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■ «L’indécente» attaque de la Fondation Genève Place financière contre la fiscalité

Pierre Aubert, Genève

«Je trouve l’attaque menée par M. Yves Mirabaud, président de la Fondation Genève Place financière, contre la fiscalité genevoise, qualifiée de rédhibitoire pour les plus riches, indécente (Le Temps du 21.12.2020).

Relire: Place financière: retour sur 2020 et bond en avant pour 2021

Dans son «retour sur 2020», il n’est fait à aucun moment mention des milliers de personnes à Genève qui ont dû quémander leur sac de nourriture pour manger. Le seul souci de M. Mirabaud va aux «4,1% des contribuables qui génèrent 47,6% de l’impôt cantonal sur le revenu, alors que 36% des contribuables ne paient pas d’impôt à ce titre». Nul égard pour la majorité des contribuables, les 60% restants qui paient pourtant les 54% de l’impôt sur le revenu. Dans un même élan, il ne s’intéresse, concernant l’impôt sur la fortune, qu’aux «3,1% des contribuables qui génèrent 81,2% de l’impôt sur la fortune, alors que 70,8% des contribuables ne versent aucun montant». Il n’est fait nulle mention des contribuables qui réussissent à n’en pas payer en déduisant leurs dettes ou par d’autres procédés.

Pour ma part, je trouve tout à fait justifié de payer ma part d’impôt communal, cantonal et fédéral: c’est une participation utile et nécessaire au budget de l’Etat. Cet Etat vers lequel tous les élus de droite et de gauche se sont tournés pour pouvoir traverser la pandémie. Ce devrait être un signe d’équité, de justice sociale ou de reconnaissance que des personnes physiques ou morales très aisées contribuent au bien commun à la mesure de leur capacité financière.

Une attaque qui risque de diviser la société

L’attaque de M. Yves Mirabaud contre une éventuelle augmentation d’impôt risque de diviser la société et d’augmenter les fractures sociales plutôt que de faire jouer la solidarité à la base de notre système fiscal. A quand d’autres voix au sein de la place financière genevoise pour contribuer à une société plus responsable et vraiment durable, plus équitable et véritablement solidaire?»


■ Un «combat libératoire» contre la burqa

Joël Salzmann, médecin, Genève

«Dans vos colonnes (Le Temps du 12.12.2020), Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale des migrations, déplore qu’un débat soit ouvert sur la burqa en Suisse par l’initiative du Comité d’Egerkingen. Il insiste sur le fait que seule une «extrême minorité de femmes» serait concernée, occultant l’effet corrosif que le masquage du visage a sur le vivre-ensemble (hors indications médicales évidemment).

Relire: Etienne Piguet: «L’initiative contre la burqa peut générer un conglomérat de peurs diffuses»

Il existe de nombreuses lois qui régissent les comportements dans l’espace public. La nudité ou les relations sexuelles sur la voie publique sont très rares, et pourtant des lois les interdisent. Faudrait-il alors supprimer toutes les lois qui ne concernent que les agissements d’une toute petite minorité de personnes? En fait, ce que les opposants à l’initiative refusent, c’est que notre société, dans ses rapports avec sa communauté musulmane, définisse clairement des limites aux comportements d’origine religieuse ou culturelle lorsque ceux-ci attentent à la dignité des individus ou à l’égalité des sexes. Dans une société bien organisée, gouverner c’est prévoir. L’exemple effrayant de nos amis français n’est pas pour rassurer. Ils sont dépassés par le séparatisme islamiste dans les écoles, les piscines municipales, au travail, dans la rue, partout. S’ils avaient vu venir, il y a vingt ans, quand cela ne concernait qu’une «extrême minorité de personnes»…

La récente constitution d’un comité de soutien à l’initiative anti-burqa est réjouissante, rassemblant des personnalités allant de la droite libérale (Jean Romain) à l’ex-socialiste neuchâtelois Mohamed Hamdaoui (en rupture avec le PS sur cette question), en passant par des vert'libéraux (Isabelle Chevalley). Il appartient maintenant à la société tout entière, et non aux seuls ultras de l’UDC à l’origine de l’initiative, de s’approprier ce combat libératoire contre la burqa. Il est grand temps que le centre droit, les socialistes, les Verts, les militantes et militants des mouvements associatifs se joignent à cette bataille contre l’enfermement religieux.

