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Avis de tempête? Les pourparlers entre Angela Merkel et ses partenaires potentiels ont été interrompus tôt ce vendredi matin à Berlin.
© Michael Kappeler/DPA/AP/Keystone

Revue de presse

Avis de tempête en Allemagne: la coalition «jamaïcaine» a du plomb dans l’aile

Les partis qu’Angela Merkel veut réunir pour former son gouvernement se perdent dans de laborieuses négociations. Les médias préviennent: s’il fallait convoquer de nouvelles législatives, ce serait un boulevard pour les populistes

C’est laborieux. Les pourparlers entre conservateurs, libéraux et Verts allemands – qui détiennent ensemble exactement 52,6% des voix issues des dernières élections – pour tenter de former un gouvernement à Berlin ont été ajournés dans la nuit de jeudi à vendredi, faute d’accord. Ils reprendront à la mi-journée, bien que la chancelière Angela Merkel eût fixé le 16 novembre comme date butoir pour ces négociations. Elle accepte donc de jouer les prolongations dès ce vendredi midi. Une ultime tentative de bâtir une coalition dite «jamaïcaine» (en référence aux couleurs du drapeau jamaïcain, le noir, le jaune et le vert, qui sont les couleurs symbolisant respectivement la CDU, le FDP et les Verts) qui tienne la route.

Le climat, à Berlin, n’est toutefois pas à l’optimisme. Si, au final, aucun compromis n’est trouvé après déjà un mois de discussions, on évoque la tenue possible de nouvelles élections législatives, anticipées. Ce, presque deux mois après celles du 24 septembre qui avaient vu la CDU/CSU de la chancelière remporter quasi 33% des voix. Devant les sociaux-démocrates du SPD (20,5%), les populistes de l’AfD (12,6%), les libéraux du FDP (10,7%), Die Linke (9,5%) et les Verts (9%).

Lire aussi: Les pourparlers pour former un gouvernement allemand ajournés

Les pierres d’achoppement

Les points de blocage sont toujours les mêmes, selon la correspondante du Temps en Allemagne: la définition d’un calendrier pour fermer les centrales au charbon (que veulent les Verts, mais auquel s’opposent les libéraux); l’abolition de l’impôt solidarité (voulue par les libéraux, mais les Verts et la CDU sont contre); le regroupement familial (exigence des Verts, refusée par la CDU); le renforcement du système de frein à la hausse des loyers; la politique de défense, enfin: les Verts veulent une interdiction de toute vente d’armes à l’Arabie saoudite, un des gros clients de l’Allemagne dans le secteur.

Il semblerait que les discussions butent surtout sur le manque de volonté au compromis de la part de la CSU bavaroise, qui craint la concurrence des populistes de l’AfD aux élections régionales de Bavière en 2018 (plus importantes pour ce parti régional que les législatives). Mais les libéraux étalent aussi leur sentiment de frustration dans la presse. Et les Verts jouent la carte du compromis.

Objectif Noël

Si les partis en question parviennent finalement à un accord au plus tard ce week-end, ils entameront l’élaboration d’un contrat de coalition, avec l’objectif de former, au plus tôt d’ici à Noël, un quatrième gouvernement dirigé par Angela Merkel.

Parmi tous les points de tension, le regroupement familial suscite des débats particulièrement houleux, constate dans le Daily Sabah turc Ozan Ceyhun, ancien membre du SPD et aujourd’hui dans les rangs du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Erdogan. «L’humain est au cœur des négociations, dit Ceyhun. En raison de la guerre civile qui s’éternise, les réfugiés syriens ne vont pas pouvoir rentrer dans leur pays de sitôt. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne les accueille. Et pourtant, souscrire au regroupement familial pour les réfugiés reste tabou pour un parti qui porte dans son nom le mot chrétien et qui souligne les valeurs religieuses. […] Les réfugiés sont un immense défi, non seulement pour l’UE, mais aussi pour l’ensemble du continent.» Sur ce point capital, «ce n’est pas seulement» le prochain mandat de la chancelière «qui dépend de la réussite de la coalition dite «jamaïcaine», mais aussi la (pour) suite de sa carrière politique», estime le journal populaire Bild.

