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«C’est peut-être vert, mais c’est mort»

Marianne Willener, Erlenbach (ZU)

Relire: La politique agricole suisse est pleine de mauvaises incitations, par Franziska Herren

«Mme Franziska Herren décrit exactement la situation telle que je la vis dans ce hameau du Simmental depuis 1985: toutes les haies ont été supprimées, il n’y a plus de fleurs dans les champs et bientôt plus d’oiseaux. A la suite de l’épandage de lisier et de fumier, les prairies sont brunes pour des jours et la Simme n’a presque plus de poissons, on souffre de maux de tête et notre eau a plusieurs fois été contaminée.
On bétonne, on fait des routes pour transporter des tonnes d’herbe apportée par des camions aux plaques d’immatriculation françaises jusque dans les écuries les plus hautes, et sinon on emploie l’hélicoptère! Vous parlez de beurre, de lait et de carottes suisses…

Mes amis citadins disent «Comme c’est bien vert!» et je leur dis: «C’est peut-être vert, mais c’est mort.»

Cependant le mythe de l’agriculture suisse qui nourrit le pays, même si cela n’a jamais été le cas, a la vie dure».


Déconnexion

Marc-Henri Guex, Boulens (VD)

«Suite à vos différents articles sur les deux votations «agricoles» du
13.06.2021.

Relire: Deux initiatives pour verdir l’agriculture

Etant «paysan» depuis trente-cinq ans, (je préfère à «agriculteur»), je n’arrive plus à comprendre la déconnexion totale du grand public, d’une part, et des médias, d’autre part, par rapport à la réalité du terrain».


Deux «non» aux initiatives extrêmes du 13 juin contre les pesticides

Jean-Daniel Ramu, Satigny

«Depuis la nuit des temps, le paysan est exploité. La différence entre hier et aujourd’hui? Hier, il y avait un seigneur pour 99 paysans. Aujourd’hui il y a 96 seigneurs pour 4 paysans, qui, par le fruit de leur labeur tous les jours, les nourrissent à satiété et à vil prix.

Le seul dénominateur commun entre hier et aujourd’hui: le paysan en prend toujours plein la gueule. Les familles paysannes vous souhaitent un bon appétit».


Le grand gâchis du Grand Théâtre

Gerson Waechter, Genève

«Même Lorenzo da Ponte, le génial librettiste de Mozart, observateur désabusé de la folie humaine, n’aurait pas osé inventer un scénario aussi rocambolesque que celui du théâtre des Nations et de sa fin pitoyable.

Sur ce sujet lire: Une société chinoise réclame 7 millions de francs au Grand Théâtre de Genève

En 2013, à peine une année avant le début des travaux de rénovation du Grand Théâtre, la direction de l’époque s’est rendu compte, tardivement, que la salle du BFM, qui avait été pensée comme salle de remplacement pendant le chantier, n’était pas adéquate. A la suggestion de quelques membres du Cercle des amis du Grand Théâtre, qui connaissaient la scène culturelle parisienne, les dirigeants du Grand Théâtre ont pu racheter pour un montant modeste le magnifique théâtre provisoire en bois que la Comédie Française avait fait ériger à la place Royale pendant la rénovation de la Salle Richelieu.

Un nouveau public et des conditions idéales

Comme vous l’indiquez, le déménagement de la structure à Genève et son adaptation pour l’opéra ont finalement coûté plus de 11 millions de francs, mais le résultat était un triomphe: cet espace intime et chaleureux, doté d’une acoustique exceptionnelle, et salué par la presse internationale, a notamment permis au Grand Théâtre d’attirer un nouveau public et de présenter dans des conditions idéales des chefs-d’œuvre du baroque et des opéras du XXe siècle, inédits à Genève.

Plusieurs d’entre nous, notamment ceux-là mêmes qui étaient à l’origine du rachat de la structure parisienne, ont réclamé à cor et à cri sinon la pérennisation du théâtre des Nations, du moins son maintien pendant au minimum une dizaine d’années pour amortir le coût élevé et permettre aux Genevois de profiter encore de ce théâtre dont nous étions tous tombés amoureux.

