Les Américains

Aux Etats-Unis, donner son sang pour survivre

Aux Etats-Unis, les plus désespérés peuvent espérer obtenir jusqu'à 3120 dollars par an en vendant leur plasma, raconte notre chroniqueuse

En Suisse et dans la plupart des pays européens, donner son sang est un acte altruiste, tout au plus récompensé par un sandwich, pour redonner des forces. Aux Etats-Unis, donner son sang est parfois motivé par une raison bien moins noble: l'argent. 

Le don du plasma, composant du sang riche en protéines qui permet de fabriquer des médicaments, est un business florissant aux Etats-Unis, rappelait récemment le New York Times dans un article éclairant. Des personnes en situation de précarité peuvent obtenir 30 dollars par don de plasma sanguin - 50 les premières fois - , et ce jusqu'à 104 fois dans l'année. Mais jamais plus de deux fois par semaine. Elles peuvent espérer gagner 3120 dollars au total par an, pour autant qu'elles soient en bonne santé. 

C'est ce que fait Jacqueline Watson, dont le journal raconte l'histoire. Son fils a été condamné à la perpétuité. Il a besoin d'argent. Sa mère n'en a pas vraiment. Le sang qui coule dans ses veines lui permet par contre rapidement de se procurer les 30 dollars qui permettront à son fils de téléphoner. Elle file donc au centre de dons du sang le plus proche, en l'occurence CSL Plasma, une boîte australienne. Et reçoit l'argent sur une carte de crédit. 

Jacqueline Watson fait partie des nombreux Américains qui donnent leur sang par besoin. Les dons du sang se multiplient et depuis 2000, les dépenses ont quadruplé. En 2017, ce marché représentait plus de 21 milliards de dollars, rappelle le New York Times. En 2016, 1,9% de l'ensemble des exportations américaines étaient liées au sang récolté. Plus que le soja ou les ordinateurs. 

Forcément, la polémique pointe, tout comme les questions éthiques. Les plus désespérés, parmi lesquels des sans-abris qui cachent parfois leur toxicomanie, sont-ils exploités pour permettre la fabrication de médicaments lucratifs? Les centres de collecte sont, comme par hasard, souvent situés dans les quartiers pauvres... Surtout: risquent-ils, en multipliant les dons, d'avoir des ennuis de santé, notamment de l'anémie? Comme le rappellent les journalistes Marie Maurisse et François Pilet dans leur documentaire Le Business du sang diffusé en décembre 2016 sur la RTS et Arte, des entreprises suisses participent à cette industrie juteuse aux Etats-Unis. C'est le cas par exemple d'Octapharma. Des médicaments vendus en Suisse peuvent ainsi contenir du plasma de donneurs américains rémunérés alors même que la pratique est interdite en Suisse. Le documentaire a également relevé une autre face sombre du marché du plasma: la Croix-Rouge suisse revend une partie du plasma récolté à des entreprises privées comme Octapharma ou CSL. Et les donneurs ne sont pas forcément au courant...

Autre exemple trouble du rapport santé-argent aux Etats-Unis: le maire de New York, Bill De Blasio, contraint ces jours des habitants de Brooklyn à se faire vacciner contre la rougeole, après des pics inquiétants de réapparition de la maladie. Et s'ils ne le font pas? Ils payeront une amende de... 1000 dollars! Les méthodes américaines sont parfois curieuses...

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