Quelque chose devrait nous alerter. Tout à coup, la France devient sexy. Après des décennies où nous avons été collectivement critiques à l'égard de notre grand voisin, ce dernier donne l'impression de rattraper son retard pour finalement saisir l'air du temps. La France ne court plus après l'époque, elle donne même l'impression de vouloir enfin l'embrasser et d'avoir le courage de tacler les revers de la modernité. Et nous en Suisse? La jeunesse d'un Emmanuel Macron, tout comme celle du Canadien Justin Trudeau, agit comme un filtre sépia sur tout le reste du personnel politique. Dans leur pays et au delà.

Les écarts d'âge n'ont jamais été aussi importants, pas dans l'absolu, bien sûr, mais relativement entre générations. Nous restons tous plus frais plus longtemps du point de vue de la forme physique. Mais notre capacité à s'inscrire, ou pas, dans un univers de plus en plus envahi de technologie clive irrémédiablement les classes d'âge. Les enjeux qui se lèvent devant nous, liés au big data, à la robotique, à transformation digitale dans son ensemble, imposent une nouvelle manière de penser et de travailler pour construire l'avenir. Les classements internationaux qui mettent la Suisse en haut du podium de l'innovation sont trompeurs. Le critère des dépôts de brevets, où nous figurons parmi les champions, ne représente plus le bon baromètre.   

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La Constitution helvétique impose une représentation du Conseil fédéral en fonction des langues et des régions du pays. On sait la manière de désigner les papables: il faut porter le fanion du bon parti, du bon canton, parler le bon idiome sans oublier d'avoir le bon sexe - c'est plus récent - pour espérer voir la porte s'ouvrir. Dans un petit pays, s'imposer de telles contraintes constitue une gageure. Mais ne pas glisser dans l'équation le besoin d'empathie pour la technologie tient du suicide.

Certes, le mode de gouvernance à la Suisse ne donne pas un pouvoir démesuré au collège qui la dirige. Mais la quatrième révolution industrielle s'impose ici comme ailleurs. Le manque de vision de nos dirigeants dans ce domaine constitue un risque majeur pour le pays tout entier. La Suisse a d'immenses atouts, notamment sa capacité à être dirigée de manière collaborative et plus représentative que dans beaucoup d'autres endroits du monde. Mais elle doit se réformer et ne pas s'endormir, quand les temps imposent d'agir en dehors des cadres anciens.

La Suisse aurait tellement besoin d'un dirigeant qui fait simplement envie aux moins de 40 ans (et aux autres!) en demande de reconnexion avec la politique... Il suffirait de pas grand chose pour que nous suivions la bonne voie. A commencer par élire un jeune conseiller fédéral.

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