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Faut-il vraiment changer le nom du MEG?

Laurence Ossipow, anthropologue, prof. à la HETS/HES-SO Genève

Boris Wastiau et son équipe de professionnel.le.s proposent au grand public de trouver un nom et un acronyme plus adaptés au MEG et à une réflexion déjà entamée sur la (dé) colonisation dans le monde et en Suisse. Une Suisse qui n’a pas eu stricto sensu de colonies, mais a été contaminée par la colonisation dans ses mentalités, en a profité dans le développement d’un commerce triangulaire avéré* et dans la constitution de ses collections d’objets. Ce changement de perspectives, l’équipe du MEG l’a déjà très bien endossé dans le recensement transparent de ses objets de collection et dans les partenariats qu’elle a mis en place outre-mer pour plusieurs de ses expositions temporaires, qui ne cèdent ni à l’exotisme ni à l’imposition de ses seules interprétations, mais en développant, au contraire, un dialogue avec les «communautés sources», dit B. Wastiau.

Lire aussi: Décolonisation, où en sont les musées?

Les réflexions qui préexistent aux expositions sont toutefois menées par des anthropologues dans et hors musées. Or, faire disparaître le terme d’ethnographie, c’est, comme le soulignait aussi B. Zumthor dans les colonnes de la Tribune de Genève, nier ce travail de réflexion et d’analyse construit par des ethnographes ou des anthropologues. Si l’on considère l’étymologie du mot «ethnographie» comme trop limitée dans son ambition analytique ou comme rappelant indirectement la notion de «peuples» perçus dans les frontières inamovibles de leur «culture», ce qui peut être discutable, il suffirait alors d’appeler le MEG, le MAG (Musée d’anthropologie de Genève), les anthropologues inscrivant généralement les groupes sociaux dans le système-monde. Il nous semble néanmoins plus intéressant de conserver le nom d’origine et d’en expliquer l’histoire. Et comme le grand public n’est évidemment pas ignorant, il comprendrait très bien de quoi il s’agit, en tout cas aussi bien que l’expression «musée des identités» (autre proposition dans les colonnes de la Tribune), des identités qu’il ne faudrait en aucun cas figer.

* Coutaz, G., Grenouilleau, O. et Pavillon, O. 2017. Des Suisses au cœur de la traite négrière De Marseille à l’Ile de France, d’Amsterdam aux Guyanes (1770 – 18), Lausanne, Antipodes


La 5G contraire à l’intérêt général?

Michel Stevens, association Grands-parents pour le climat, Lausanne (VD)

«Les menaces de mort sont inacceptables», affirme avec raison Christoph Aeschlimann. Pourtant, le fait que des employés de Swisscom aient été victimes de telles incivilités ne fait pas du projet d’implantation de la 5G en Suisse une cause louable. Il faut s’interroger, se demander si la diffusion à grande échelle de cette technologie constitue une bonne chose. Est-elle compatible en particulier avec les engagements pris par la Suisse dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat? En un mot, contribue-t-elle à l’intérêt général?

Lire aussi: Swisscom coupe la 2G pour faire de la place à la 5G

Le cadre dirigeant de Swisscom ne l’affirme pas et, dans l’interview que Le Temps lui consacre, il donne même l’impression qu’il ne s’est jamais posé cette question. Ce qui compte à ses yeux, c’est que l’implantation de la 5G satisfasse les intérêts particuliers de son entreprise – de ses dirigeants, de ses actionnaires – et qu’elle ne soit pas contraire à la loi. Les dirigeants de l’économie, ainsi que de nombreux politiques, sont animés par une croyance dans les bienfaits de l’innovation technologique continue, perçue comme l’expression même de la civilisation. Y renoncer reviendrait à leurs yeux à régresser irrémédiablement, à plonger dans le sous-développement. Ce faisant, ils donnent raison à la loi de Gabor qui affirme que tout ce qui est techniquement réalisable sera un jour réalisé, quoi qu’il en coûte moralement. Et on attribue au même Dennis Gabor, qui fut récompensé du Nobel de physique pour l’invention de l’holographie, cette autre affirmation: «Les problèmes les plus importants et les plus urgents de la technologie d’aujourd’hui ne résident plus dans la satisfaction des besoins primaires et des désirs archétypiques, mais dans la réparation des maux et des dommages occasionnés par la technologie d’hier.»


