Iran, la révolution de 1978-1979 en l’absence de l’armée et sans victimes, vraiment?

Olivier Pittet, Genève

Je me permets de répondre dans le courrier des lecteurs à l’article susmentionné qui révèle une erreur grotesque… J’apprécie quotidiennement les articles de M. Stéphane Bussard, cependant celui du 24.11.2022, «Le régime des mollahs sur la sellette», présente une erreur qui modifie cruellement le passé contemporain de ce pays. En effet, votre expert, M. Thierry Kellner, prétend trompeusement qu'«à l’époque du shah, les forces de l’ordre n’ont pas ouvert le feu sur les manifestants. Les militaires étaient restés dans leur caserne.»

Ayant eu le privilège de pouvoir vivre à Rasht sur les bords de la mer Caspienne de juin 1978 à janvier 1979, je peux témoigner qu’il n’en est rien. Pour mémoire, les premières manifestations ont débuté dans la ville sainte de Qom le 7 janvier 1978. En soutien des forces de l’ordre, la Sawak, la police secrète du pouvoir, s’est rapidement montrée très répressive. S’ensuivirent durant la même année des émeutes durement réprimées par la police et l’armée dans plusieurs villes.

L'article en question: Le régime des mollahs sur la sellette à Genève

En septembre, la loi martiale fut décrétée dans 12 villes, appliquée à la lettre par l’armée. Sans parler du Vendredi Noir (8 septembre 1978) où l’armée réprima dans le sang toutes les manifestations. Elle fit état de moins de 100 morts alors que l’opposition en dénombrait plus de 4000! Logés à quelques kilomètres du centre-ville, nous entendions, mes collègues et moi, des tirs de mitraille durant toute la nuit du Réveillon. S’ensuivit notre rapide retraite sur Téhéran afin de quitter ce magnifique pays à l’accueil si légendaire. Notre route nous obligea à traverser la ville de Qazvin, juste après la levée du couvre-feu, pour découvrir les carcasses de voitures encore fumantes et des chars blindés massés à l’extérieur de la cité.

Non messieurs, l’armée du shah n’est définitivement pas restée dans ses casernes! Elle ne s’est ralliée à la cause du peuple que quelques jours avant le départ du shah (16 janvier 1979).

Si votre analyse concernant la répression cruelle des manifestations par le régime des mollahs est exacte, osons espérer que le peuple iranien puisse trouver, dans un avenir proche, paix et sérénité. Il ne peut que le mériter, après des décennies de souffrance et de suppressions barbares des libertés humaines fondamentales.


La Suisse, l’UE et la Norvège…

Michel Panchaud, La Tour-de-Peilz (VD)

Que vient faire la situation des campagnes norvégiennes dans l’argumentation de Vasco Pedrina dans l’édition du 23 novembre, «Une coalition proeuropéenne à refaire»? La Norvège fait-elle partie de l’UE?

Relire: Une coalition pro-européenne à refaire

[Réponse du Temps: En tant que membre de l’Espace économique européen, la Norvège a fait sienne la Directive Trois sur les services postaux. Elle a provoqué un traumatisme national, comme on peut le lire ici, dans ce récit traduit du norvégien par la New York Review.]


He, Herr Rösti, geit’s noh?

Paul Schneider, Sainte-Croix (VD)

Le Temps du 26 novembre présente le candidat au Conseil fédéral sous ses meilleurs aspects, ouvert, consensuel, sans autre tare qu’être du lobby du pétrole et des automobiles – des mandats qu’il abandonnerait en cas d’élection. Peut-on vraiment renier ce qu’on a soutenu et propagé pendant des décennies? La collégialité, on l’a vu à maintes reprises, a des limites.

