Revue de presse

Les aventures de Trump en Asie, ou le mariage de la carpe et du canard

Le voyage diplomatique du président américain donne pas mal de sueurs froides à ses accompagnateurs et à ses hôtes. Les «guerriers samouraïs» et Kim Jong-un n’ont qu’à bien se tenir

On sait que la sauce au soja est un des aliments de base de la gastronomie en Corée du Sud. Elle est concoctée par de célèbres artisans, fermentée pendant des décennies, voire des siècles, et vendue pour des dizaines de milliers de dollars le litre. Au pays du Matin calme, la présidence n’a donc pas lésiné sur les effets de manche diplomatiques, puisque c’est une préparation élaborée il y a trois cent soixante ans (!) qui sera servie au menu du banquet d’Etat ce mardi en l’honneur de Donald Trump.

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L’antique sauce que l’agence Yonhap qualifie d’«exquise» accompagnera une côte de bœuf avant une sole grillée, le poisson préféré du président américain.

Mais est-il très sain d’avaler autant de nourriture d’un coup? Donald Trump a fait «les délices des réseaux sociaux» lundi, comme le relate entre autres Le Figaro, «après avoir été photographié en train de verser tout un paquet de nourriture pour poissons dans un étang de carpes koï, dans un geste d’impatience durant sa visite au Japon»:

Il semblerait finalement que le geste ne soit pas si inapproprié que cela. Peu importe: 20 minutes France craint tout de même que le chef de la Maison-Blanche – dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est «réputé impulsif» – ne gère pas très bien le protocole diplomatique et qu’il ne parvienne pas à «éviter les écueils géopolitiques». De toute manière, il a déjà fait savoir avant de s’embarquer sur Air Force One qu’il utiliserait «le langage qu’il veut». Point barre.

Ne pas provoquer Pyongyang!

Il n’a pas tardé à le faire au Japon puisque, «avant l’incident des carpes», selon le Japan Times qu’a lu Le Huffington Post, «des sources diplomatiques affirment [qu’il] se serait plaint de la non-intervention des Japonais pendant l’escalade diplomatique avec Pyongyang». Il «aurait ainsi déclaré pendant une réunion avec le premier ministre japonais qu’il ne pouvait pas comprendre pourquoi un pays de «guerriers samouraïs» n’a pas abattu les missiles».

Personne ne lui avait donc dit que le Japon était doté d’une Constitution pacifiste stipulant qu’il «renonçait à jamais à la guerre depuis 1945»? De quoi faire émerger quelques craintes quant à son allocution devant l’Assemblée nationale sud-coréenne. On craint qu’il prenne éventuellement «des libertés avec le programme prévu et n’attise ainsi encore davantage les tensions autour des ambitions nucléaires de la Corée du Nord»: «Si Trump dit quoi que ce soit qui provoque la Corée du Nord, cela pourrait exacerber encore les tensions militaires», juge Koo Kab-Woo, professeur à l’Université des études nord-coréennes de Séoul.

Ces mots qui ont changé

Dans son «M. Trump part en voyage» sur France Inter, Bernard Guetta a d’ailleurs évoqué ces tribulations sur un ton aussi exquis qu’une sauce au soja archéologique. «Durant sa campagne, c’était clair», dit-il: «Il allait se rapprocher de la Russie pour mieux isoler la Chine et la forcer à réévaluer sa monnaie, augmenter ses prix et cesser ainsi d’inonder les Etats-Unis de produits à bas coûts qui mettent l’industrie américaine en faillite et ses ouvriers au chômage.»

«On allait voir ce qu’on allait voir», donc. «Mais les soupçons de connivence entre la campagne Trump et le Kremlin ont si vite été tels que, de crainte de les accréditer, le nouveau président n’a pas pu opérer le rapprochement tant espéré avec Moscou. Il s’en trouve bien incapable de faire plier la Chine ou même de la contraindre à arrondir les angles et la deuxième économie du monde continue d’affirmer sa centralité en Asie, notamment par le développement de sa présence militaire en mer de Chine.»

Alors, les mots ont tellement changé que les alliés asiatiques des Etats-Unis vont «scruter le déroulement de l’étape chinoise du président américain durant laquelle il sera fastueusement reçu par Xi Jinping dont Donald Trump dit désormais, avec une confondante subtilité»: «C’est un homme puissant. Je pense que c’est quelqu’un de très bien.»

Que dira-t-il à Séoul?

Ainsi, il «voudrait dire à l’Asie qu’elle n’a plus qu’à se coucher devant Pékin qu’il ne ferait pas mieux». Et puis «il y a la Corée», cette Corée du Sud où il vient d’arriver et «qui veut tout à la fois continuer d’être protégée de celle du Nord par les Etats-Unis et ne pas être entraînée par eux dans un conflit armé avec le régime de Pyongyang qui lui coûterait un nombre incalculable de morts et de destructions. Alors que dira Donald Trump à Séoul? On ne sait pas, mais toute l’Asie et le monde entier se le demandent.» Et tremblent.

De toute manière, explique Le Parisien, «blouson d’aviateur sur le dos, Donald Trump a donné le ton de son voyage en Asie dès le premier jour de sa tournée»: «Personne, aucun dictateur, aucun régime et aucune nation ne devraient, jamais, sous-estimer la détermination de l’Amérique», a lancé le président devant des soldats américains sur la base militaire américaine de Yokota, à l’ouest de Tokyo. «Un avertissement clair destiné à la Corée du Nord et à Kim Jong-un.»

«On va régler tout ça»

Pour l’heure, l’avion présidentiel Air Force One s’est posé peu avant 3h30 GMT sur la base aérienne d’Osan, près de Séoul, où Donald Trump et son épouse Melania ont été accueillis par la ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-Wha. Les ambitions du président sont claires: «Je me prépare à partir pour la Corée du Sud et à des réunions avec le président Moon, un homme de valeur», a-t-il twitté une dernière fois au Japon. Et puis c’est simple: «On va régler tout ça.»

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