Né de la fusion de Cantonal et de Xamax, Neuchâtel Xamax voit le jour en 1970. Champion suisse de LNB, le club accède à l'élite en 1973. Le 12 mars 1979, Gilbert Facchinetti, qui avait mis ses talents de conciliateur dans la fusion, est élu président. Petit à petit, le club prend place dans le paysage suisse et atteint les sommets en Europe: deux quarts de finale de la Coupe de l'UEFA. D'abord face à Hambourg, puis contre le grand Real Madrid. Le 19 mars 1986, dans une Maladière comble, 25 500 spectateurs assistent à l'exploit des hommes de Gilbert Gress. Les Madrilènes se qualifient certes pour les demi-finales, mais repartent battus 2-0

de Neuchâtel! Ueli Stielike, Heinz Hermann, Philippe Perret et autres Karl Engel sont les auteurs de cette victoire historique. Ce groupe remporte ensuite ses deux seuls titres de champion suisse (1987-1988).

Au début des années 90, les résultats sportifs sont plus décevants. Mais, surtout, l'environnement du club sort fragilisé, voire totalement détruit par la crise économique qui atteint la région. La récession frappe et ne pardonne plus les erreurs de gestion, l'optimisme, voire l'excès de bonté. Gilbert Facchinetti s'est endetté de plusieurs millions auprès de sa propre entreprise de génie civil par passion pour son club. Le 4 décembre 1995, la Ville de Neuchâtel vole au secours de l'homme le «plus populaire» du canton en rachetant pour 3,35 millions de francs les tribunes du stade de la Maladière. Ce coup de pouce permet de combler le découvert du club.

La tendance est partout la même en Europe: le bricolage n'est plus permis, il s'agit de gérer un club de football comme une véritable entreprise commerciale. Le temps des contrats signés d'une poignée de main est révolu. Gilbert Facchinetti, «le vieux», quitte son entreprise, mais continue à s'investir à 200% pour son club. La situation de celui-ci ne s'améliore pas. Le club manque de liquidités, ce qui ne lui permet pas toujours d'honorer le salaire des joueurs avec exactitude. Le 18 mai 1999, Xamax ne reçoit sa licence pour participer à la saison suivante que devant l'instance de recours de la Ligue nationale. Le président a apporté des garanties que la dette sera ramenée de 1,5 million à 800 000 francs

Avec retard, on a enfin compris que le salut passe par deux impératifs: la formation et l'arrivée d'un gros investisseur. Le premier prend du temps et le second ne se déniche pas en un tour de main. Au printemps 2000, le nom du géant de l'alimentation, Parmalat, circule. Mais la piste ne se concrétise pas. Côté italien, on avance même qu'il n'y a jamais eu le moindre contact entre les deux parties. Pendant ce temps, le retard dans le paiement des salaires perdure et les promesses ne sont pas tenues. Le trou financier grandit. Au 31 mars 2000, le montant à assainir est de quelque 2,5 millions de francs.

Dans une situation financière aussi précaire, il n'y a plus qu'une solution: créer une société anonyme et faire appel au public. Le 9 mai 2000, les membres de l'association acceptent la création d'une SA pour gérer la partie professionnelle du club. Parallèlement, les partenaires abandonnent la grande majorité de leurs créances. La souscription publique bat son plein et obtient un formidable succès. Le 27 juin, Neuchâtel Xamax SA voit le jour avec un capital-actions de 1,1 million de francs répartis entre 1875 actionnaires. Georges Sandoz est nommé président du conseil d'administration.

Neuchâtel Xamax se lance dans une nouvelle saison avec un budget revu à la baisse, 3,6 millions de francs, et avec la ferme volonté de trouver un repreneur pour installer le club dans la pérennité. Les dirigeants entament les négociations avec Gian Paolo Bonora, un homme d'affaires italien. Le 10 décembre 2000, il est pressenti comme le nouvel homme fort, en même temps que les actionnaires autorisent une augmentation du capital de 1,1 million à 4,5 millions de francs au maximum. Désormais, pendant des semaines, les contradictions vont se succéder à un rythme effréné. Viendra, viendra pas? Une convention est signée, le lendemain, elle n'a plus de valeur. Le 24 janvier 2001, le feuilleton est définitivement terminé, Gian Paolo Bonora n'apporte pas les garanties financières requises. Mais cette valse-hésitation met en évidence les dissensions à l'intérieur du conseil d'administration: Gilbert Facchinetti est seul face aux autres membres.

Bien qu'isolé, le président part avec son bâton de pèlerin à la recherche d'un repreneur et entame les discussions avec Marc Biver, patron d'IMG (Suisse) SA. Le 29 janvier 2001, le patron de la société de management sportif confirme son intérêt. Le 27 février, il soumet son arrivée à deux conditions: le maintien dans l'élite – le club dispute actuellement le tour de promotion-relégation LNA/LNB – et la mise aux normes européennes du stade de la Maladière. Il commande également un audit de la société. Le 2 mars, les sept membres du conseil d'administration sont tous démissionnaires au 30 juin. Alors que le 6 mars dernier le couperet tombe: IMG n'injectera pas 1,5 million dans le capital de la SA. Malgré ce nouveau coup dur, Gilbert Facchinetti ne lâche pas: «Dès aujourd'hui, nous allons chercher d'autres solutions.»

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