Ouf! On l'a échappé belle! Et dire que l'on était parti pour «une de ces paniques à l'ancienne», avant de se rendre compte très vite que rien, absolument rien, ne justifiait de vendre en masse des actions liées à la Nouvelle Economie. Tels étaient les propos de plusieurs acteurs financiers au soir de l'une des séances boursières les plus folles de ces dix dernières années. Le Nasdaq, l'indice des valeurs technologiques américaines, a perdu mardi près d'un sixième de sa valeur en quatre heures, avant de remonter aussi sec. A entendre ces acteurs du marché, le krach s'était transformé en anecdote.

Vraiment? En fait, derrière la rhétorique lénifiante de quelques traders pointe, de plus en plus fort, le malaise que suscite la folie boursière liée à Internet. A force de répéter que les sociétés des nouvelles technologies ne pouvaient être évaluées à l'aune des principes de valorisation habituels, on a fini par oublier tout principe. On achète à l'aveugle, dans une optique à très court terme, des titres tellement surévalués que leur niveau ne peut résulter que d'un pari à très long terme sur la viabilité future des sociétés qu'ils représentent. Même après plusieurs jours de baisse, les valeurs du Nasdaq s'achètent en moyenne 188 fois les bénéfices (lorsqu'il y en a…), alors que les trente titres majeurs réunis au sein du Dow Jones sont sept fois moins chers.

Entraînée par cette folie Internet, la popularisation de la Bourse s'est doublée du sentiment généralisé que l'argent né de l'argent rapporte bien plus gros que le produit d'un réel travail. Le refrain des années quatre-vingt revient, remixé techno, mais paroles et musique sont identiques. La preuve: si des milliers d'investisseurs individuels ont dû vendre leurs titres technologiques hier sur le Nasdaq, c'est qu'ils devaient rembourser dare-dare les emprunts consentis auprès de brokers pour pouvoir se payer des actions.

De même, la multiplication invraisemblable des fonds de placement liés à la Nouvelle Economie entraîne des mouvements de hausse, puis de baisse, dont on perd la logique fondatrice. Ce yo-yo invraisemblable finira par donner la nausée à l'ensemble de l'économie. Tant mieux: la purge fera du bien.

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