L'article mentionné: Albert Rösti: «Je ne suis pas plus lobbyiste qu’un autre élu de milice»

Ce beau tableau idyllique (comparé à une peinture d’Anker) est tout à coup perturbé, car Albert Rösti annonce la couleur: «Je crains que nous ne puissions conserver notre bien-être si la hausse de l’immigration se poursuit au rythme actuel, dit-il. Les réfugiés climatiques n’ont pas de place chez nous, du reste ils manqueront à leur pays qui a besoin d’eux.» C’est du cynisme, de la part d’un riche nanti et désireux de garder son standing. «Evidemment, nous devons à terme nous passer des énergies fossiles, mais en attendant, même si c’est une catastrophe pour le climat (Rösti dixit), il nous faut la centrale à gaz de Birr.»

Je suis médecin à la retraite, membre de MASM (Médecins Action Santé Migrants), constatant les entorses à l’éthique et à la dignité humaine dans l’accueil des demandeurs d’asile. Et je suis persuadé, comme beaucoup de personnes qui écoutent les scientifiques, qu’il y a urgence climatique, qu’entreprendre quelque chose qui est une catastrophe pour le climat (voyez aussi la guerre en Ukraine) est une offense aux jeunes générations qui devront payer notre aveuglement.


En images, Simonetta Sommaruga vs Ueli Maurer

Philippe Zibung, Genève

J’ai beaucoup aimé l’album de photos sympathiques sur les douze ans de gouvernance de Mme Sommaruga.

Consulter cette galerie photos: Simonetta Sommaruga: douze années au Conseil fédéral en images

Voudriez-vous bien m’indiquer si et quand vous avez fait paraître un semblable joli album témoignant des années de conseiller fédéral de M. Maurer? Si cette publication est en projet, je vous remercie de m’en indiquer la date pour que je puisse bien disposer de la collection complète.
Je vous en remercie par avance et vous adresse mes meilleures salutations.

[Réponse du Temps: Votre message fleure bon l’ironie. Non, nous n’avons pas fait de galerie photos pour Ueli Maurer et oui, on aurait pu. Le traitement de chaque événement dépend de son poids, de son contexte, mais aussi des ressources disponibles au moment où il intervient. Ce que nous privilégions, c’est l’équilibre global dans le traitement des personnalités et des partis.]


Le goût amer des discriminations indistinctes et totalisantes

Michel Goy, Clarens (VD)

A Madame Pauline Cancela,

Waouh! Votre interview de Christelle Taraud, Madame Cancela, laisse peu de place au doute ou à la nuance. Même si l’on a, c’est mon cas, le sentiment de faire plus ou moins, et plus ou moins de son mieux, sa part pour promouvoir l’égalité sous toutes ses formes, il reste, après lecture, au fond de la gorge, comme le goût amer des discriminations indistinctes et totalisantes. Sans doute est-ce pour une bonne cause… Et peut-être faut-il passer par ce genre de discours pour faire avancer le cours des choses? Peut-être… Mais on peut aussi en douter.

L'interview en question: «Nous assistons aujourd’hui à une pandémie mondiale de féminicides»

Je m’étonne dans tous les cas que votre «furieuse envie de fournir des clés de compréhension du monde de manière fiable*» ne vous pousse pas à mettre les propos de Mme Taraud en discussion ou en perspective. L’Histoire, nous rappelle Johann Chapoutot dans Le Grand Récit, «est la lecture d’un langage culturel propre à un temps et à un lieu social particuliers». Apposer une grille de lecture commune au colonialisme français en Afrique du Nord ou aux sociétés préhistoriques peut sembler dès lors plus proche du militantisme. Et, par ailleurs, si j’en crois le spectaculaire Au commencement était...**, prétendre que «l’inégalité entre femmes et hommes est totalement incorporée depuis l’origine de notre espèce» est tout simplement faux.

Cette égalité, et je ne dis pas absence de différences, que j’appelle absolument de mes vœux mérite mieux que ce torrent de rage, même compréhensible.

* Votre site

** David Graeber et David Wengrow chez LLL

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