Les Américains

Aux Etats-Unis, des mensonges pas comme les autres

Les contre-vérités lors des auditions devant le Congrès sont fréquentes, relève notre chroniqueuse. Est-on en train d’assister à une banalisation du mensonge dans un pays où il était jusqu’ici considéré comme un crime absolu?

On a beau dire qu’aux Etats-Unis le mensonge est considéré comme un crime absolu, bien moins toléré qu’en Europe, force est de constater que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Nafissatou Diallo, par exemple, la femme de chambre du Sofitel de New York qui a accusé Dominique Strauss-Kahn d’agression sexuelle, est très vite passée du statut de victime à celui de pestiférée. Car elle avait dissimulé quelques détails concernant sa vie privée et son statut migratoire. Une faute grave pour les Américains. #MeToo n’était pas encore passé par là.

Le président Bill Clinton a lui dû ramer après l’affaire Lewinsky. Son mensonge lui a été davantage reproché que sa relation extraconjugale en tant que telle. Mais que dire des ministres de la Justice sous Trump? Jeff Sessions a dû se récuser de l’affaire russe après avoir admis avoir menti: il avait bien rencontré un certain ambassadeur russe à Washington. Il a par la suite rejoint le banc des limogés de Donald Trump. Affaire classée. Touché, coulé, oublié. Quant au nouveau, Bill Barr, son audition mercredi devant le Congrès s’est apparentée à une sorte de spectacle version poker menteur.

«Vilaine presse, va!»

Le procureur spécial Robert Mueller l’accuse d’avoir édulcoré son rapport sur Donald Trump, en le présentant de manière un peu trop favorable dans son résumé. Bill Barr rejette ces accusations et s’en prend à Robert Mueller. Il assure que ce dernier n’a pas remis en question son résumé, mais la manière dont la presse l’a interprété. Vilaine presse, va! Sauf que voilà: la lettre adressée par Mueller le 27 mars, et diffusée par la plupart des médias américains, dit noir sur blanc que c’est bien le résumé proposé par le ministre de la Justice qui pose problème.

«Tragicomédies sans popcorn» 

Difficile de comprendre pourquoi Bill Barr s’est si facilement laissé entraîner sur la pente de ce qui peut ressembler à un mensonge… Paroles contre paroles? Oui, sauf que Robert Mueller a laissé des traces écrites. A d’autres moments, Bill Barr, sous serment, a préféré recourir à une autre tactique, moins dangereuse: l’amnésie partielle. Michael Cohen, l’ex-avocat du président, féroce pitbull devenu gentil caniche depuis qu’il collabore avec la justice, s’est lui aussi rendu coupable de mensonges à propos des affaires de Donald Trump. Il l’a admis devant le Congrès. Pimentées, les auditions devant le Sénat et la Chambre des représentants ressemblent décidément de plus en plus à des tragicomédies, sans popcorn en option.

Le risque de la banalisation 

Mais les diffuseurs de mensonges ne vacillent pas tous. Il en est un en particulier qui a mis la barre très haut: Donald Trump. Le Washington Post traque ses mensonges, imprécisions, contre-vérités et autres erreurs censées être volontaires depuis des mois. Si l’on en croit le journal, il en est déjà à plus de 10 000 depuis son investiture. Avec des degrés de «mensongitude» différents. Des petits Pinocchio permettent d’ailleurs d’en évaluer l’importance, comme les petits piments sur les menus thaïs qui indiquent à quel point le client crachera du feu. Cette profusion comporte un risque immense: la banalisation du mensonge. Et c’est bien ce que Donald Trump contribue à faire. Avec, visiblement, quelques fidèles serviteurs comme complices.

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