Opinion

Autriche: il faut boycotter les ministres d’extrême droite et la présidence du Conseil de l’UE

OPINION. Dans une tribune publiée par plusieurs journaux européens, un collectif – comprenant notamment Bernard Kouchner, Beate et Serge Klarsfeld – appelle les leaders européens à «la mise au ban de l’Europe de ce gouvernement autrichien»

Ne détournons pas les yeux: ce sont bien les héritiers du nazisme qui sont entrés en position de force dans le nouveau gouvernement autrichien. Nous sommes tous concernés car nous sommes tous menacés par leur funeste idéologie de haine. La démocratie et l’Europe font face à un nouveau coup de boutoir, qui pourrait leur être fatal. C’est une étape dangereuse.

Pourtant, c’est dans un silence et une apathie coupables que les chancelleries comme la rue ont accueilli cette nouvelle.

Nous refusons l’idée selon laquelle la progression du nationalisme et la fin de la démocratie seraient une fatalité, et l’action contre les héritiers du nazisme, inutile voire illégitime. Au contraire, nous pensons qu’il est de la responsabilité éthique, citoyenne et politique de tous de se confronter résolument à eux.

C’est pourquoi nous appelons à la mise au ban de l’Europe de ce gouvernement autrichien.

En pratique, cela signifie que les ministres autrichiens d’extrême droite ne doivent être reçus par aucun de leurs homologues européens, qui ne doivent participer à aucune réunion ou rencontre avec eux.

Cela signifie également le boycott par les chefs d’Etats et de gouvernements de la présidence autrichienne du Conseil de l’Union européenne, entre le 1er juillet et le 31 décembre 2018.

Ce n’est pas en laissant se déployer avec permissivité les idéologies qui ont amené à sa destruction que l’avenir de l’Europe peut être bâti, mais en combattant vigoureusement pour ses valeurs humanistes fondamentales.

Il en va de la nature de notre destin partagé.


Appel lancé avec: Beate et Serge Klarsfeld, dirigeants des Fils et Filles de déportés juifs de France, ambassadeurs honoraires et envoyés spéciaux de l’Unesco pour l’enseignement de l’histoire de la Shoah et la prévention du génocide (Allemagne et France), José Ramos-Horta, Prix Nobel de la paix, ancien président de la République démocratique du Timor-Oriental, Miguel Angel Moratinos, ancien ministre des Affaires étrangères (Espagne), Kim Campbell, ancienne première ministre du Canada, présidente du World Movement for Democracy (Canada), Livia Fränkel, présidente de l’Association des rescapés de la Shoah (Suède), Vojtěch Blodig, directeur adjoint du Mémorial du camp de concentration de Terezin (République tchèque), Danis Tanovic, cinéaste (Bosnie-Herzégovine), Rithy Panh, écrivain, cinéaste (Cambodge, France), Oliviero Toscani, artiste plasticien (Italie), Jovan Divjak, ancien général commandant le 1er Corps d’armée de l’armée de la République de Bosnie et d’Herzégovine, défenseur de Sarajevo assiégée, directeur exécutif de Education Builds Bosnia and Herzegovina (Bosnie-Herzégovine), Richard Prasquier, vice-président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France – CRIF, ancien président de Yad Vashem France, Pascal Bruckner, essayiste (France), Willy Silberstein, président du Comité suédois contre l’antisémitisme (Suède), Evelynne Garbacz, directrice des programmes de la Fondation Yad Vashem (Grande-Bretagne), Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo (France), Naomi Kramer, présidente de la Fondation pour la prévention des génocides et l’éducation sur la Shoah (Canada), Oriol López Badell, coordinateur de l’Observatoire européen des mémoires (Espagne), Alain Goldschläger, ancien président du comité académique de l’International Holocaust Remembrance Alliance, professeur (Canada), Felicia Waldman, professeure au Goldstein Goren Center for Hebrew Studies de l’Université de Bucarest, cheffe adjointe de délégation nationale à l’International Holocaust Remembrance Alliance (Roumanie), Jacques Smits, directeur des Territoires de la mémoire (Belgique).

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