La fièvre aphteuse a été décrite pour la première fois au XVIIe siècle, mais elle est connue des éleveurs depuis l'Antiquité. Elle touche tous les animaux à onglons fendus, surtout les bovins et les porcins. Les vaches perdent l'appétit, elles ont des aphtes dans le dos, le pis, les onglons et dans la bouche, d'où elles salivent excessivement. Les cochons ont les pieds tellement atteints qu'ils commencent à boiter. La plupart du temps, les animaux guérissent en quelques jours. La maladie peut laisser des séquelles telles que le tarissement définitif du lait chez les vaches. La mortalité est faible, 2 à 5% des animaux décèdent, mais la contagion est fulgurante. Généralement, 100% des membres d'un troupeau sont infectés. Le virus se transmet facilement par personne ou objet interposés. Le vent est capable de le véhiculer sur 300 kilomètres au-dessus de la mer.

La dernière épizootie en Suisse date de 1965-1966. Le dernier cas isolé a été annoncé en 1980. Grâce à des campagnes de vaccination, le virus a disparu des pays industrialisés. Mais il est resté endémique dans certaines régions d'Asie, d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Amérique du Sud. Les pays libérés de la fièvre aphteuse ont décidé en 1990 de ne plus vacciner leur bétail. Et comme il est impossible de savoir si un animal immunisé est porteur ou non de l'agent pathogène, ils refusent depuis lors toute importation de bétail venant d'Etats où la maladie sévit encore ou qui pratiquent la vaccination. Pourtant, la menace d'un retour de la fièvre aphteuse a toujours hanté les autorités.

Le 19 février, le gouvernement britannique annonce officiellement les premiers cas de fièvre aphteuse. Vingt-sept cochons sont été identifiés dans un abattoir de Brentwood, dans le sud-est du pays. Le 21, Londres interdit toute exportation d'animaux vivants et d'autres produits animaliers. La Commission européenne interdit jusqu'au 1er mars (puis jusqu'au 9 mars) toutes les entrées dans l'UE d'animaux vivants, de viande et de produits laitiers venant de Grande-Bretagne. La campagne anglaise est mise en quarantaine, tout déplacement de bétail entre les régions est limité. Mais des moutons infectés ont été exportés. On brûle le bétail suspect. La France prévient une contagion et annonce l'abattage de 20 000 ovins. Fin février, plus de 20 foyers sont identifiés en Grande-Bretagne.

En mars, des cas suspects apparaissent en France, en Belgique et au Danemark. Les tests se révèlent négatifs. Un premier cas est décelé en Irlande du Nord. Le 6 mars, le Comité vétérinaire permanent (CVP), réuni a Bruxelles, préconise l'interdiction dans toute l'UE du transport de bétail, sauf vers les abattoirs ou «de ferme à ferme». L'embargo sur les animaux d'élevage britanniques et les produits dérivés, dont les produits laitiers, est maintenu jusqu'au 27 mars. Le 8 mars, 107 foyers sont répertoriés en Grande-Bretagne, 25 autres le 11 mars. Près de 90 000 animaux ont déjà été abattus.

Le 13 mars, le premier foyer de fièvre aphteuse est officiellement reconnu en France, dans une exploitation de la Mayenne. L'avancée de la maladie en Europe continentale amène plusieurs pays, à commencer par les Etats-Unis, le Canada et la Suisse, à interdire l'importation de viande en provenance de l'Union européenne. Le même jour, l'Argentine a reconnu l'existence d'un foyer à 400 kilomètres de Buenos Aires. Le 15 mars, accusé d'avoir occulté ces informations pour préserver ses exportations, le gouvernement en annonce deux autres.

Des chercheurs ont retracé le chemin parcouru par la souche O du virus de la fièvre aphteuse avant qu'elle n'apparaisse en Angleterre. Elle a été identifiée pour la première fois en Inde il y a dix ans et constitue maintenant à elle seule presque la moitié des foyers de la maladie sur la planète. D'Inde, le virus a gagné le Moyen-Orient avant d'atteindre l'Europe en 1996 par la Turquie. Dans la même année, il a fait une incursion en Grèce et en Bulgarie. En mars 2000, le virus de la souche O a touché le Japon et la Corée du Sud, des pays pourtant indemnes depuis des décennies. Un foyer est aussi apparu à Durban en Afrique du Sud. D'Inde, le virus a également contaminé le Népal en 1993, le Bangladesh en 1996 et le Bhoutan en 1998. En 1999, on signale la souche O en Chine, au Tibet puis à Taïwan. Récemment, c'était le tour de

la Mongolie, du Laos, du Cambodge, de la Malaisie et de l'extrême est de la Russie.

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