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Les insupportables

Laurent Pally, Grand-Lancy

On ne peut généralement pas s’attendre à beaucoup de compassion sincère de la part des dirigeants d’Etat. L’exercice du pouvoir exige de la distance, et peut-être de la froideur, face aux destins de chacun. C’est vrai. Dans le domaine militaire, par exemple, il existe un «seuil de supportabilité» en pertes humaines. L’intérêt de conduire une opération militaire est estimé en prenant compte du nombre de morts ou de blessés «supportables» dans le processus décisionnel. Qu’importent les destins brisés, le pouvoir politique tentera lui aussi de respecter ce seuil, soit ce qui est supportable pour l’opinion publique.

Alors, malheureusement, le témoignage bouleversant de Julia Flury (LT du 03.02.2021), ainsi que son appel n’auront pas trouvé écho auprès du Conseil fédéral. Elle et les autres qui souffrent, dont la santé mentale est parfois en jeu, rentrent probablement encore dans ce «seuil de supportablité». Nous en avons pour preuve la dernière conférence de presse du 3 février.

Lire la lettre ouverte de Julia, 18 ans, étudiante: «S’il vous plaît, ramenez-nous à la vie»

Pas un mot en effet sur les ravages causés par le manque de considération – comme le relève si bien Julia Flury – de l’état mental des personnes jeunes, de celles en formation ou cherchant un emploi, des personnes âgées, des personnes sans revenus ou de celles qui ont perdu leur travail, des personnes psychologiquement fragiles et les autres. Pas d’aide, pas de mesures, pas de reconnaissance […]

Nous avons assisté à une présentation sans émotion, n’offrant aucune perspective d’avenir: un assouplissement des mesures «n’est pas réaliste pour fin février», la pandémie est doublée d’une seconde pandémie en son sein, il ne faut pas croire que tout sera fini d’ici aux vacances d’été, le Conseil fédéral n’est «pas en mesure de dire exactement dans quelle direction on va aller», ou encore, la possibilité pour les personnes qui souhaitent être vaccinées de l’être dans les prochains mois.

Mais ce n’est pas un engagement ferme, seulement une déclaration d’optimisme

[…] Le Conseil fédéral ne communiquera jamais à combien il a fixé ce «seuil de supportabilité» qui pèse sur le dos des personnes qui souffrent de ce «vide de vie» décrit par Julia Flury […] Les oubliés trouveront peut-être dans ce billet un peu de réconfort. Qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls à figurer parmi les victimes considérées comme «supportables».


Une note d’optimisme

Martin Vibert, Genève

Mon épouse et moi venons de recevoir notre première injection du vaccin anti-covid et nous avons tous deux étés impressionnés par la qualité et l’efficacité de l’organisation mise en place. De l’organisation jusqu’au traitement médical, tout était impeccable – surtout si l’on se réfère à ce qu’il se passe chez nos voisins européens.

Je dois également souligner le fait que de s’appuyer sur les bases d’informations cantonales ou fédérales pour prendre l’initiative des démarches auprès de la population, sans pour autant imposer de contraintes inopportunes, est tout à fait remarquable et évite ainsi toute forme d’anxiété chez les principaux intéressés.

La disposition des centres de vaccination est à mon sens judicieusement choisie et facilement accessible par les transports en commun. Dans une période propice à la morosité et à la critique – pas nécessairement justifiée – je tiens à mettre en avant une note d’optimisme et à féliciter chaleureusement l’équipe chargée de ce projet. Merci.


Un projet clés en main pour Clé-de-Rive

Bénédicte Montant, Carouge

Le quartier du rond-point de Rive est l’un des lieux du centre-ville genevois qui méritent un réaménagement de qualité. Très centrale et fréquentée, cette zone est surtout connue pour sa circulation chaotique. Piétons et usagers de la mobilité douce n’y trouvent actuellement aucun espace de convivialité.

Le 7 mars prochain, nous aurons la possibilité d’accepter un projet de réaménagement qui changera radicalement la vie et l’esthétique de ce quartier. En faisant la part belle à des espaces verts de qualité et aux commerces, c’est la mobilité de toutes et tous qui sera apaisée.

Sur ce sujet, lire notre article: Un nouveau parking en ville de Genève, le défi ultime

Le projet, issu d’un partenariat public-privé équilibré, est prêt et n’attend que le «oui» du peuple pour démarrer.


Clé-de-Rive, l’économie du parking

Stephen Caudwell, Genève

Pour beaucoup, le parking Clé-de-Rive représente avant tout un avantage économique pour la région locale: aider les citoyens, les biens et les services à se rendre au bon endroit au bon moment. Les problèmes liés au changement climatique, à la qualité de l’air, du bruit, à la sécurité des piétons et à la cohésion sociale des communautés locales sont peut-être considérés comme secondaires. Cela a conduit à une polarité dans la réflexion politique sur la question. Je dirais que ces deux poids sont importants et que les deux peuvent, face aux faits, parvenir à un équilibre.

Il est bien connu que les économies du canton et de la ville de Genève sont très différentes. Grâce à son agriculture et à sa densité démographique plus faible, le canton a plus facilement survécu à la récente crise sanitaire. La ville dépend davantage des petites entreprises qui ont presque toutes beaucoup souffert. Ces deux économies – rurale et urbaine – sont cependant interdépendantes et doivent nouer de bons liens entre elles.

