Nouvelles frontières

Avis de tempête de neige sur le Liban

OPINION. Le Liban est le pays qui compte le plus de réfugiés au monde. Ils sont ces jours-ci frappés par la tempête dans un pays au bord du gouffre

Ces jours-ci, il n’y a pas que les Alpes qui croulent sous la neige. Le Mont-Liban et ses environs sont aussi couverts d’un manteau blanc. Pour le plus grand plaisir de quelques skieurs. Et le désespoir de dizaines de milliers de réfugiés, pour la plupart syriens. La tempête Norma, en début de semaine, a fait chuter les températures et brassé les vents comme rarement dans la région. Les météorologues pronostiquent une autre tempête la semaine prochaine.

Dans certains campements de tentes, qui se comptent par centaines à travers le pays, l’eau atteint par endroits 50 centimètres. La situation est particulièrement pénible dans la plaine de la Bekaa et à Baalbek. Les gens déambulent dans l’eau glacée. Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), 70 000 personnes sont menacées, dont 40 000 enfants. On déplore jusqu’ici un mort par noyade, une fillette.

Départs au compte-goutte

Officiellement, il y a 900 000 réfugiés au Liban. En réalité, ce chiffre pourrait atteindre 1,5 million, soit un habitant sur quatre. Ce qui fait du pays du Cèdre l’endroit au monde avec la plus forte concentration de réfugiés: aux Palestiniens, présents depuis des décennies pour la plupart, se sont ajoutés les Syriens et les Irakiens chassés par les guerres.

Que rajouter sur un désastre humanitaire qui dure depuis bientôt huit ans?

Arrivés en masse, les Syriens ne repartent qu’au compte-goutte, sur une base individuelle. Ils ont été quelque 17 000 à faire le chemin du retour en 2018. Rien n’indique que le mouvement va s’accélérer. Les victoires déclarées par Bachar el-Assad et ses alliés russes n’y changent rien, pas plus que le processus d’Astana ou celui de Genève. Les gens n’y croient pas, n’osent pas. La confiance ne se décrète pas. D’ailleurs, les combats continuent dans le nord-est de la Syrie, charriant de nouveaux flux de déplacés, et la bataille d’Idleb n’est qu’une question de temps, faisant craindre de nouveaux départs par dizaines de milliers.

Si le nombre de réfugiés en provenance de cette région a fortement baissé en Europe depuis un an, la situation est toujours aussi préoccupante pour la Syrie et les pays voisins. Coordinateur de l’aide humanitaire de l’ONU au Liban, Philippe Lazzarini était de passage à Genève cette semaine pour faire le point au «siège» et témoigner. Que dire de plus? Que rajouter sur un désastre humanitaire qui dure depuis bientôt huit ans?

Comme un homme suspendu

Quand Philippe Lazzarini arrive au Liban, en 2015, l’ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, Jan Eliasson, lui fait le topo sur son pays d’accueil: «C’est comme un homme suspendu au 12e étage d’un immeuble que ses voisins observent en se demandant quand il va tomber.» Les mois passent, les années passent, et les mêmes voisins observent le même homme en se posant la même question. «Comment ce pays tient encore face à de telles pressions, cela défie la gravité et la raison.» Combien de fois le Suisse a utilisé cette image pour expliquer l’inexplicable?

Il y a un an, la grande préoccupation des Libanais était logiquement la question des réfugiés, et leur pression sur l’emploi. Entre-temps, des élections ont enfin eu lieu – les premières depuis neuf ans – mais, depuis mai dernier, aucun gouvernement n’a pu se former: blocage absolu. L’économie se dégrade, de même que la situation géopolitique. Alors, pour les Libanais, les réfugiés ne sont plus qu’un problème parmi d’autres. Pour les réfugiés, l’ONU apporte 1,5 milliard par an, dont la moitié leur est versée en cash: 70% vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Il y a beaucoup d’autres chiffres pour mesurer l’ampleur de la catastrophe au Liban. Mais à quoi bon? L’Europe s’est déchirée cette semaine pour accueillir 49 migrants bloqués durant deux semaines en mer sur un navire qui leur avait porté secours.

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