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Ayanna Pressley lors d’une réunion démocrate. Etats-Unis, 9 septembre 2018.
© Scott Eisen/AFP

élections

Aux Etats-Unis, l'étonnante poussée du socialisme

OPINION. Donald Trump fait ce qu’il a dit, et c’est le problème. Ses foucades productivistes à court terme préparent un retour de balancier. Premiers indices

Si Bernie Sanders avait été, à la place d’Hillary Clinton, candidat démocrate à la Maison-Blanche en 2016, il aurait pris, quoi qu'en pensent ses fans, une raclée. Le vieux sénateur du Vermont se disait socialiste, et c’était encore, il y a deux ans aux Etats-Unis, un mot qui tue. Donald Trump, entre autres exploits, est en train de ressusciter le vocable moribond. Sous le court règne du républicain tonitruant, Sanders fait des petits, ou – pour être plus précis – surtout des petites qui en veulent.

Audace et insurrection

La saison des primaires, qui préparent les élections du 6 novembre (le midterm), donne côté démocrate des résultats spectaculaires: les citadelles de caciques du parti tombent les unes après les autres sous les coups de francs-tireurs (faut-il écrire de franches tireuses?), d’outsiders, comme on dit là-bas, d’insurgés – d’insurgées que ne freinent ni leur sexe, ni la couleur de leur peau, ni l’audace de leurs propositions. Et ces victoires aux primaires ne seront pas sans lendemain: elles sont souvent obtenues dans des circonscriptions où les républicains sont trop faibles pour l’emporter. Les insurgées iront au Congrès.

La dernière venue, qui la semaine dernière n’arrivait pas à croire à sa victoire tellement elle était inattendue, s’appelle Ayanna Pressley. Elle représentera à la Chambre une partie du Massachusetts et de Boston la patricienne. Elevée par sa mère parce que son père toxicomane était absent, abusée dans l’enfance, elle dit que les gens qui ont «côtoyé la souffrance doivent maintenant côtoyer le pouvoir».


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Les enfants savent ça

Alexandria Ocasio-Cortez, fille d’une Portoricaine, avait ouvert à New York le tir groupé de ces candidates qui se réclament du courant social-démocrate. Jahana Hayes, qui s’est imposée dans le Connecticut, fut naguère «enseignante de l’année» et se bat pour l’école publique malmenée par l’administration républicaine.

Ilhan Omar, née Somalienne, élevée dans un camp de réfugiés au Kenya puis dans le Minnesota, sera l’une des deux premières représentantes musulmanes au Congrès, avec Rashida Tlaib, avocate américano-palestinienne, qui sera l’élue sociale-démocrate de Detroit, Michigan. L’actrice Cynthia Nixon, qui se réclame du même courant, a moins de chances de vaincre le gouverneur de New York, Andrew Cuomo.

Cette étonnante poussée de la gauche du Parti démocrate, au moment où la social-démocratie est en décrépitude dans son creuset européen, a un parrain: Donald Trump. C’est une constante de la mécanique politique en démocratie: quand le balancier est lancé très loin vers une extrémité, son retour vers l’autre pôle est déjà en gestation. Les enfants savent ça.

Sous le court règne du républicain tonitruant, Sanders fait des petits, ou surtout des petites qui en veulent

Et c’est le problème du néo-républicain: il fait ce qu’il a dit, et ses foucades ne visent que le court terme. Disons: 2020. Souvenez-vous: en janvier 2017, en même temps qu’il prêtait serment devant le Capitole, la première décision de Donald Trump a été de notifier officiellement sa candidature à un second mandat.

Tout ce qu’il a entrepris depuis ce jour peut se lire à cette aune: non pas une vision à long terme des Etats-Unis et du monde, mais l’obsession de rendre possible sa réélection dans quatre ans après son improbable victoire minoritaire de 2016. L’horizon de Trump, c’est sa propre survie. Ce qui adviendra ensuite, ce n’est pas son affaire.

Trump est déjà en campagne

Dans la pratique de la Maison-Blanche, ce projet limité se traduit par une politique pro-business sans aucun frein. Des guerres commerciales sont allumées à coups de mesures protectionnistes pour un bénéfice unilatéral. Toutes les négociations collectives sont attaquées au profit d’arrangements bilatéraux mieux contrôlables par le géant américain.

Toutes les tentatives de corriger le dérèglement climatique, en Californie ou par un accord mondial, de protéger l’air et l’eau, sont balayées comme des entraves à la progression du PIB américain. La protection des consommateurs, difficilement mise en place en 2011, est démantelée. La régulation des marchés financiers est assouplie, ce qui vaut ces jours à Donald Trump une mise en garde de deux anciens secrétaires au Trésor et d’un ancien patron de la Réserve fédérale.

Creusement abyssal des inégalités

Cette politique, qui recherche des effets immédiats, paie. L’économie américaine pète de santé – ou plus exactement: le redressement amorcé en 2009 après la crise financière se poursuit sur la même lancée. Trump est déjà en campagne pour célébrer ces succès, dont il s’attribue le mérite exclusif.

Ce productivisme à tous crins est naturellement indifférent au creusement abyssal des inégalités. Barack Obama avait tenté une petite correction en ouvrant la voie à la généralisation de l’assurance maladie. Donald Trump, d’abord pour plaire à son parti d’adoption, a voulu détruire cette réforme, mais n’y parvient pas parce que les Américains ont peu à peu réalisé qu’elle n’était pas mauvaise.

Un programme d’opposition

De la même manière, la défiance blanche à l’égard de l’immigration et des minorités, dont le président est le porte-voix, aboutit par réaction à la mobilisation des populations minoritaires, dont le poids s’accroît dans la société américaine. C’est ce que démontre le résultat étonnant des primaires dans le Parti démocrate.

Et ainsi, peu à peu, se dessine un programme d’opposition au court-termisme trumpien, fondé sur la réduction des inégalités, le renforcement de la protection sociale et l’assurance maladie universelle, la régulation financière, la lutte au niveau national et mondial contre le réchauffement climatique et la destruction de l’environnement. Autrement dit: un programme social-démocrate. Comme l’écrit Paul Krugman, Nobel d’économie et columnist du New York Times, «tôt ou tard, si vous nommez socialisme toute tentative d’améliorer la vie des Américains, beaucoup de gens vont conclure que le socialisme, c’est OK».

A lire également: Alexandria Ocasio-Cortez, une épine de rose chez les démocrates

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