La vie à 25 ans

Dans les avions, le sexisme a la vie dure

OPINION. Lundi, on apprenait que les hôtesses de Virgin Atlantic ne seraient bientôt plus obligées de porter du maquillage au travail. Un signal bienvenu pour notre chroniqueuse, même si l’absurdité de certains «dress codes» en cabine subsiste

Que portez-vous en ce moment? Je vous rassure, il ne s’agit pas d’une question mal placée. Plutôt de la curiosité. Car il est probable que vous lisiez cette chronique en vous rendant au travail, en revenant ou alors, j’en serais flattée, pendant votre pause café. Alors, que portez-vous? Pour ma part, un training – ah, les joies d’une matinée de télétravail… Non que je me considère particulièrement classe en règle générale. L’un des avantages du métier de journaliste, c’est de pouvoir s’apprêter comme il nous sied.

Tout le monde n’a pas ce luxe. Il y a les régimes «chemises obligatoires», pantalons noirs… ou le combo talons-collants-fard à paupières. Vous l’aurez deviné, je pense aux hôtesses de l’air. Celles de la compagnie aérienne Virgin Atlantic ont appris lundi qu’elles n’étaient désormais plus dans l’obligation de porter de maquillage en cabine. La question serait plutôt: pourquoi diable cela a-t-il un jour figuré dans leur cahier des charges?

«Beauty sleep»

On s’en rend vite compte, l’absurdité est généralisée. Sur son site, Swiss précise aux futures candidates que «du rouge à lèvres doit être porté». Air New Zealand conseille à ses hôtesses de privilégier leur «beauty sleep», et la compagnie israélienne El Al leur demande d’accueillir les passagers en talons. Quant aux membres de l’équipage British Airways, cela ne fait que trois ans qu’elles sont autorisées à opter pour un pantalon.

Lorsqu’on rencontre la clientèle, une présentation soignée, cheveux coiffés ou barbe taillée, paraît normale. Normal aussi d’attendre d’un mannequin, ou de toute personne dont le métier repose logiquement sur son apparence, qu’elle soit sur son 31.

Un cliché suranné

Mais aux dernières nouvelles, l’hôtesse de l’air a pour mission d’assurer le bon déroulement du vol, en maniant des chariots, courant à gauche à droite, voire en vous sauvant la vie si, par malheur, vous faisiez un malaise sur votre siège. A quoi peut bien servir ici la jupe crayon ou le rouge à lèvres, si ce n’est à perpétuer le cliché suranné d’une serveuse-poupée, réduite à satisfaire les moindres désirs des voyageurs – et à encaisser leurs gestes déplacés – d’un joli sourire carmin?

En 2019, Dieu merci, la problématique du sexisme au travail agite enfin les consciences, des inégalités salariales aux tenues exigées. Même le Salon de l’auto semble en pleine introspection, présentant depuis peu des hôtesses en baskets. Aucune raison donc que l’univers aérien échappe aux radars. Car, contrairement à Jacques Dutronc dans sa célèbre chanson, on ne rêve pas toutes de «voir le bas d’en haut», «d’avoir des talons hauts».


Chronique précédente:

Au secours, c’est (déjà) le printemps

Publicité