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Ciment, béton et Mormont

Nicolas Stoll, Pully

A la lecture de l’intéressante page que Le Temps a consacrée aux récents événements concernant la carrière du Mormont (VD), je me permets de vous apporter deux précisions concernant notamment l’interview d’Eugen Brühwiler, professeur à l’EPFL («Avec le ciment on peut faire mieux que du béton», LT du 31.03.2021).

Dans le chapeau, il est question d’une «carrière de ciment». Or, on ne trouve de ciment Portland – nom générique qui désigne les ciments hydrauliques courants, contenant au moins 50% de clinker de ciment Portland – dans aucune carrière: au Mormont, on extrait du calcaire, soit la principale matière première servant à la fabrication du ciment dans l’usine contiguë.

Lire l’interview: Eugen Brühwiler, professeur à l’EPFL: «Avec le ciment on peut faire mieux que du béton»

Dans l’interview elle-même, il est question de recyclage du béton, que votre interlocuteur considère à juste titre comme judicieux. Le contexte de cette interview est toutefois celui d’une manifestation tendant à stopper l’exploitation d’une carrière nécessaire à la cimenterie toute proche, dont la mort est ainsi souhaitée.

Or, il faut comprendre que le recyclage du béton démoli n’apporte aucune solution à cet égard, puisqu’une telle opération ne produit que des granulats, qu’il faudra bien agglomérer ensuite au moyen de ciment pour en faire un nouveau béton.

Lire aussi: A Eclépens, les orchidées de la discorde

Ainsi le recyclage du béton ne permet que de ménager nos ressources en granulats, ce qui n’est pas négligeable, mais nullement de réduire nos besoins en ciment. La question principale reste donc: voulons-nous, faute de ciment, nous passer de béton?

Elle me semble concerner notamment les CFF et leurs importants aménagements sur les sites ferroviaires de Lausanne et de Renens, ou encore les majorités roses-vertes composant les exécutifs vaudois et lausannois pour la construction du métro M3.


On n’indemnise plus, on fait l’aumône

Frédérique Beauvois, porte-parole du collectif vaudois des restaurateurs en difficulté Qui va payer l’addition?, Renens

Une épidémie de fièvre aphteuse en Gruyère: le médecin cantonal ordonne l’abattage du cheptel et l’éleveur est indemnisé pour chaque bovin abattu à concurrence de 6000 francs. Une épidémie de covid-19: les restaurants, discothèques, salles de sport sont contraints de fermer et les exploitants doivent descendre dans la rue pour être indemnisés. Après une année de crise, dix mois de fermeture pour les discothèques, environ sept pour les restaurants et salles de sport, on discute toujours de la facture entre la Confédération et les cantons.

Sur ce sujet: Aides covid: un restaurant ouvre ses livres de comptes

Courageusement, les Chambres fédérales ont accepté d’assumer la responsabilité des mesures sanitaires, même cantonales. L’Etat indemnise les conséquences des décisions qui sacrifient certains pour le bénéfice du plus grand nombre. C’est un principe de base d’un Etat de droit. De son respect dépend la confiance des administrés dans l’action des autorités.

Négliger ce principe reviendrait à dire que dans une crise où la responsabilité individuelle est mise en avant, l’Etat n’en assume aucune. Les décisions de fermeture sans indemnisation seraient le fait du prince. Notre ordre social et notre prospérité ne s’accommoderaient pas de pareil arbitraire.

Lire également: Dans les cantons, les rationnements commencent

C’est pourtant bien d’arbitraire qu'il s’agit quand le Conseil fédéral méprise la volonté du parlement et, de son propre chef, instaure des plafonds d’indemnisation. Dès la fin de l’année 2020, beaucoup d’entreprises ont atteint ce plafond. Elles ne sont plus indemnisées même si les fermetures se poursuivent.

Quand on fixe un plafond, de surcroît si bas, on n’indemnise plus. On fait l’aumône. Les entreprises feront faillite, emportant avec elles les fonds déjà alloués, qui l’auront été en pure perte. La crise sanitaire passera, mais notre pays sera jugé sur les principes qui ont guidé l’action de l’Etat. Il serait souhaitable que les mesures sanitaires ne se résument pas à une gigantesque filouterie d’auberge.


L’avenir du nucléaire

Robert Palivoda, Genève

Carlo Rubbia a reçu, conjointement avec Simon van der Meer, le Prix Nobel de physique en 1984. L’ancien directeur général du CERN (Conseil européen pour la recherche nucléaire) proposait au lieu d’uranium de recourir au thorium comme combustible. Cette énergie nucléaire «verte» présente à mon sens des avantages.

