retrait sonne comme une alerte.

Lire aussi: Le groupe d’experts de la Confédération juge le déconfinement trop rapide

Ce sera un des sujets pour l’avenir: comment constituer de nouvelles task forces à la fois indépendantes et durables pour faire face aux défis qui s’annoncent, comme le changement climatique ou la cybersécurité. Faut-il attendre une catastrophe naturelle ou un hacking d’ampleur pour s’y atteler?

Il apparaît désormais clairement que la relation à trois entre le politique, les scientifiques et la haute administration n’a pas fonctionné. L’OFSP vit à l’heure du fax et, quand il s’agit de traiter un cas aussi massif, fulgurant et déstabilisant qu’une pandémie, cela s’est vu. La nouvelle équipe de direction qui se met en place devra démontrer que la révolution est en marche.