Chronique

Des autoroutes à six pistes, pourquoi pas?

OPINION. Le message sur la mobilité du Conseil fédéral au parlement fait couler beaucoup d’encre: horreur, il s’agirait de résoudre l’engorgement des autoroutes helvétiques! Le débat fait donc rage, avec les incohérences habituelles que relève notre chroniqueuse, Marie-Hélène Miauton

A peine les contours du message du Conseil fédéral sur le développement des autoroutes pour résoudre les engorgements actuels furent-ils connus, que la gauche est montée au créneau, avec son sens des nuances habituel: «C’est un projet totalement anachronique qui a l’odeur de l’essence des années 60 et que je trouve déplorable» (Lisa Mazzone, vice-présidente des Verts), «C’est viser 2060 avec la mentalité de 1960! A l’époque des difficultés climatiques, investir massivement dans les autoroutes est un non-sens, une fuite en avant» (Roger Nordmann, conseiller national PS/VD), «Il s’agit du plus grand programme d’expansion routière de l’histoire. Une rechute dans les années 1970, lorsque nous avions construit sans tenir compte de la pollution sonore et de l’air» (Regula Rytz, présidente des Verts).

Quelques milliards plus tard

Nous voilà donc repartis pour des échanges venimeux sur les questions de mobilité, le PS et les Verts ne voulant pas admettre que les transports publics et individuels sont complémentaires et s’arcboutant sur des positions idéologiques qui nous valent la chienlit actuelle. Les voitures roulant péniblement sur une autoroute saturée polluent beaucoup plus que si elles avancent normalement, ils pourraient s’en inquiéter s’ils étaient pragmatiques. Dans les villes, les politiques ont cherché à dissuader les automobilistes par tous les moyens avec pour résultat que les magasins perdent leurs clients venus de l’extérieur et ferment, au bénéfice des malls de périphérie, avec tous les effets pervers de la mobilité induite. Quant au train, il n’est pas exempt de pollution sonore et nécessite du bétonnage, au point qu’il n’aurait jamais vu le jour si la gauche d’aujourd’hui avait été décisionnaire à l’époque. Pourtant, il a bien évolué, tout comme la voiture, devenue moins polluante, plus silencieuse et plus sûre.

Déjà, il y a trente ans, la gauche n’a pas soutenu Swissmetro, qui répondait pourtant à tous les critères environnementaux: sous-terrain donc sans emprise sur le territoire, électrique grâce à la sustentation magnétique, public puisque exploité théoriquement par les CFF… Mais ses contradicteurs, toujours les mêmes, trouvaient inutile d’aller si vite en Suisse (sic), et craignaient que ce train inter-villes nuise aux périphéries alors que, au contraire, les voies de surface auraient ainsi été libérées pour le trafic régional. Toujours est-il que la Suisse, frileuse à l’époque et carrément pusillanime depuis, n’a pas offert sa chance à ce projet futuriste qui lui aurait permis d’entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. A la place, on a fait Rail 2000 mais, quelques milliards plus tard, rien n’a été réglé des problèmes qui s’annonçaient.

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Toutes les infrastructures sont engorgées

Alors que la situation ne fait qu’empirer autour de et entre les agglomérations du pays, la gauche réagit donc aux propositions du gouvernement en freinant des quatre fers. Pourtant, il ne s’agit que d’adapter les infrastructures à l’augmentation de la population: la Suisse comptait 5,75 millions d’habitants en 1964, date de la construction de l’autoroute A1, elle n’en dénombre pas moins de 8,5 aujourd’hui, et l’OFS lui en prédit 9,5 en 2030. Mais, pour la gauche, les mêmes quatre pistes, c’est suffisant. Quel aveuglement!

Le grand argument des Neinsager, c’est qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait: télétravail, covoiturage, flexibilisation des horaires de travail (celle-là même dont la gauche ne veut pas) réduiront la mobilité. Il faudra se souvenir de renvoyer les opposants à ce type de raisonnement lorsqu’ils proposeront de nouveaux budgets pour les transports publics… En réalité, le constat est clair: toutes les infrastructures sont engorgées, et les moyens de transport restent complémentaires envers et contre tout. Sauf à assumer une réelle décroissance avec toutes ses conséquences, il devient donc urgent de prendre des décisions, dont les propositions du Conseil fédéral font partie.

Devant ces réactions, on comprend mieux l’urgence pour le PS de placer Simonetta Sommaruga au DETEC!


Une précédente chronique: Les effets (in)attendus du libéralisme

mh.miauton@bluewin.ch

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