Lire également: Les Genevois font un nouveau pas vers la «démotorisation»

Le trafic routier, dans et à travers la ville, a été source de discorde pendant de nombreuses années. Le trafic de transit aura un avantage économique nul ou minime pour la ville – c’est clair. Encourager plus de trafic routier dans la ville est une idée intéressante. Mais seulement en ce qui concerne les questions suivantes: d’où provient ce trafic? Comment l’investissement requis complète-t-il ou annule-t-il partiellement l’investissement déjà réalisé?

Le projet du parking Clé-de-Rive offrira 498 places de stationnement, soit une augmentation totale des places existantes de 10,8%. […] Le coût projeté de construction de ce parking est de 65 millions de francs, auxquels s’ajoutent 35 millions de francs d’argent public pour les aménagements en surface.

La majorité du trafic provenant du parking de la ville elle-même, ou du canton, cette installation semble être un énorme gaspillage de ressources

D’autant plus en tenant compte de la construction récente du CEVA – 1,575 milliard de francs suisses – et de l’augmentation du nombre de voies cyclables dans la ville.

Cette question du stationnement à Clé-de-Rive devrait être réduite à une analyse coûts-bénéfices. Avec les chiffres mentionnés ci-dessus, même sans inclure les coûts économiques verts, il n’y a donc aucun avantage économique à sa construction.


Le point crucial de l’identité électronique

Pascal Sartoretti, Lausanne

Lors des débats au sujet de la loi fédérale sur les services d’identification électronique, ou eID, le point crucial de discussion est celui qui concerne la fourniture d’une eID par des sociétés privées ou par l’Etat. Les arguments des défenseurs de cette nouvelle loi s’appuient sur la prévoyance dans celle-ci de ce qu’il sera autorisé, ou non, de faire en matière de protection des données par les sociétés privées.

Sur ce sujet de votation: Identité électronique: dix questions-réponses pour comprendre les enjeux

[…] Aujourd’hui, quand nous nous rendons sur un site internet, quelles sont les sociétés qui proposent de s’authentifier avec une identité déjà connue? En général, il s’agit de Google, Facebook, ou Apple. Il est fort probable que ces sociétés voudront alors proposer l’eID en Suisse.

Or, ces sociétés sont américaines et donc aussi soumises à différentes lois comme le «Patriot Act» qui, si les autorités américaines le jugent nécessaire, impose de leur livrer toutes les données en leur possession. A choisir entre être conforme aux lois suisses ou à celles américaines, peut-on imaginer une seconde quel serait alors le choix d’un Google ou d’un Facebook?

Il faut être diablement naïf pour imaginer que la loi suisse soit respectée dans un tel cas de figure. Il faut donc refuser la loi eID telle qu’elle est proposée. Le parlement n’aura alors aucune difficulté à présenter une nouvelle version dans laquelle l’Etat gardera le contrôle des données, le reste de la loi faisant consensus.


Se plier difficilement aux politiques vertes

Cédric Lacrimini

Je voudrais vous parler d’un sujet qui me semble bien souvent mis de côté: les pendulaires face aux décisions «vertes» des villes. En effet, prenons le cas de Lausanne – municipalité verte et de gauche – qui a annoncé vouloir bannir tous les véhicules à essence d’ici à 2030. Le nombre de pendulaires augmente depuis une décennie. Ce phénomène est bien connu de toutes les grandes villes.

Seulement, une grande partie des salariés qui font vivre une ville ne peuvent pas y habiter, par manque de logements, à cause du montant de la location, ou autre. Il me semble
également – mais je n’ai pas de chiffres pour l’appuyer – que ce sont bien souvent les plus petits
salaires qui doivent quitter ces villes.

Avec leur politique «verte», les municipalités sont alors en confrontation directe avec cette population. Si nous vivons dans un petit village qui est mal desservi par les transports en commun, ce genre de politiques engendre une pression supplémentaire sur nos épaules. Car se plier à ces politiques dites «vertes» devient pour nous un véritable chemin de croix pour simplement pouvoir continuer à travailler ou à chercher un travail dans ces villes.

La solution des transports en commun est érigée comme le saint graal de l’écologie, mais omet plusieurs difficultés

Le prix du trajet est supérieur à celui effectué en voiture. Le temps de trajet rallongé. Et nous avons, dans tous les cas, l’obligation de prendre notre voiture pour rejoindre les parcs de stationnement pour monter à bord d’un bus ou d’un train. Des villages sont mal desservis – comme expliqué – et ceux qui le sont mieux constatent que les fréquences et horaires des lignes ne sont pas adaptés à certains métiers. Les infirmiers, comme moi, commencent très tôt ou finissent très tard. Certains ont des horaires coupés.

Les petits salaires cumulent toutes ces difficultés. Le risque est de précariser toutes ces personnes, qui le sont déjà. Les pendulaires viennent en ville pour travailler. Nous faisons vivre les villes. Nous fournissons les biens et les services que ces élus et les habitants utilisent au quotidien. Nous dynamisons la ville. Nous faisons également entrer dans ces villes, des produits et services issus de la campagne. Dans mon cas, ma copine étant productrice de viande biologique, je livre régulièrement mes collègues sur notre lieu de travail. Ils n’ont donc pas besoin de prendre leur véhicule pour consommer bio et local.

Je tenais à partager cette situation, car avec toutes ces mesures, le sentiment d’être chassé ou considéré comme un citoyen de seconde zone nous envahit de plus en plus.


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