Vous êtes nombreux à nous écrire toutes les semaines pour partager votre vision de l'actualité, vos critiques ou vos encouragements, ou pour nous proposer des sujets, merci! Nous avons besoin de cette relation avec vous pour continuer de vous offrir les informations que vous cherchez.

Nous transmettons systématiquement vos messages concernant un article en particulier à son auteur ou autrice. Vous pouvez aussi nous poser vos questions sur un sujet qui vous intrigue ou vous tourmente, ou sur un fait qui vous paraît douteux: nous tâcherons d'y répondre. Enfin vous pouvez aussi nous envoyer vos commentaires sur l'actualité.

Ecrivez-nous à Hyperlien@letemps.ch ou mieux, utilisez le formulaire sur notre site, www.letemps.ch/hyperlien

Tous les mercredis, nous publions sur notre site une sélection de vos messages.

Un métier à valoriser: formatrice en langues!

Geneviève Hentsch, formatrice de langues, Neuchâtel

Dans les branches professionnelles majoritairement féminines, les conditions de travail sont très souvent – comme par hasard – plus précaires et moins réglementées qu’ailleurs. Un exemple flagrant, dont on parle pourtant très peu, est le domaine de l’enseignement des langues pour adultes. Dans les écoles de langues privées, les formatrices (parlons au féminin puisque 90% d’entre elles sont des femmes!) sont généralement payées au lance-pierre et travaillent sur mandat, sans contrat fixe qui leur garantisse un revenu. Celles qui en vivent doivent jongler entre plusieurs employeurs, et n’ont que rarement accès à un deuxième pilier. Pourtant, les cours de langues sont un outil majeur d'intégration sociale et professionnelle.

Il est temps que les formatrices en langues se mobilisent et réclament des conditions de travail dignes!

Mais alors pourquoi ce métier est-il si peu valorisé au niveau salarial, voire même… bénévole dans le cas des associations d’aide aux migrants? Pourquoi les actrices importantes de notre politique d’intégration sont-elles soumises, dans certains cas, à une précarité quasi structurelle? Une chose est sûre: tant que les principales intéressées acceptent la situation, il n’y a aucune raison que celle-ci change! Des revendications doivent être formulées: par exemple, la qualité des conditions de travail comme critère d’octroi des mandats publics, ou la mise en place d’une convention collective de travail. La lutte pour l’égalité salariale, ça passe aussi par là. Il est temps que les formatrices de langues se mobilisent et réclament des conditions de travail dignes!

Lire aussi: Isabelle Collet: «Il faudrait dire aux filles: «La tech a besoin de vous!»


Petite chronique du sexisme ordinaire

Brigitte Martin-Béran, Pully (VD)

Alors que nous célébrons les droits des femmes, il est malheureusement nécessaire de rappeler à quel point le chemin est encore long. Deux exemples pour l’illustrer. Mars 2021, la commune de Pully est sur le point d’entreprendre d’importants travaux de réaménagement des voies de circulation principales du village et divers travaux connexes qui vont engendrer de nombreuses et durables nuisances pour les riverains et riveraines. Elle juge donc nécessaire d’informer les habitants et habitantes des lieux. Bonne idée, me direz-vous. Sauf que la lettre de la direction des travaux est adressée uniquement aux habitants (mâles, je précise). M. Jean Dupont reçoit donc une lettre libellée à son nom seul, madame n’est pas mentionnée. Aucun courrier adressé à madame n’arrive les jours suivants. Il y a donc à Pully deux catégories de citoyens. Des citoyens à 100% qui méritent d’être informés et des citoyennes qui, bien qu’ayant été pourvues du droit de vote il y a cinquante ans, ne valent toujours pas la peine qu’on s’adresse à elles.

La lettre de la direction des travaux est adressée uniquement aux habitants (mâles, je précise)

Automne 2020, Mme X (protection des données oblige) se voit prescrire par son médecin un traitement pour lequel l’autorisation de son assurance maladie est requise. Le médecin écrit à l’assurance pour une première phase d’essai. L’assurance accepte, répond au médecin et envoie copie de sa réponse… au mari de Mme X. Une protestation est adressée à l’assurance. Trois mois plus tard, une nouvelle demande pour une plus longue durée est faite par le médecin. Et rebelote, l’assurance répond au médecin avec copie au mari. Re-protestation. L’avenir dira ce qu’il en sera. L’assurance a ainsi manifesté doublement son mépris des droits des femmes: elle a traité Mme X comme quantité négligeable et elle a violé la confidentialité de ses données médicales. La vie quotidienne est encore bourrée de ces exemples choquants et déprimants. Le 8 mars 2021, un jour pour les droits des femmes? Allons, un petit effort! Doublons la mise chaque année. Peut-être la rédemption arrivera-t-elle avant dix ans.

