Le favori de l'UDC est désormais Thomas Aeschi, 36 ans, une des étoiles montantes de la «génération 2011», brochette de nouveaux élus prometteurs apparus dans tous les partis il y a quatre ans. Le Zougois s'est imposé comme l'un des fidèles serviteurs de Christoph Blocher. Il est déjà vice-président du groupe parlementaire et a tôt accédé à la prestigieuse commission de l'économie. De tous les candidats officiels, il est le plus à droite.

Il a facilement distancé celui qui a longtemps été considéré comme le favori, Heinz Brand. Ce choix exprime la volonté de l'UDC de revendiquer le Département fédéral des finances. Bien que propulsé à la tête de Santésuisse, Heinz Brand reste l'homme d'un seul dossier: l'immigration. S'il avait été élu au Conseil fédéral, on l'aurait mal imaginé ailleurs qu'à Justice et Police.

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Or, même si la version officielle de l'UDC consiste à dire que le nouvel élu sera capable de reprendre n'importe quel portefeuille, y compris celui-là, l'envie n'est pas très grande. Dans une interview au Temps, Toni Brunner ne se demandait-il pas s'il était judicieux de confier le dossier de l'asile à un UDC quand ce parti combat la dernière révision par référendum.

Le profil de Thomas Aeschi est différent. Diplômé de Harvard, polyglotte, conseiller en entreprise, il est un apôtre de la rigueur financière. L'UDC le verrait volontiers à la tête des finances. Le PLR applaudira, mais qu'en penseront les autres partis?

On a souvent entendu que la présence d'un Romand et d'un Tessinois sur le triple ticket de l'UDC ne serait qu'un alibi destiné à favoriser l'élection d'un Alémanique. La réalité sera peut-être plus complexe.

Le cas de Norman Gobbi est particulier. Le membre de la Lega représente certes la minorité italophone, mais son transfert opportuniste à l'UDC risque de laisser le parlement de marbre. En revanche, les chances du candidat officiel Parmelin ne sont pas forcément aussi nulles qu'on le dit.

Les auditions de Thomas Aeschi devant les autres partis seront déterminantes. Son expérience politique limitée, sa grande proximité de Christoph Blocher, sa rigidité sur le thème de la migration, son intransigeance budgétaire pourraient froisser plus d'un grand électeur.

La situation aurait été différente si le Romand de service avait été Oskar Freysinger. En raison de son goût de la provocation et de ses contacts avec certaines droites européennes, il aurait, lui, été un véritable alibi. Devant l'Assemblée fédérale, il n'aurait eu aucune chance face à son colistier alémanique. Avec Guy Parmelin, une surprise reste possible.