En 1950, Lausanne est la première ville du pays à subventionner (50 000 fr. d'alors) une expérience télévisuelle mais, faute de moyens et surtout de public, l'expérience ne durera que quatre mois. L'année suivante, piqué – peut-être – par l'expérience vaudoise mais surtout stimulé par un «comité pour la télévision» fondé en 1949, le Conseil d'Etat genevois vote un crédit de 850 000 fr. pour la création d'une «Télévision genevoise» dont les premières images sont diffusées le 28 janvier 1954. En 1955, les pionniers s'installent boulevard Carl Vogt, l'émetteur de la Dôle est mis en service. En 1958, René Schenker, partie prenante de l'aventure depuis ses débuts, est nommé directeur de la télévision, devenue «romande».

De 1960 à 1972, la télévision prend son essor. En 1965, elle diffuse son premier spot publicitaire. En 1966, le budget dépasse les cent millions de francs. En 1967 apparaissent les premières images en couleur, elles s'imposeront définitivement en 1971. Mais la crise, qui couve entre les gens de programmes et l'administration, éclate en 1972: arrêts de travail, licenciements. Un premier rapport d'audit extérieur signé Hayek prône la création d'une direction faîtière «Radio Télévision romande», dont René Schenker prend les rênes. Les secteurs des programmes radio et télévision restent indépendants de ceux de l'exploitation et de la fabrication. A la TSR, le vrai patron est le directeur des programmes. Il s'agit d'Alexandre Burger, entré «dans la maison» en 1959.

En 1983, Alexandre Burger se retire et Jean Dumur, jusque-là patron de l'info, lui succède avant de décéder en 1986. Deux candidats s'affrontent pour la succession à la direction des programmes: Claude Torracinta, l'un des fondateurs de Temps présent et Guillaume Chenevière, sociologue de formation, ex – «public relations» de Chrysler, ancien directeur de théâtre et, depuis 1975, responsable des programmes spectacles. C'est ce dernier qui est nommé.

A la fin des années quatre-vingts, le service public suisse se lance dans une profonde réforme structurelle. Mot clef: décentralisation. En 1992, radio et télévision sont séparées. Chacune a désormais son directeur. Gérald Sapey à la RSR, Guillaume Chenevière à la TSR. Le poste de directeur de la RTR, occupé par Jean-Jacques Demartines (ancien patron de l'exploitation), passe à la trappe.

Fin 1997, Guillaume Chenevière demande à partir à la retraite. Si une quinzaine de candidats s'annoncent, deux restent en lice: Raymond Vouillamoz, directeur des programmes, et Jean-Claude Chanel, responsable des affaires générales. Deux visions de la télévision s'affrontent. Mais les deux hommes divergent surtout sur la manière d'appliquer les réformes du cabinet Arthur Andersen (AA) qui prônent des économies drastiques de 15 mios par année afin de financer le lancement de TSR2. La «Tour» se divise et se déchire. Juin 1998, incapable de trancher, le Directoire de la RTRS demande à Guillaume Chenevière de rempiler pour trois ans. «Je suis honteux de dire que c'était la moins mauvaise des solutions», concède alors son président, Jean Cavadini. La prolongation du mandat permet aussi au Directoire d'échapper à une nouvelle bataille Vouillamoz-Chanel. Proches de la retraite en 2001, ils ne devraient plus être candidats. Guillaume Chenevière en profite alors pour réformer la direction de la TSR, la faisant passer de quatre à quinze membres. «Il fallait que les cadres de la maison aient une meilleure compréhension de son fonctionnement», explique-t-il.

Au printemps 2000, et afin d'éviter un nouveau psychodrame, le Directoire de la RTSR mandate un cabinet de chasseur de têtes pour trouver la perle rare. Sur 123 «papables», il en rencontre 53, une ou plusieurs fois et transmet douze dossiers au Directoire. Celui-ci en élimine sept. Il reste donc cinq, puis quatre candidats suite au désistement de l'un d'eux. Deux sont internes à la «maison»: Philippe Mottaz, chef du département de l'information, et Yves Ménestrier, secrétaire général en charge de piloter la réforme AA. Le 23 août, les quatre derniers postulants sont auditionnés par le Directoire. Certains ont eu auparavant des discussions bilatérales avec Armin Walpen, directeur général de SRG-SSR idée suisse, et Jean Cavadini, président du Directoire. Gilles Marchand, 38 ans, homme du marketing et de la presse écrite, directeur de Ringier Romandie, est choisi. «Il n'y a pas de fatalité à ce que l'institution sécrète sa propre direction», déclare Jean Cavadini au personnel de la TSR.

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