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Pâques dans «Le Temps»

Philippe Freiburghaus, Corcelles-Cormondrèche

La seule mention des fêtes de Pâques dans votre édition du week-end pascal concernait l’absence de parution le lundi. Si cette absence remarquable a été due à un manque d’inspiration, c’est désolant tant il y a à écrire sur le fait fondateur de la religion chrétienne qui a permis l’épanouissement de notre civilisation occidentale et imprègne encore aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, nos lois, notre protection sociale et l’activité d’innombrables ONG. Si ne réserver aucune autre mention aux fêtes de Pâques procédait plutôt d’une volonté, alors elle interroge puissamment sur ses ressorts…


ZAD comme Zone à désirer

Frédéric Choffat, cinéaste, Genève

A l’automne dernier, une poignée d’irréductibles a occupé une colline, dans la campagne vaudoise, afin de la soustraire à la destruction d’une multinationale. C’est une petite colline, rien à voir avec les étendues d’Amazonie qu’on brûle et qu’on saccage chaque jour, mais c’est un symbole. C’est un bout de terre qui abrite quelques milliers d’espèces vivantes, animaux, insectes, végétaux, minéraux. Quelques milliers d’espèces, et, depuis l’automne dernier, une poignée d’êtres humains en plus, souvent pas bien plus vieux que ne le sont mes enfants. Ils ont pris sur eux, sur leur temps libre, sur leurs études, sur leur travail, afin de se dédier corps et âme à défendre ce joli coin sauvage de la destruction programmée pour en faire du béton. Ils ont peut-être, l’espace d’un instant, cru qu’on les entendrait, que le dynamitage quotidien de la roche ralentirait peu à peu, comme le désir de croissance effrénée que notre société nous impose. Ils ont cru que les autorités vaudoises, que l’opinion publique, écouteraient leur cri: le monde se meurt et ils craignent à juste titre de ne pouvoir continuer à y vivre, à défaut d’en profiter, comme nous l’avons abondamment fait nous-mêmes.

Relire: A Eclépens, les orchidées de la discorde

Hier matin, à l’aube, c’est un cortège de fourgons de police, de camions de pompiers avec grue, de motos tout-terrain, d’un tank armé d’un canon à eau et d’une armée de policiers déguisés en RoboCop, qui est monté sur la colline pour faire rétablir l’ordre et le calme. Faire taire cette poignée d’insoumis, les déloger de ce petit coin d’utopies et de rêves, et ainsi permettre à ce que forêts et champs, animaux et végétaux laissent la place à leur tour à une gigantesque carrière de calcaire. Les zadistes ont espéré et y ont cru, mais l’argent a encore une fois gagné, et les bulldozers dressés contre le vivant.

Relire aussi: A la ZAD, une évacuation à la vaudoise

J’étais sur place, et les représentants des médias, dont je fais partie, ont été triés, identifiés, enregistrés, puis affublés d’un petit gilet bleu portant un numéro bien visible permettant de les reconnaître sur le terrain et les images prises par la police elle-même. Puis ils ont été menés sur les lieux par une navette spéciale, déposés entre les forces de la police et les chants des zadistes. Les rangs de policiers, après une longue attente au soleil permettant de déblayer la route pour permettre le passage des fourgons, se sont montrés courtois avec les résistants, eux-mêmes également polis et très bien organisés. Ils ont tellement bien parlementé et négocié ensemble que tout est resté très calme. Puis, dans un grand et bref élan violent, coupant au passage arbres, barrières et barricades, les policiers sont entrés en force, occupant à leur tour ce petit coin de colline. Ils n’avaient pas d’habits colorés, ils ne chantaient pas des chants de lutte révolutionnaires, mais se sont gentiment mais sûrement avancés, démontant et démantelant tente après tente, cabane après cabane, et délogeant des arbres et des lieux les derniers insoumis. Des observateurs neutres et indépendants, spécialement détachés pour l’occasion et affublés pour leur part d’un gilet blanc, pourront sans doute faire état d’une bonne participation des deux parties à l’opération, malgré, un bref instant, quelques cris, cailloux et insultes du côté zadiste, quelques tirs de balles en caoutchouc et gaz lacrymogènes du côté policier. Bref, un sans-faute pour toutes et tous. Voilà donc ce qu’il restera du bilan officiel et on se réjouira dans tous les rangs que l’ordre et la non-violence aient tous deux été respectés.

Mais le vrai bilan, c’est que ces jeunes militants, nos enfants et leurs amis, défenseurs d’un monde différent, plus équitable, plus juste, plus respectueux envers les autres espèces et notre biosphère, ont encore une fois perdu, et nous avec. Avec l’aide de notre silence, les autorités politiques ont confirmé une fois de plus leur désir de faire taire cette génération qui crie et manifeste, qui nous alerte inlassablement qu’il n’est plus possible de continuer ainsi, alors que la société entière a le nez dans le guidon du travail, de la croissance et de la pandémie. Le vrai bilan, c’est que rien ne change et qu’on continue à une vitesse effrénée de foncer droit dans le mur, guidés par notre seul désir de confort et de rentabilité, sans voir que des voix s’élèvent, que d’autres pistes sont proposées, et qu’il est plus que jamais urgent de ralentir, de s’arrêter et de regarder. Et de peut-être les écouter.


