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Les autorités vaudoises et suisses négligent l’impact des éoliennes sur la santé

La science commence tout juste à découvrir les effets des infrasons sur le corps humain. Au lieu de faire preuve d’un zèle éolien excessif, les autorités devraient donner un coup de frein à leurs ambitions en vertu du principe de précaution. Par Christine Lavanchy et le Dr Félix Gueissaz

Les autorités vaudoises négligent l’impact des éoliennes sur la santé

Le 2 mars 2015, la Cour administrative du Tribunal cantonal vaudois a admis le recours des opposants au projet éolien conduit par Romande Energie et l’Etat de Vaud sur le site de Sainte-Croix. Elle renvoie les promoteurs de ce projet à de nouvelles études concernant la faune avicole et les nuisances sonores: les pièces fournies étaient si lacunaires qu’elles n’ont pas permis à la cour de procéder à une réelle pesée des intérêts dans ce projet.

Un tel retournement de situation devrait nous inciter à réfléchir sur les réalités de l’énergie éolienne en Suisse et dans le monde.

A ce propos, notre pays prend souvent exemple sur l’Allemagne et son engagement dans l’éolien, très bien. Alors les autorités vaudoises feraient bien d’observer attentivement la législation de ce pays avant de se lancer dans la réalisation des 170 machines de 200 mètres de haut prévues d’ici à 2035.

Le Land de Bavière, par exemple, a instauré en 2014 «la règle 10H», qui prohibe l’implantation d’éoliennes industrielles à une distance inférieure à dix fois la hauteur totale de la machine aux premières résidences (si la hauteur en bout de pale est de 200 mètres, la distance de la machine aux premières habitations doit être d’au minimum deux kilomètres).

Et il ne s’agit pas d’une première mondiale. En 2011 déjà, l’Etat de Victoria, en Australie, imposait une distance minimale de deux kilomètres entre les machines et les premières habitations.

Ces mesures sont bien évidemment motivées par un souci de santé publique, en premier lieu pour protéger la population des nuisances sonores émises par les éoliennes.

Mais ce n’est pas tout. Au Canada, en novembre 2014, deux chercheurs de l’Ecole de médecine de la Western University of London ont publié un inventaire des critères de diagnostics permettant aux praticiens d’appréhender et d’identifier les symptômes cliniques observables chez les personnes qui habitent près de ces machines industrielles.

En Suisse, autorités et promoteurs nous assurent qu’ils respectent les normes de protection en vigueur. Ces normes ont-elles vraiment été étudiées?

Pour bien comprendre le problème, il faut savoir que le spectre sonore émis par une éolienne appartient en partie au monde de l’infrason, comme cela a été démontré très clairement par des chercheurs en 2005 lors d’un congrès acoustique à Tahiti (voir la page 15 du rapport, https://www.wind-watch.org/documents/ ).

Ensuite, il est également nécessaire d’avoir à l’esprit que la législation suisse est lacunaire en ce domaine et que l’ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit (OPB) ne protège pas contre les infrasons, de l’aveu même de nos autorités cantonales concédé à l’occasion du festival Balelec en 2011. Une année plus tard, les nuisances dues aux basses ­fréquences étaient prises en compte et des ajustements furent apportés.

La science décrypte peu à peu de quelle manière ces infrasons affectent la santé, dans l’oreille interne et, plus grave et à long terme, en induisant des maladies dites vibro-acoustiques, qui n’ont rien à voir avec un quelconque effet «nocebo».

Ces émissions infrasoniques ont longtemps été niées par la filière éolienne. Pourtant en Australie, et tout récemment, celle-ci admet, à demi-mot il est vrai, qu’il existe un lien entre la présence d’infrasons et le mal-être exprimé par les riverains, cela dans un communiqué de presse publié en janvier 2015 suite à une étude acoustique commandée par la compagnie elle-même, Pacific Hydro.

Ainsi, cette société signale un rapport entre l’existence des infrasons et le niveau de gêne plus élevé rapporté par les résidents au cours de l’étude.

Dans chacun de leurs témoignages, les riverains disent leurs maux avec les mêmes mots que ceux utilisés par la Suva pour décrire les effets imputables aux infrasons.

Les preuves semblent suffisantes pour inviter l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), les autorités politiques suisses et vaudoises à la plus grande prudence, par l’application du principe de précaution.

Cet article comporte un grand nombre de références et de liens utiles à consulter sur la version en ligne: www.letemps.ch/opinions

Christine Lavanchy, Cully, membre du comité ASGMS et Paysage-Libre Vaud. Dr Félix Gueissaz, Neuchâtel, président de Pro Crêtes

En Australie comme en Bavière, une machine de 200 m de haut doit être éloignée d’au moins 2 kilomètres des habitations

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