Lors du nul entre la Suisse et l’Espagne samedi soir (1-1), Luis Enrique n’a pas remarqué l’expulsion d’un joueur. Et avant le match, le sélectionneur ibérique avait dit se souvenir que la Nati avait atteint… les demi-finales de la dernière Coupe du monde.

Ces absences cocasses n’enlèvent rien au fait qu’en matière de football, l’ancien joueur du Barça sait de quoi il parle. Alors quand il loue le jeu pratiqué par la Suisse depuis quelques années, il faut l’écouter. Surtout quand, quelques jours plus tôt, l’entraîneur de la Belgique numéro 1 au classement FIFA, Roberto Martinez, y était déjà allé de ses louanges.

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La Nati séduit à l’international. Moins au pays. Elle n’a toujours pas gagné le moindre match en 2020. Les critiques raillent le projet de jeu trop ambitieux de Vladimir Petkovic. Ou le niveau insuffisant des joueurs à disposition pour l’appliquer. Ou le caractère illusoire d’imprimer une identité aussi marquée à une équipe nationale qui ne se réunit que quelques semaines par an. Il vaudrait mieux en revenir à une philosophie plus modeste. Oublier un peu l’intention. Penser rendement.

Un exemple pour les petits frères

Ce point de vue a ses limites. Ce n’est pas comme s’il existait une manière prudente et efficace d’obtenir de bons résultats pour la Nati. Ses responsables ne peuvent pas puiser dans son histoire, récente ou lointaine, la formule pour dominer à coup sûr des adversaires comme l’Espagne ou l’Allemagne (deux fois tenue en échec cet automne). La Suisse a toujours dû bricoler pour exister face aux grandes nations de ce sport. Ce fut jadis en instaurant un «verrou» ultra-défensif. C’est aujourd’hui en faisant le pari d’un football moderne, exigeant, complexe.

Cela donne lieu à des moments de grâce, comme à des instants de désastre. Mais les joueurs se sentent tirés vers le haut, encouragés à rêver grand. Et leurs petits frères de la sélection des moins de 21 ans, actuellement en grande forme, évoluent avec l’exemple inspirant d’une équipe de Suisse bombant le torse face aux équipes plus fortes qu’elle, plutôt que de se préparer à encaisser les coups.

Peut-être qu’elle perdra mardi soir contre l’Ukraine, qu’elle sera reléguée en Ligue des nations, qu’elle terminera l’année sans succès pour la première fois depuis 1998. Mais son vieux maillot de «petite Suisse» modeste ne l’en protégerait certainement pas. Alors autant y aller au panache.