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Opinion

Aucun loup, bouquetin ou homme n’est pure souche!

OPINION. Les opposants au retour du loup prétendent qu’il n’y a pas de «vrai» loup dans les Alpes, mais qu’ils seraient le produit d’une «hybridation». Elucubrations, répond le biologiste Raphaël Arlettaz, par ailleurs membre du comité de Fauna.vs, Société valaisanne de biologie de la faune

Les opposants au retour du loup sont toujours à l’affût d’un nouvel angle d’attaque pour tenter de détracter le prédateur. Après le mythe des lâchers clandestins qui a fait long feu (les loups qui recolonisent les Alpes le font spontanément depuis la population qui a toujours survécu dans l’Appenin italien), ils prétendent maintenant qu’il n’y a pas de «vrai» loup dans les Alpes: tous seraient le produit d’«hybridations» avec des chiens. Cette thèse récente, avancée par un collectif d’éleveurs français qui ont commandité des analyses génétiques à un laboratoire privé allemand dont les compétences scientifiques ont été jugées fort douteuses par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage français (ONCFS), est maintenant reprise par les milieux cynégétiques et certains éleveurs.

Un non-sens biologique

Parler d’hybrides entre chien et loup est en fait un non-sens biologique. En effet, un hybride est toujours le produit du croisement entre deux espèces distinctes. Par exemple le mulet est issu du croisement entre un âne et une jument. Or, chien et loup appartiennent à la même espèce! Le chien n’est rien d’autre qu’un loup domestiqué par l’homme. L’histoire du chien est ainsi très récente: elle remonte à environ 30 000 ans, lorsque les premiers loups ont été apprivoisés par Homo sapiens. Depuis, il y a eu des situations récurrentes où des chiens et des loups se sont croisés, et ceci peut toujours se produire naturellement, notamment si une louve s’accouple avec un chien (qui vivrait par exemple à l’état sauvage). On parle alors d’introgression génétique et non d’hybridation sensu stricto, soit de transfert de gènes d’une souche ou d’une population à une autre au sein d’une même espèce.

La grande majorité des bouquetins des Alpes portent aujourd’hui des gènes de chèvre!

Toutes les publications scientifiques portant sur des marqueurs génétiques (la seule méthode valable scientifiquement pour une telle estimation) convergent: en Espagne, en Europe centrale et dans l’Appenin italien, le taux d’introgression chien-loup est d’environ 5%, soit détecté chez un loup sur 20. Le Dr Luca Fumagalli de l’Unil est en train d’effectuer une analyse des loups identifiés en Suisse depuis vingt ans pour voir quel pourrait être leur niveau d’introgression. Malgorzata Pilot, de la School of Life Sciences de l’Université de Lincoln, et ses collègues viennent par ailleurs de montrer qu’en Eurasie il y a des traces très claires d’ascendance mixte entre loups et chiens et qu’il s’agit plutôt d’un phénomène certes récurrent mais ancien. Malgré cela, loups et chiens forment deux groupes génétiques bien différenciés, ce qui suggère que ces introgressions du génome du loup par celui du chien représentent finalement un phénomène aujourd’hui plutôt marginal.

Théories complotistes

Un autre exemple d’introgression est présenté par le bouquetin des Alpes. Celui-ci a failli disparaître totalement au XIXe siècle en raison des persécutions par la chasse: seuls quelques dizaines d’individus subsistaient au Grand Paradis, dans la réserve de chasse du roi Victor-Emmanuel. Au début du XIXe siècle, des braconniers y ont capturé quelques individus qui ont été conduits illégalement dans un zoo saint-gallois. Au début, ces rares spécimens ont dû être croisés avec des chèvres afin de reconstituer un effectif suffisant pour effectuer des réintroductions. Ainsi, la grande majorité des bouquetins des Alpes portent-ils aujourd’hui des gènes de chèvre! Or, on n’a jamais entendu les milieux cynégétiques demander l’éradication du bouquetin sous prétexte que leur génome ne serait pas pur! Notons que notre génome d’homme européen moderne est lui aussi introgressé par des gènes de Néanderthaliens, avec qui nous nous sommes épisodiquement appariés, sans que nous nous considérions pour autant comme des sous-hommes!

Quant à la thèse de croisements qui seraient sciemment organisés par l’homme pour opérer des lâchers clandestins, elle relève des théories complotistes et conspirationnistes.

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