En réalité, les décideurs que vous évoquez dans votre article ont décidé, pour des raisons qui n’ont jamais été expliquées, de brader pour une somme dérisoire (on parle d’un montant à peine supérieur à 1 million de francs!) un des fleurons de la vie artistique genevoise. Cette décision a été prise sans aucune transparence, sans réel débat, sans recherche sérieuse de partenaires, et en mettant les citoyens devant le fait accompli.

Aujourd’hui, la réclamation en dommages-intérêts de l’acheteur chinois n’est qu’un avatar qui transforme en farce ce qui est en réalité un terrible gâchis pour notre canton.»


Le salut dans la numérisation, selon «Le Temps»

Anne Gut, Genève

«La lecture de votre éditorial et de l’article sur les «incroyables carences numériques de la Suisse» a suscité quelques réflexions que je vous livre ici: d’abord j’ai été impressionnée par le langage utilisé, les phrases chocs («incroyables carences», «cacophonie grandissante», «Moyen Age de la numérisation») qui me suggèrent deux remarques. Quelle est la fonction de ce langage: veut-on effrayer le lecteur, le rendre responsable de quelque chose qu’on veut lui imposer? Qu’y a-t-il sous ces formulations? Personnellement, j’y vois la forme (qui me heurte) et pas le fond. Qu’a-t-on voulu dire? Et pourquoi est-ce que je ne comprends pas?

Relire notre enquête: La Suisse est au Moyen Age de la numérisation de son système de santé
et notre éditorial: Pourquoi le retard numérique de la Suisse est dramatique

Peut-être parce que ce n’est pas à moi qu’on parle. En effet, je ne suis sans doute pas au cœur de la cible des lecteurs du Temps. J’ai dû arriver presque à la fin de l’article pour comprendre qu’on parlait aux dirigeants, aux entrepreneurs, aux chefs de l’administration, pour ne pas dire aux ministres. Donc pas à moi. Cela implique que le lecteur visé a déjà tout le bagage qui lui permet de comprendre.

Mais voilà, je ne peux parler d’ailleurs que de là où je suis. Et là, on a bien ressenti les dégâts de Zoom, les ratés du dépistage du covid et d’autres faiblesses liées à l’utilisation du numérique dans l’administration et les domaines comme la santé et l’éducation notamment. Mais ce qui me semble prioritaire, ce n’est pas le monstrueux retard de la Suisse, mais plutôt les inégalités entre ceux qui ont les moyens de s’installer confortablement chez eux, ceux qui disposent du matériel informatique nécessaire à leur activité, ceux qui sont à l’aise pour téléphoner aux bureaux des administrations, pour qui voter par courrier postal n’est pas un problème et tous ceux qui ne disposent pas de tout ça.

Ainsi les problèmes se déplacent un peu: comment soutenir les élèves, étudiants, apprentis, pour qui le covid signifie perte de niveau d’études, de chances de s’insérer dans une société dure, inconfort et peut-être dépression. Focaliser l’intérêt sur le numérique et n’évoquer qu’en dernière instance ces questions d’accès pour tous aux instruments indispensables à l’insertion dans la société, c’est pour moi mettre la charrue avant les bœufs, réduire l’organisation sociale à ses aspects quantitatifs et technocratiques. Cette conception s’oppose à la compréhension politique et sociale des problèmes avec le souci d’inclure tous les citoyens dans cette réflexion.

Une sorte de publicité assez agressive

Pour revenir sur la forme de ces articles, je m’étonne que Le Temps privilégie des textes relevant d’une sorte de publicité assez agressive qui fait d’énormes efforts pour nous convaincre que nous avons besoin de la numérisation comme on le fait pour la 5G, au détriment d’une réflexion étayée sur les domaines dans lesquels la numérisation est sans doute un outil utile, mais un outil seulement, qui doit se soumettre au but de l’éducation, de la santé et de tous les autres thèmes qui seront formatés par la numérisation. Mais il existe une voix (d’où vient-elle? qui sert-elle?) qui, édition du Temps après édition du Temps, nous rappelle que le salut est dans la numérisation. Sans citer aucune autre faiblesse et réorientation possible du Service de la Poste 2, on engage Christian Levrat à ne pas rater le virage numérique!

Et nous, saurons-nous résister à cette pensée bulldozer?


La semaine passée: Vous nous avez écrit sur… l’évacuation de la ZAD du Mormont, l’élection complémentaire à Genève, et sur Pâques

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