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La maison La Muette. Pully, 2016.
© Keystone/Leo Duperrex

Opinion

Quel avenir pour la maison de Ramuz?

Quel est donc ce canton qui se vante de sa nouvelle loi sur la culture, mais refuse d’ouvrir un débat démocratique sur la sauvegarde de La Muette, interroge Isabelle Roland, au nom du comité de sauvegarde de la maison de Ramuz

Les autorités vaudoises se désintéressent de l’avenir de La Muette, en se défaussant sur le projet minimaliste de l’héritière de Ramuz et de la Municipalité de Pully. Afin de justifier l’abandon de ce patrimoine pour une petite extension du musée voisin, elles tentent de discréditer l’intérêt de ce lieu. Mandatée par l’Etat en 2015 pour une étude historique et architecturale de la demeure, la soussignée tient à rectifier les allégations officielles à ce sujet.

En 1930, grâce à une souscription nationale, C. F. Ramuz acquiert à Pully La Muette, où il réside jusqu’à sa mort en 1947. Cet achat constitue pour lui une consécration: «J’ai une maison qui est un grand luxe mais dont j’arrive à supporter les charges», note-t-il dans son Journal. Il transforme en bureau un espace en entresol et reçoit dans son appartement du premier étage André Gide, Jean Cocteau, Ernest Ansermet, René Auberjonois, Alice Rivaz ou Gustave Roud; les écrits de plusieurs d’entre eux évoquent ces rencontres.

Une maison d’écrivain

Après le décès de sa mère, en 1956, Marianne Olivieri-Ramuz, la fille de l’écrivain, loue l’appartement et entrepose provisoirement, dans une pièce proche du bureau, quelques meubles et objets. Devenue veuve en 1969, elle revient à La Muette. Des factures conservées dans la maison attestent qu’elle n’a cessé de l’entretenir et de la maintenir dans un état proche de celui qu’avaient connu ses parents. Certes, elle transforme la cuisine et les sanitaires, réaménage le comble et l’appartement du rez-de-chaussée. Cependant, le bureau demeure intact, tout comme le salon et la salle à manger qui, simplement repeints, abritent toujours la majorité des meubles du temps de Ramuz, ce que confirment des photographies et des peintures de l’époque. Les tableaux de l’écrivain, notamment des œuvres de Soutter, Auberjonois, Cingria, Blanchet et Bischoff, ornaient encore les murs au décès de Marianne Olivieri, en 2012. Fait exceptionnel: septante ans après la mort de Ramuz, le bureau et l’appartement sont quasiment dans l’état des années 1940, sans compter qu’il reste sur place quantité de manuscrits et de documents inexplorés!

En France ou en Allemagne, une telle demeure serait transformée en maison d’écrivain. Celle de Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye, restaurée avec un intérieur reconstitué, a ouvert ses portes en 2016; la même année, Manosque a racheté la maison de Giono pour en faire un musée. En terre vaudoise, on se contente du minimum et on laisse disparaître un patrimoine hors du commun. Le canton a refusé d’emblée d’aider l’héritière dans sa volonté de restaurer et de mettre en valeur La Muette. Il a aussi attendu plus de quatre ans pour établir l’inventaire scientifique, encore inachevé, de son contenu. La Ville de Pully a accepté de collaborer à un projet des plus modestes: seul serait conservé le bureau de Ramuz (38 m2), jumelé à un espace muséal de 60 m2 aménagé dans l’ancien pressoir et la chaufferie. Le tout présenterait l’auteur avec «la mise en place d’expositions temporaires, accordant une large place au multimédia et au numérique», tandis que l’appartement du premier étage serait vidé, rénové et mis en location.

Il existe des solutions simples

Il existe pourtant des solutions simples et moins onéreuses: sans racheter la maison et créer un nouveau musée, louer par exemple l’appartement et en faire une résidence d’écrivain, accessible au public.

Bien des questions se posent à ce jour. Une exploration virtuelle peut-elle remplacer la matérialité d’un tel lieu? Les instances concernées, en agissant en vase clos, ont-elles pris la mesure des conséquences de leurs choix? Peut-on laisser disparaître un intérieur extraordinaire, à considérer comme une archive en soi et documentant la vie du plus grand écrivain vaudois? Quel est donc ce canton qui se vante de sa nouvelle loi sur la culture, mais refuse d’ouvrir un débat démocratique sur la sauvegarde de La Muette, allant ainsi à l’encontre des principes élémentaires de la conservation du patrimoine?

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© Gabioud Simon (gam)