Autocritique. Le mot est sur les lèvres de tous les professionnels des médias. Y compris les miennes. Les médias doivent faire leur autocritique, une injonction répétée comme un mantra, avec plus ou moins de sincérité, soyons sincères.

A l’ère de la toute-puissance a succédé celle de la contrition. Il faut expier nos fautes, si c’est encore possible. Implorer le pardon pour tout le mal que nous avons fait. Parce que les médias sont responsables de tout. Ils se sont plantés sur toute la ligne. L’affaire est entendue depuis quatre ans au moins, et l’élection de Donald Trump. Ces imbéciles de journalistes n’ont rien vu venir, alors que c’était évident pour tout le monde, comme chacun le sait.

La curée permanente

Depuis ce péché originel, la curée est permanente. Quoi qu’ils racontent et quelles que soient leurs intentions, les journalistes ont forcément tout faux. Le réchauffement climatique? Coupables, les journalistes. Coupables de s’être réveillés trop tard, de ne pas être la hauteur de l’urgence, d’oser encore parler parfois d’autre chose. Ou coupables de n’avoir plus que le climat à la bouche, de se vautrer dans le vert jusqu’à la nausée. A vous de choisir.

L’égalité? Coupables encore, ces satanés médias. Coupables d’immobilisme et d’atavisme patriarcal quand ils ne donnent pas suffisamment la parole aux femmes; coupables de militantisme quand ils font l’inverse, quand ils songent à des quotas et visent une parité qui trahit la réalité du terrain.

Les joies de la détestation

Vous avez trop d’amis? Devenez journaliste et découvrez les joies de la détestation. Morceau de choix de l’actualité, le coronavirus vous donnera d’ailleurs l’occasion de vivre l’expérience en accéléré. Consacrez votre une ou votre émission à l’épidémie, et vous verrez pleuvoir les insultes, vous qui entretenez la paranoïa pour vendre du papier ou gagner des parts de marché. Choisissez de passer votre tour ne serait-ce qu’une journée, de ne pas ouvrir votre téléjournal sur le premier cas argovien, et vous serez symétriquement honni, vous qui dissimulez la vérité, de mèche avec les autorités.

Amis rossards, je ne vous en veux pas. Nous, journalistes, avons parfois tendu le bâton pour nous faire battre. Il arrive à certains d’entre nous de faire n’importe quoi. Il y a du mauvais journalisme, des mauvais journalistes, et tant qu’il y en aura, l’introspection restera de mise. Mais j’ai un scoop pour vous: si les médias venaient à disparaître, la planète continuerait de se réchauffer, les inégalités continueraient d’exister et le coronavirus continuerait à se propager. Pour vous en informer, resterait la jungle horizontale de la rumeur. Vous préférez?


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