Souvent, celles et ceux qui s’opposent à l’initiative promeuvent en fait la discrimination tout en prétendant le contraire; jamais ils n’accepteraient qu’une telle infamie soit imposée à eux-mêmes ou à leurs proches. Quant aux femmes musulmanes, elles sont «autres», justement, alors… on tolère, on laisse faire, on s’en fiche. C’est le racisme inversé des relativistes culturels, qui s’exprime jusque dans les hautes sphères de l’Etat. Ainsi chez Etienne Piguet, nommé et non élu, et dont on ne sait pas s’il s’exprime en son nom propre ou au nom de l’organisme para-étatique qu’il vice-préside.

Il faut voter massivement oui à l’initiative anti-burqa, en résistant ainsi à la normalisation de la bigoterie religieuse dans notre pays, et dire non à la complaisance».


■ Des mesures d’urgence pour les écoles de recrues

Joseph Béglin

«La situation liée au Covid-19 a contraint notre Conseil fédéral à prendre des mesures hors du commun, notamment en repoussant l’entrée en service à leur école de recrues de quelques milliers de nos jeunes citoyens motivés à effectuer leur devoir patriotique. En lieu et place d’une entrée en service traditionnelle, ces recrues sont censées suivre une formation online leur permettant, d’une part, de parvenir à la meilleure intégration possible dans quelques semaines avec les autres recrues, et, d’autre part, d’éviter que les confinés à leur domicile ne prennent du retard dans leur formation, conformément à un programme mis en place par les responsables de la formation des écoles de recrues.

Relire: L’avènement du militaire de canapé

Malheureusement, comme évoqué dans la presse, ce système a ses lacunes. Tout d’abord, il est difficile, voire impossible, pour de nombreuses recrues «à la maison» de suivre ces cours online, le site de l’armée étant peu ou pas accessible et les pages ne se chargeant pas ou si lentement que cela rend l’apprentissage impossible et démotivant. On peut déjà, dans
une certaine mesure, se poser des questions quant à la pertinence d’effectuer ainsi ses trois premières semaines d’école de recrues.

Scandaleux que les recrues à la maison ne soient pas suivies

Il est assez scandaleux de constater que les recrues «à la maison» ne sont pas suivies par les cadres (sous-officiers, officiers) de leur école. Pourtant, selon la presse, ceux-ci sont en service. Imaginons les recrues qui ont la chance d’être en caserne livrées à elles-mêmes sans chefs pour les faire se lever le matin, les suivre, les encadrer, les former. Que se passerait-il? Ces cadres qui payent leurs galons devraient quotidiennement appeler les recrues à la maison et les encadrer. Comme ils le font en caserne. Les cadres sont assez nombreux pour cela. Il est pourtant écrit que «les recrues à la maison» une fois en caserne et ayant pris du retard devront le rattraper.

Cette crise du Covid-19 déjà sacrifie les jeunes générations à qui on a offert une maturité et qui ont le sentiment, pour certains, de ne pas avoir rempli certains objectifs. L’université à distance démotive les jeunes. Maintenant, l’armée à distance, non préparée comme il se doit, renforce ce sentiment pour ces jeunes qui sont l’avenir de notre pays. Une task force qui contacte par téléphone toutes les recrues confinées afin de recueillir leur feed-back quant à la situation actuelle et qui définisse individuellement des mesures d’urgence pour que les programmes de formation soient désormais parfaitement accessibles online devrait être immédiatement mise en place.»


■ Israël, la paix et le parler vrai

Yves Sandoz, professeur honoraire de droit humanitaire, Neuchâtel

«Deux membres de l’Association Suisse-Israël ont émis une opinion lundi 18 janvier dans ce journal sous l’intitulé «Israël-Palestine: en attendant Joe!» J’ose espérer qu’ils ont émis cette opinion à titre personnel et que l’association s’en distancie.

Relire: Israël-Palestine: en attendant Joe Biden

Qu’on lance en temps voulu une sorte de plan Marshall pour la région est certes une idée judicieuse, mais une fois qu’auront été réglés les questions de frontières et autres problèmes de fond. Le projet Kushner n’est qu’une tentative d’acheter les Palestiniens, qui n’ont pas été dupes, avec un plan établi sans les consulter, qui leur laisse la partie congrue et dans le cadre d’une politique Trump qui n’a fait que jeter de l’huile sur le feu.

