Charivari

Soyez autotélique et vous serez serein

OPINION. Auto… quoi? Autotélique, ce qui signifie faire une chose pour elle-même et non pour le résultat. Aux yeux de notre chroniqueuse, c’est la zénitude (et la lucidité) assurées

C’est un mot que j’ai appris dans un récent article sur la gestion du stress, et il me plaît. Pour sa sonorité déjà qui a quelque chose de dynamique et d’ailé. Pour son sens aussi, qui gratifie le présent et la gratuité. Une action est «autotélique» lorsqu’elle est menée sans autre but qu’elle-même. En accomplissant une activité avec cet état d'esprit, on respire mieux, on se détend, mais surtout, surtout, on est bien plus efficace que si on se laisse vampiriser par l’objectif visé.

Un exemple? La cuisine, entreprise universelle même si elle continue à concerner certaines plus que d’autres… Quand on fait à manger, on peut soit stresser à mort en se disant qu’on est méga en retard, parce que, vraiment, l’apéro avec les potes était de trop et une tarte aux lardons-tomates (n’oubliez pas les herbes de Provence), il faut quand même compter 45 minutes alors que les enfants sont affamés.

Un troisième apéro?

On peut donc soit se laisser dévorer par la panique et libérer un max de toxines, crisper les épaules et lâcher au sol le saladier avec les œufs et la crème mélangés – non il n’y a plus d’œufs dans le frigo, pas la peine de vérifier. Soit donner aux enfants des fruits coupés pour patienter, du saucisson aussi, se verser un troisième apéro, cuisiner le cœur léger et profiter de ce moment savoureux où les lardons fricotent dans la poêle avec les oignons et que ça sent tellement bon…

En fait, on a toujours le choix. Si, si, on a toujours la possibilité de prendre la voie la moins toxique pour soi. Souvent, on se dit que non, qu’on n’est pas dans une pub Ricoré, que la vie est plus compliquée que ça. On ne peut pas jouer à Mary Poppins, parce que l’aîné est en train de planter sa maturité ou que la cadette est prise dans une sale histoire de mobbing scolaire. Sans compter les licenciements qui menacent les parents. La réalité n’est pas rose, non. Mais stresser pendant qu’on conduit, qu’on fait à manger, qu’on fait les courses, etc., n’aide pas. En profitant du moment présent, même dans des actions mineures, on crée un espace en soi et on adoucit son karma.

Mieux. En respirant profondément, l’autotélique oxygène son cerveau et améliore aussi sa lucidité. Mihaly Csikszentmihalyi, psychologue hongrois dont le nom est déjà un défi autotélique, observe dans Vivre: la psychologie du bonheur que la personne autotélique n’est «ni passive ni contemplative, mais animée d’un désir de comprendre, d’une volonté de résoudre un problème. On pourrait parler d’un intérêt désintéressé.» J’adore. Quand je serai grande, j’aimerais être autotélique. C’est la voie parfaite pour la sérénité éclairée.


Chronique précédente

Je comprends et respecte Fernand Melgar

Publicité