Un attelage hétéroclite

Il faut dire qu’au fil des semaines, le soutien de la population envers cet attelage politique sans précédent s’est sérieusement érodé. Et «les quatre partis n’ont avancé sur aucun des thèmes centraux», constate Lidové noviny, en République tchèque, dans un article repéré par Eurotopics. L’opinion publique a «de plus en plus de mal à digérer» cette inertie. Et selon un sondage de la chaîne de télévision ARD, «52% des personnes interrogées ont une opinion défavorable d’un gouvernement rassemblant des protagonistes si différents. Dans le même temps, la cote de popularité de la CDU d’Angela Merkel est en chute libre: 30% selon les derniers chiffres, soit la valeur la plus basse depuis six ans.»

En Allemagne, cependant, «personne ne veut» de nouvelles élections, indique le Spiegel. Car il y a un «os»: elles risqueraient de profiter avant tout à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti d’extrême droite qui a fait une entrée fracassante au Bundestag. En la matière, le Tagesspiegel est très alarmiste et critique: «On a l’impression que les quatre partis sont prisonniers d’une bulle qui les coupe de la réalité, commente-t-il. La réalité attend d’eux qu’ils se mettent d’accord, nom d’une pipe! Mais pas sur des détails sans importance, en traitant pêle-mêle un point après l’autre sans aboutir à un projet globalement cohérent, mais sur un programme visant à consolider l’Europe, réformer l’économie, encourager l’intégration et moderniser la société.»

Le «scénario cauchemar»

Et, scénario cauchemar pour le quotidien berlinois: «S’ils ne parvenaient pas à un accord? Il vaut mieux que cela ne se produise pas.» Car si les partis concernés «sont incapables de gouverner ensemble ou rétifs à le faire, ils provoqueraient une implosion de la République telle que nous la connaissons. […] La conséquence de leur échec serait non seulement un regain de populisme, mais aussi d’extrémisme. Suivant la logique: si ceux-là en sont incapables, il faut changer la donne.»

Anti-européenne, l’AfD incarne aussi avec le FDP ce grand sujet de discorde qu’est l’idée d’un budget bruxellois. Celui-ci pourrait servir à aider un pays de la zone euro frappé par une crise, comme le propose le président français, Emmanuel Macron. Mais dans le fond, «la politique européenne joue un rôle mineur dans les négociations», constatait il y a deux jours Die Zeit: Merkel «est aussi peu à l’aise dans la confrontation ouverte que quand elle doit se prononcer sur le projet de grande envergure auquel Macron sollicite désormais son adhésion. Elle préfère rester sur ses gardes et agir à l’abri des tables de négociation. La stratégie est peut-être habile, mais elle n’est pas sans conséquences: en taisant sa politique européenne, Merkel conforte l’impression largement répandue que la politique de l’UE est une «boîte noire», difficile à cerner et encore plus difficile à comprendre.»

A ce sujet: L’extrême droite promet «une nouvelle ère» en Allemagne

L’axe Paris-Berlin affaibli

D’ailleurs, en France, L’Opinion estime que «les négociations délicates menées actuellement en Allemagne témoignent de l’essoufflement de Merkel», ce «qui n’est pas de bon augure pour le président français». Cela lui permet certes «de convoiter le leadership de l’Europe» mais la situation actuelle «rend moins réaliste l’hypothèse que la chancelière puisse imposer à ses propres troupes et à ses partenaires de coalition des idées françaises ambitieuses pour la zone euro. Les réformes substantielles seraient reportées après les élections européennes de mai-juin 2019, dans l’espoir que celles-ci rebattent suffisamment les cartes sur le continent et permettent l’installation d’une nouvelle Commission européenne plus efficace que celle de Jean-Claude Juncker.»

On peut en effet considérer, selon un point de vue de realpolitik, conclut la Zeit, que «la confiance dans l’Union ne pourra croître que si la politique européenne devient plus tangible. Si Merkel n’en porte pas l’entière responsabilité, elle en est la première responsable. De ce point de vue, la campagne électorale et les entretiens exploratoires ont été une occasion manquée.»

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