Lire aussi: «Les Mâles du siècle»: Questionner le rapport des hommes au féminisme pour «susciter le débat»

Mise à jour (11/03/2021):

La réponse de la ville de Pully

Madame,

Nous souhaitons apporter quelques précisions quant à la manière dont sont enregistrés les ménages dans le fichier de l'Office de la population à Pully. Lors de l'arrivée dans la Ville et de l'inscription du ménage, le formulaire mentionne une «personne de référence». Au guichet, la question de qui indiquer dans ce champ est posée à chaque personne qui vient s'inscrire. Cette «personne de référence» sera celle à qui sont adressés les courriers officiels. Recherche faite, pour prendre le cas précis de ce récent courrier aux riverains de la rue concernée, sur 1096 lettres, 613 ont été adressées à des hommes et 483 à des femmes. Au vu de ce qui précède, la Ville de Pully ne juge pas que cette procédure, basée sur un processus formel qui a été respecté à la lettre, puisse être qualifiée de sexiste. Elle reste évidemment ouverte au dialogue constructif sur les bonnes pratiques en la matière, qui peuvent toujours évoluer.


Langage inclusif, bataille fatale

Corinne Chaponnière, ancienne journaliste de la RTS

Les premières recherches sur le langage épicène réfléchissaient à la meilleure manière de féminiser ou rendre neutres des expressions inutilement restreintes au genre masculin. Elles ont porté leurs fruits en rendant linguistiquement «visibles», puisque tel était l’enjeu, les avocates, les écrivaines et les secrétaires… générales. Le langage épicène a vécu, il s’agit maintenant de rendre le langage «inclusif», glissement intéressant puisqu’il déplace le problème (réel) de l’androcentrisme de la langue française vers une question de susceptibilité de ses locuteurs et interlocuteurs. Il s’agit maintenant de s’adresser à tout le monde, de ne rejeter personne dans l’ombre ou à la marge. Au fond, c’est le principe des discours officiels qui, pour ne froisser personne, commencent toujours par la liste exhaustive et assommante de tous les dignitaires présents. Etendre cette règle aux médias, est-ce vraiment un progrès?

Le féminisme aurait cherché un bon moyen de perdre, dans l’opinion, le terrain qu’il avait gagné durement ces cinquante dernières années, il n’aurait pas pu trouver mieux

Pour les journalistes, pourtant, chaque seconde compte, tant pour la précision de leur propos que pour l’exactitude des informations. Avant de lancer une grande offensive autoritaire d’inclusion linguistique à la RTS, qui coûtera forcément des secondes utiles à d’autres fins, y a-t-il eu un sondage auprès du public pour mesurer l’ampleur de sa souffrance, à chaque ouverture de téléjournal souhaitant le bonsoir à tous? Le féminisme aurait cherché un bon moyen de perdre, dans l’opinion, le terrain qu’il avait gagné durement ces cinquante dernières années, il n’aurait pas pu trouver mieux: une bataille impopulaire, inopérante sur les vrais problèmes d’inégalité entre hommes et femmes, et obsolète par avance, une vision binaire des genres se trouvant d’ores et déjà contestée par le post-féminisme. «Bonsoir à toutes et à tous» n’est pas encore obligatoire qu’il est déjà ringard. Quelle énergie perdue.

Lire aussi: Le langage épicène met le feu à la RTS


«Faire advenir de nouvelles réalités»

Daniel Barbu, CNRS

Quel affligeant éditorial que celui de Laure Lugon sur le langage épicène à la RTS. Que l’on soit contre le langage épicène, soit, mais que l’on puisse être rédactrice au Temps et avoir une opinion aussi réductrice du métier de journaliste a de quoi, en effet, «rendre triste pour la démocratie»: «Le journalisme n’a pas vocation à faire advenir de nouvelles réalités […] lorsqu’un média de service public endosse une cause dont l’objectif est la révolution sociétale, il y a lieu de s’inquiéter.» Selon cette logique normative, les journalistes devraient donc se contenter de décrire le monde comme il est, parler des choses «comme elles sont», à la manière de Pangloss: surtout ne jamais intervenir, formuler une opinion, investiguer.

Lire l’éditorial: La RTS cède au militantisme

Il ne faudrait donc plus non plus dénoncer la corruption, au risque de faire tomber des politiciens corrompus («faire advenir de nouvelles réalités») ou s’étonner du recul des libertés de la presse en Turquie ou ailleurs, prendre parti pour l’avortement, contre la peine de mort, ou toute autre «révolution sociétale»? Triste journalisme que celui qu’on nous propose. Des content providers: voilà ce que les journalistes doivent être. Il est sans doute heureux pour nous que dans l’histoire de la démocratie, d’autres aient eu du journalisme une vision plus ambitieuse…


Relire vos courriers précédents:

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.