Lire ce billet de blog: Pourquoi il faut vraiment reparler du nucléaire

Déjà, le thorium est abondant sur terre. Contrairement à l’uranium, les déchets du thorium ne sont pas dangereux. Une centrale au thorium peut utiliser les déchets d’uranium comme amorçage. Le thorium contient plus d’énergie que tous les autres éléments – uranium et énergies fossiles. En cas de panne ou d’arrêt brusque, la centrale s’arrête automatiquement de fonctionner. Egalement, le thorium ne permet pas de produire de bombe atomique.

Il faut se rappeler que le principe actuel des centrales nucléaires dérive du premier sous-marin propulsé par l’énergie nucléaire développé en 1943 par l’amiral américain Hyman Rickover. Certains de nos voisins ont tenté d’évoluer dans le domaine du nucléaire classique, mais malgré les milliards dépensés, aucune centrale à eau pressurisée ne fonctionne encore. Les chantiers en France, au Royaume-Uni ou en Finlande ont pris des années de retard et nul ne sait vraiment quand ils fourniront – enfin – du courant.

Après la fission nucléaire, on nous parle maintenant de fusion – à 150 millions de degrés. Encore un éléphant blanc, un gouffre à milliards. Vu l’argent qui circule dans ces projets, toute tentative de faire mieux avec moins est hélas vouée à l’échec.


La diplomatie du Tigre et celle de l’Araignée

Henri Baudraz, Lausanne

L’éditorial «Quand le Conseil fédéral a peur du peuple» et l’article «L’accord-cadre et le sursaut tardif des pro-européens» (LT du 14.04.2021) suscitent chez moi la réflexion suivante. Sous l’impulsion de Georges Clemenceau, dit le Tigre, les diplomates français obtinrent, après que la population civile allemande fut affamée, un traité dont la France, qui obtenait absolument tout ce qu’elle exigeait, se félicita. Ses conséquences furent désastreuses.

L’édito mentionné: Quand le Conseil fédéral a peur du peuple

En traitant du Brexit, le diplomate français Michel Barnier fixa d’emblée des conditions inacceptables, comme le libre accès aux zones de pêche. On n’arriva à aucun accord équilibré et satisfaisant.

Pour traiter avec la Suisse, l’Union européenne veut imposer des conditions inacceptables et, pour tenter de contraindre plus que de convaincre son interlocuteur, retire l’équivalence boursière et menace de mettre fin à la coopération en matière de recherche. Ce qui ne profitera à personne et rompt des liens existants qui ne posaient aucun problème, ni technique ni politique.

Lire encore: Michel Barnier, l’épuisé du Brexit

L’Organisation des Nations unies, pour sa part, a adopté la politique de l’araignée. Elle a accepté la participation de la Suisse à toutes les organisations techniques et humanitaires. Elle a même donné un statut d’observateur à la Confédération. Les liens se sont tissés et consolidés au fil des décennies. Lorsque, finalement, les Helvètes, après un premier refus, se sont laissé convaincre d’adhérer à l’ONU, rien n’a fondamentalement changé tant l’intégration était avancée.

On doit souhaiter que les pro-européens cherchent à convaincre les autorités de l’Union qu’elles arriveront à leurs fins mieux et plus vite en multipliant les liens avec la Suisse, plutôt qu’en rompant ceux qui existent déjà pour tenter de la forcer à se plier aux exigences de sa diplomatie du Tigre. Cela permettrait de progresser bien plus sûrement et paisiblement vers une intégration réussie.


Des biais d’interprétation sur la 5G

Jean-Daniel Zeller, Genève

On peut s’interroger sur l’interprétation que la Chambre constitutionnelle fait de la loi modifiant la loi genevoise sur les constructions et les installations diverses (LCI) qu’elle vient d’annuler, sur recours des opérateurs de téléphonie mobile. Il est par ailleurs fallacieux de la qualifier «d’anti-5G». En effet elle ne demandait que la mise à l’enquête des installations dites «mineures», sans préjuger des décisions finales prises.

Il faut rappeler que pendant la période 2019-2020 si environ 130 mises à l’enquête ont été gelées, c’est plus de 400 modifications «mineures» qui ont été avalisées par le Sabra – Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants – permettant ainsi aux opérateurs de transformer des antennes 4G en 5G, sans aucun contrôle sérieux sur ces travaux, ce que la loi tentait de corriger. La modification de la LCI était donc parfaitement légitime.

Lire l’interview: Christoph Aeschlimann, de Swisscom: «Les menaces de mort sont inacceptables»

Un autre biais est le fait qu’elle concernait également les installations 3G et 4G. On peut s’étonner que cela fasse question car Christoph Aeschlimann, responsable des réseaux chez Swisscom, avouait dans vos colonnes il y a quelques jours qu’ils mettaient «sur une nouvelle antenne toutes les technologies, la 3G, la 4G et la 5G. Nous utilisons toutes les fréquences disponibles pour faire face à la demande». Si les opérateurs promeuvent ce mélange pour des raisons techniques, en quoi est-ce condamnable que la loi fasse de même?


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