La première clé de l’égalité: concilier vie familiale et professionnelle

Martine Sumi-Viret, ancien membre du Groupe Parents Petite-Enfance, Genève

En 1987, le canton de Genève se dotait du premier bureau de l’égalité des droits entre hommes et femmes en Suisse. En 2021, G’Evolue, le nouveau projet de réforme du système d’évaluation et de rémunération de l’Etat de Genève, place en tête de ses principes et objectifs celui de prévenir toute discrimination salariale directe ou indirecte donc de faire respecter l’article de l’égalité voté le 14 juin 1981 dans la Constitution suisse.

Hélas, et c’est accablant, la délégation du Conseil d’Etat à G’Evolue, Mmes Nathalie Fontanet et Anne Emery-Torracinta ainsi que M. Mauro Poggia, n’entreprend rien pour que les familles – qui le souhaitent bien sûr – aient accès de façon équitable sur l’ensemble du canton de Genève à une place en crèche pour leurs enfants afin de pouvoir simplement continuer de travailler.

Le 31 mars 2021, l’office cantonal publiait que l’offre d’accueil collectif dans les crèches représente 34 places pour 100 enfants d’âge préscolaire à l’échelle du canton. L’angoisse est immense pour tous les autres parents pour qui la pénurie endémique et l’inégalité béante de chances d’accès suivant la commune habitée ont anéanti tout espoir d’obtenir une place dans une crèche. L’inégalité est particulièrement crasse non seulement entre les familles et les communes mais aussi pour les enfants qui de fait ont droit ou pas à un encadrement pédagogique stable et professionnel.

Malgré:
• l’article 200 sur l’accueil préscolaire de la Constitution genevoise du 14 octobre 2012 qui énonce que «l’offre de places d’accueil de jour pour les enfants en âge préscolaire est adaptée aux besoins»;
• puis l’article 201 qui rappelle que «le canton et les communes organisent l’accueil préscolaire, évaluent les besoins, planifient, coordonnent et favorisent la création de places d’accueil»;
• ainsi que l’article 203 qui affirme que «le canton et les communes encouragent la création et l’exploitation de structures d’accueil».

Le Conseil d’Etat discrimine les familles en ne mettant pas tout en œuvre pour que le cadre constitutionnel ne soit pas une coquille vide, inutile, en particulier par le fait que de nombreuses communes sont encore totalement dépourvues de toute structure d’accueil pour la petite enfance et qu’aucune ne soit en capacité de répondre aux besoins réels des familles.


ZAD du Mormont: une fuite des responsabilités

Jean-Daniel Morend, Monthey (VS)

Réaction à un texte paru dans l'édition du vendredi 16 avril 2021 sous le titre «Lettre ouverte à Jacques Dubochet» par M.-F. Henchoz.

J’ai été tout simplement touché par les propos pleins de bon sens relatif à l’évacuation de la ZAD du Mormont, de surcroît venant d’une jeune femme de 30 ans. C’était un mouvement revendicatif ayant à la base de nobles intentions. Ces participants, un peu hors du système, revendiquent une meilleure protection de l’environnement en allant jusqu’à, consciemment, violer le droit. Mais ils ont aussi donné l’impression d’être ceux qui, pour plus de justice, et c’est un comble, s’apparentent à s’en prendre aux forces de l’ordre, à s’opposer aux autorités et même à la conseillère d’Etat verte! Ces militants fuient leurs responsabilités, ne veulent pas qu’on les reconnaisse et font des dégâts. Que dire alors de M. Dubochet, Prix Nobel qui mérite le respect pour ses découvertes et qui se laisse embrigader par des exaltés qui nous rappellent les soixante-huitards devant les barricades parisiennes! Bravo et félicitations à cette jeune lectrice pour sa magnifique lettre ouverte.


La semaine passée: Vous nous avez écrit sur… l’agriculture, le gâchis du Grand Théâtre à Genève, et la numérisation de la société

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