Défendre une telle initiative, attaquer à nouveau l’UNRWA qui fait un travail indispensable pour les réfugiés palestiniens, et prétendre exempter par avance Israël de toute critique ou condamnation alors que ce pays vient de relancer la construction de colonies illégales et viole constamment le droit international en général et le droit international humanitaire en particulier, tout cela est exactement le contraire de ce que devraient faire les vrais amis d’Israël, dont l’avenir doit s’inscrire dans une région enfin pacifiée.

Les signataires souhaitent que la Suisse ait sur le plan international des représentants «assez courageux pour renoncer à la langue de bois et parler vrai». C’est exactement ce que je souhaite. Mais on ne parle pas des mêmes vérités.»


■ La Chine et le Front uni

Jean François Billeter, Genève

«Ralph Weber a raison d’attirer l’attention, dans Le Temps du 14 décembre 2020, sur la politique du «Front uni» que le pouvoir chinois, c’est-à-dire le parti, mène à l’échelle du monde et à laquelle il consacre de très importants moyens.

Relire: Le Front uni: un aspect méconnu de la présence chinoise en Suisse

Le pouvoir soviétique l’a pratiquée en grand sous Lénine et Staline, mais la situation était différente de celle d’aujourd’hui. N’oublions pas que pour une partie de nos sociétés, l’idéal communiste a représenté un immense espoir, qui a permis aux dirigeants de Moscou de gagner à leur cause, dans les années 1920 et 1930, des «compagnons de route» qui étaient des progressistes. Qu’ils en soient tous revenus tôt ou tard, les derniers lors de Budapest en 1956, n’efface pas la réalité du moment historique précédent. Les dirigeants soviétiques avaient aussi pour but de créer un front antifasciste contre l’Allemagne nazie. Après avoir pris le pouvoir en 1949, le Parti communiste chinois a repris la tradition du «Front uni» parce que la Chine était isolée, qu’elle se cherchait des amis et qu’elle a su, un temps, incarner un nouvel espoir révolutionnaire, dans le tiers-monde surtout.

De tout cela, il ne reste rien. Elle est devenue une grande puissance et n’incarne plus aucun espoir d’émancipation sociale et politique. Sa politique du «Front uni» a par conséquent changé de nature: elle sert à étendre son contrôle. Elle y consacre des moyens énormes, mais ne se sert plus du mot, qui serait gênant aujourd’hui: «Front uni» contre qui? Notons que ce «front» se dit zhanxian (prononcer «djanne-sienne») en chinois, littéralement «ligne de guerre». Gardons aussi à l’esprit qui quiconque devient membre du Parti communiste chinois jure, parmi d’autres choses, de «toujours garder les secrets du parti».

Un pouvoir totalitaire d’un genre nouveau

Ralph Weber a certes raison de mettre en lumière la tradition marxiste-léniniste (léniniste, puis stalinienne plus que marxiste, dirais-je), que le pouvoir chinois pratique désormais secrètement. Pour comprendre comment il agit, cependant, je crois qu’il faut admettre qu’il renoue avec une tradition beaucoup plus ancienne et spécifiquement chinoise, celle du weiqi (prononcer «ouéï-ts’i»), ce jeu que les Japonais appellent le go et dont le but est, pour chacun des deux joueurs, d’occuper progressivement tout l’espace de l’échiquier en cachant son jeu.

Soyons lucides, n’ayons pas peur des mots: nous avons affaire à un pouvoir totalitaire (d’un genre nouveau, il est vrai) puisqu’il vise le contrôle total et l’impose ouvertement quand il ne peut pas faire autrement. Il disqualifie comme «anti-chinoise» toute critique que l’on formule à son endroit. Ne tombons pas dans ce piège: ce ne sont ni «la Chine» ni les Chinois que doit viser la critique, une critique rationnelle, mais le régime. Il importe d’éviter toute confusion sur ce point. Nous devons l’éviter par respect pour les Chinois et pour traiter pacifiquement avec eux, en toute clarté, et en résistant quand il le faut.»


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