Notre chroniqueur fouille les circonvolutions du Net politique et des politiques sur le Net

Un homme qui a attaqué le mur de Berlin dans sa jeunesse à coups de «marteau et de burin» ne peut être foncièrement mauvais. Voilà, vulgarisé, le sentiment qui m’a très brièvement animé alors que je grignotais les premières lignes du petit billet, sûrement d’humour, du conseiller national UDC Yves Nidegger.

Je salivais déjà des croustillants propos de ce gai luron publiés lundi sur son profil Facebook. Lui, l’avocat à l’esprit vif, l’humour savoureusement cruel, cette forme d’intelligence au-dessus de la moyenne qui lui confère autant des allures d’autiste sympathique qu’elle ne lui donne des airs d’individu dédaigneux. Lui, le conducteur hardi, cheveux au vent, gourmette et mains gantées caressant le volant de sa BMW X3 au son d’un «Vous permettez, Monsieur» d’Adamo. Ma réjouissance fut, hélas, comme toute jouissance, de courte durée.

Sur le réseau social, le candidat au Conseil national tente une courte démonstration de la nécessité de «fermer les portes» à l’immigration. Une condition préalable nécessaire mais pas suffisante pour lutter contre la «déstabilisation de l’Europe». «On n’aide pas son voisin à combattre le feu chez lui en allumant un autre feu chez soi», argue l’homme de loi, avant de conclure: «Ne restez plus seul comme un neurone dans un congrès du PS. Rejoignez l’UDC.» Moi qui croyais qu’Yves Nidegger avait les murs en aversion.

Pour appuyer sa thèse apocalyptique, le pamphlétaire accompagne sa publication d’une vidéo intitulée «Regardez des migrants africains détruire le sud de l’Italie» et d’une invitation: «Ouvrez les yeux.» Ce que je fis avec célérité, alléché par les promesses de découvrir enfin la vérité que les médias nous cachent.

Premier constat: l’origine de la vidéo. Les images proviennent du site Dailykenn.com, du nom de son créateur, Kenn Gividen. L’américain est candidat aux côtés de Bob Whitaker dans la course à la Maison-Blanche sous la bannière de l’American Freedom Party, un émouvant parti politique qui promeut la suprématie de la race blanche. (Ah oui, il est aussi homophobe et anti-féministe.)

Second constat: ces images d’émeutes n’ont pas été prises en 2015 mais le vendredi 19 septembre 2008. Ce jour-là, des ressortissants africains de la banlieue nord de Naples s’insurgeaient du racisme dont ils se sentaient victimes. [Source: Le Monde]. Ils dénonçaient également le fait d’être assimilés à des dealers, à la suite d’un règlement de compte entre trafiquants ayant causé la mort de six d’entre eux.

Qui évoquait la solitude du neurone, déjà?

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