Les invectives sur les réseaux sociaux concernant les pistes cyclables provisoirement élargies le montrent: la politique genevoise s’est bien déconfinée, dans le fracas auquel elle a habitué ses citoyens. Le canton a profité des mesures de sortie de crise du coronavirus pour tester des pistes cyclables maousses. L’affaire avait été dûment annoncée par le Conseil d’Etat. Les hurlements des élus de droite qui prétendent avoir été mis devant le fait accompli relèvent au mieux de la mauvaise foi.

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Il y a plus grave. Le PLR genevois serait en cours de transformation sur plusieurs points importants, dont la politique environnementale et la mobilité. C’est du moins le discours tenu par son président, qui se dit porteur d’un tel changement. Or, la harangue est au contraire portée par lui et par d’autres éminents élus nationaux. L’aggiornamento du parti national sur l’écologie avant la campagne des élections fédérales manque singulièrement d’efficacité.

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Réflexes routiers

Plus largement, miser sur de vieux réflexes routiers inquiète sur la capacité du premier parti du canton à comprendre les évolutions sociétales. Le succès de la Voie verte prouve que les Genevois sont demandeurs d’infrastructures leur permettant de se déplacer à vélo en toute sécurité. Plusieurs votations, cantonales et fédérales, l’ont confirmé. La foule de cyclistes qui a roulé autour de Plainpalais lundi soir en est l’ultime démonstration. Accéder à ces demandes, c’est le bon sens démocratique. Les membres du PLR qui en sont convaincus, et il y en a, feraient bien de donner rapidement de la voix. Montrer que leur parti sait être moderne, à l’écoute, et capable de se réformer, c’est commencer à mettre fin à la spirale de défaites qui s’est installée.

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La gauche a sa part de responsabilités dans cette situation: elle a obtenu du camp d’en face de gros investissements dans les transports publics en laissant entendre que ce serait ensuite au tour de la traversée du lac. Elle recueille aujourd’hui le fruit de son retournement de veste, avec une droite qui se sent trahie. Les Genevois se sont également prononcés en faveur de cette infrastructure-là. Il va bien lui falloir, un jour, l’admettre.

Les Genevois voteront cet automne sur l’assouplissement d’une loi qui veut que chaque disparition de place de parking doive être compensée. Le PLR avait soutenu cette modification portée par Serge Dal Busco, ministre PDC, avant qu’un référendum du TCS ne soit lancé avec succès. «La législature doit servir à faire basculer les mentalités concernant la mobilité», déclarait alors le conseiller d’Etat. Il a quelques mois pour prouver qu’il n’a pas perdu l’appui de son camp et des associations économiques.