Trois lettres ouvertes à propos de la ZAD du Mormont

Luc Patthey, physicien, professeur titulaire, Villnachern

Cher Monsieur le syndic Claude Dutoit,
Merci pour vos propos de soulagement! Mais regardez au moins une fois
au-dessus de votre colline! Et vous vous apercevrez que Holcim ne génère
pas seulement des salaires pour votre population d’Eclépens mais aussi
des tonnes de CO2 qui «cuit» Eclépens et notre planète à petit feu.

Sur ce sujet: Le syndic d’Eclépens à propos de la ZAD: «Tous ces mois, nous avons été abandonnés par le canton»

Chère Madame la conseillère d’Etat Béatrice Métraux,
Un grand bravo pour ce vrai coup de maître quasiment sans bavure pour évacuer une bonne centaine de jeunes zadistes et activistes du climat. Mais à quel prix! Avec plus de 600 policiers pour se débarrasser de ces zadistes, la facture doit se situer approximativement à 1 million de francs. Tout cela est vraiment disproportionné et bien maladroit. N’aurait-il pas été plus judicieux d’investir ce million pour une cause plus «verte» avec les zadistes?

Cher Monsieur le premier procureur Bernard Denereaz,
Quelle décision musclée afin de stopper court à toute récidive de ZAD en Suisse! Etouffer les cris d’espoir (ou de désespoir) de ces zadistes à coups de 90 jours de prison ferme! Pensez-vous vraiment que cela va les faire taire, quelle belle erreur! Quel est le message que vous donnez à ces jeunes qui ont une vision clairvoyante de notre société en dérive
climatique?
Au nom de l’Etat de droit, vos décisions font de nous, de nos enfants et petits-enfants, les grands perdants de cette semaine pascale 2021. Car les zadistes, tout comme notre honorable Prix Nobel Monsieur le prof. Dubochet, nous ont rendus attentifs de manière pacifique aux dangers imminents d’une évolution exponentielle de la température moyenne de notre Terre.

Cher Monsieur le syndic, chère Madame la conseillère d’Etat et cher
Monsieur le premier procureur,
Si vous ne savez pas ce que signifie une évolution exponentielle de la température moyenne de notre Terre, demandez-le aux zadistes. Ils ont parfaitement compris ce que cela signifie. Après l’extinction de cette première ZAD pour le climat, que proposez-vous pour nos enfants et petits-enfants? Plus 1,5 degré aujourd’hui et plus 8,5 degrés pour demain!
Réfléchissez vite, à ce rythme c’est bientôt notre extinction!


Questionner «Le Temps» sur ses anglicismes

Jean-François Sauter, Nyon

Je vous épingle amicalement sur l’emploi du verbe «questionner» dans le commentaire d’Aïna Skjellaug [Une campagne à impact zéro, sur les élections au second tour de la municipalité de Lausanne («Mais la discipline presque soviétique… finit par questionner le fonctionnement démocratique…», Le Temps du 29 mars, page 4)]. On «questionne» quelqu’un, ou, au sens abstrait, quelque chose, dont on attend une réponse. Le fonctionnement démocratique ainsi questionné ne vous répondra pas, hélas.

Utilisé comme dans votre commentaire, «questionner» est, malgré les apparences, un anglicisme. Mais déguisé. Il fallait dire «mettre en question», «mettre en cause», ou éventuellement contester. C’est précisément le sens du verbe «to question» en anglais. Ainsi que bien d’autres mots anglais orthographiés comme en français, «questionner» est de plus en plus utilisé chez nous, à tort, dans sa signification anglo-saxonne.

Ces anglicismes «insidieux» sont nombreux. Vous en trouverez – à côté des anglicismes flagrants – dans notre lexique franglais-français sur notre site defensedufrancais.com, sous l’onglet Anglicismes, que je vous invite à parcourir. Vous en trouverez bien d’autres, y compris d’insoupçonnés, donc aisément non repérables; ils sont tous destinés à inciter à freiner leur afflux (y compris dans nos Larousse et Robert, Dieu merci pas encore dans le Dictionnaire de l’Académie française) et à (nous, vous) aider à… parler le français.

Ne sous-estimez pas la puissance de votre journal à diffuser la langue française, la vraie comme la fausse. Les enseignants du français vous en seront reconnaissants.


L’anonymat, si confortable et si dangereux

Evan Schleret, Genève

Depuis quelque temps, la mode c’est la délation anonyme. On calomnie, on injurie, on dénonce courageusement sous le couvert de l’anonymat. Ainsi, dans la presse, on a droit à des délateurs zélés mais masqués pour dézinguer.

Plus grave, les élus du Conseil d’Etat se prêtent régulièrement à cet exercice délétère. On a ainsi eu droit à toute une série de commentaires assassins sur Pierre Maudet par certains de ses collègues incapables d’assumer à visage découvert leurs propos dans la presse. Ce que révèle cette manière de gouverner par la rumeur est symptomatique de leur impuissance à la responsabilité.

Notre dossier: L’affaire Maudet

Nous n’avons pas élu des candidats de téléréalité, mais des hommes et des femmes qui doivent rendre des comptes et tenir leur fonction! Se dissimuler pour dénigrer dans une presse avide de sensationnalisme et de mises à mort participe à détruire notre lien démocratique.

La gauche et la droite peuvent bien en appeler à «bouter» le pestiféré du gouvernement. C’est une autre peste qu’ils devront combattre s’ils ne cessent leur dérive. Au peuple de ne pas laisser faire et d’exiger que ce gouvernement se reprenne. «Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles», c’est bien vrai!

Pour aller plus loin: La droite genevoise à l’épreuve du mariage de raison


La semaine passée: Vous nous avez écrit sur… le «passeport covid», les élections valaisannes et le rôle des ONG

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