«La menace terroriste qui s’est concrétisée en juillet 2016 à Nice», non loin de Cannes, écrit Le Monde, a des conséquences sur la 70e édition du plus célèbre festival de cinéma au monde, qui s’ouvre sur la Croisette ce mercredi soir. Quelles sont-elles? «Les escabeaux doivent reculer», titre le quotidien français. Et c’est bien là «un petit drame pour les fans», car «sur les lieux du photo-call, où une pléiade de stars doit défiler» ce mercredi, «de grands grillages ont été installés». Et pour cela, eh bien il a fallu les décrocher, ces escabeaux enchaînés aux anciennes barrières, «installés là par les chasseurs de photos et d’autographes pour mieux voir les stars lors de leur passage». Ils devront aller un peu plus loin.

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Sans compter que des policiers «seront postés entre la foule et les différentes personnalités», et que ça, ça énerve tout le monde. «Notre objectif, c’est d’être […] le moins gênant possible. Pour que la fête reste la fête, et la fête sera la fête, a affirmé mardi le chef de la police locale, malgré […] l’installation de jardinières en béton pour prévenir toute attaque au camion», selon Libération.

Mais le danger semble réel, d’autant que «l’immigration […] ou la mondialisation», ces thèmes très sensibles, jalonnent la programmation, explique Le Huffington Post. Ils seront incarnés par des «figures du glamour», certes, des «démonstrations artistiques mais aussi des opinions politiques». D’où cette question posée par le pure player en tête de son immense article sur le sujet: «Quel parti serait le Festival de Cannes 2017 s’il était candidat aux élections législatives?» Décidément, on n’en sort pas.

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Alors, sortons-en, justement, et jouons-la festive. Avec Le Figaro, par exemple, qui a sélectionné «les films primés les plus mémorables», extraits de bandes originales à l’appui. Du Salaire de la peur en 1963 à La Vie d’Adèle cinquante ans plus tard, en passant par Taxi Driver ou Les Parapluies de Cherbourg, on se balade dans cette longue histoire, et ça fait du bien! Même si se pointe parfois la grosse frustration quand apparaît le message: «The Video Cloud video was not found.»

Descendons donc des nuages et revenons sur le tapis avec L’Internaute, qui nous dit quelles stars le fouleront de leur pied joli. «Sachez déjà que le jury est très impressionnant cette année: Pedro Almodovar, Jessica Chastain, Agnès Jaoui, Will Smith seront tous dans les parages» et, «en sa qualité de maîtresse des cérémonies, Monica Bellucci» – dite par un de nos confrères lausannois «maîtresse femme» – «sera elle aussi de la partie». Comptez encore sur la présence de Marion Cotillard, Mathieu Amalric et Charlotte Gainsbourg pour les très attendus Fantômes d’Ismaël, projeté en ouverture. Suivront Isabelle Huppert pour la soirée anniversaire, Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Steven Yeun, Vincent Lindon, Nicole Kidman, Clint Eastwood, David Lynch et Vanessa Paradis. N’en jetez plus.

Entre autres. Car il y a aussi «des chefs-d’œuvre» filmés ou humains «qui ne sont pas à Cannes». Il y en a même «plein», prétend Première. Sans compter ces «chefs-d’œuvre qui sont à Cannes mais repartent les mains vides». Il y en a plein aussi. «Comment une chose pareille est-elle possible avec des jurés aussi bien triés sur le volet?» D’où l’idée du magazine de proposer, en «20 exemples soigneusement choisis, une histoire alternative». C’est donc là qu’on voit défiler Les Enchaînés d’Hitchcock (1946), Les Visiteurs de Kazan (1972), Van Gogh de Pialat (1991) ou Hiroshima mon amour de Resnais (1959). Encore une fois: entre autres, entre autres!

Un bout d’épaule…

Occupation fascinante que de se replonger dans des opus mythiques, pour certains, avant de voir dans quelques heures ces «quelque deux cents appareils photos et caméras pour vingt-quatre marches», que décrit Le HuffPost, encore lui, qui a toujours de bonnes idées: «La montée des marches du Festival de Cannes est certainement l’ascension la plus célèbre et la plus suivie du monde. Cette année encore, deux types de personnes suivront cet événement. Les premiers, des badauds qui patientent parfois plusieurs heures près du Palais des festivals pour n’apercevoir parfois que l’épaule d’une star dont ils avaient oublié le nom. Et puis il y a les badauds virtuels. Eux se contenteront de jeter un œil plus ou moins attentif aux photos et aux vidéos prises après la cérémonie et diffusées par les médias.»

On y ajoutera les coulisses. Derrière les rideaux, là où «bouillonnent déjà de vifs débats» concernant un «cheval de Troie», «la tentation d’un cinéma en réalité virtuelle», aux yeux de Radio France internationale. Avec Okja, «dont toute la Croisette s’échauffe déjà […], en attente du scandale du siècle. Et des scandales, il y en a eu dans l’histoire du Festival, avec des sifflets, des huées, des haut-le-cœur…».

Le Grand Méchant Netflix

«Cette fois, le trouble s’annonce moins agité, mais beaucoup plus profond. Le film du réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho montera les marches vendredi. A priori, il ne comporte ni scènes de sexe ni de violences insupportables. Il ne défend pas non plus de positions morales ou politiques indéfendables. Son péché? Il a été produit par Netflix. Et quand le délégué général Thierry Frémaux l’avait sélectionné pour la compétition officielle, il n’avait certainement aucune idée des conséquences possibles.» Tadadam.

Roulez tambours, donc, avec 20 minutes France qui «croit connaître Cannes comme le fond de sa poche», mais se dit pourtant «constamment surpris par les organisateurs». Cette année, ils ont préparé quelques surprises:

1. La Palme s’est refait une beauté: «Dorée à l’or fin et couverte de diamants» par Chopard.

2. C’est aussi la Fête de la musique (sur la plage), avec -M- qui ouvrira les festivités le 21 mai puis, deux jours plus tard Tony Gatlif et sa troupe de Rebetiko.

3. La télé s’invite. De Twin Peaks de David Lynch à Top of the Lake de Jane Campion, les séries débarquent, «au grand dam de certains puristes […] furieux». Netflix, sors de ce corps du 7e Art, avec «A» majuscule.

4. Clint Eastwood et Alfonso Cuaron ont préparé des master classes pour les 21 et 24 mai. Si quelqu’un peut donner des leçons dans ce domaine, ce sont bien les réalisateurs de Sully et de Gravity!

5. Les «palmés» se multiplient sur la Croisette: bien des lauréats seront à l’honneur lors d’une soirée de gala le 23 mai, sous la présidence d’Isabelle Huppert. «On espère Jane Campion, Quentin Tarantino, David Lynch et… les paris sont ouverts…»

… pour les autres paillettes, faux pas et scandales qui ne manqueront pas d’animer cette 70e édition au cours de la décade à venir. Mais pour l’heure, tels ont été ces derniers jours sur la Croisette et dans le monde du cinéma, à notre connaissance.

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