Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Roberto Azevêdo, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Genève, juillet 2018.
© REUTERS / DENIS BALIBOUSE

Opinion

Pourquoi nous avons besoin de l’OMC

OPINION. Le directeur de l’OMC, le Brésilien Roberto Azevêdo, explique que le système du commerce international est en grand danger. Il y a urgence à réformer

Le commerce mondial est menacé. Guerre commerciale ou non, les premiers coups de feu ont bel et bien été tirés. Cela requiert notre attention et, surtout, une action de notre part. La situation est extrêmement grave. Les restrictions au commerce réciproque ne peuvent pas être la nouvelle norme. La poursuite de l’escalade risquerait de menacer les emplois et la croissance dans tous les pays, touchant surtout les plus pauvres.

Il incombe à l’ensemble de la communauté internationale d’aider à résoudre ces problèmes. J’ai mené des consultations avec des gouvernements et des dirigeants du monde entier en les exhortant à dialoguer et à étudier les moyens de remédier à la situation. J’ai aussi parlé avec des représentants de la société civile, notamment des parlementaires et des représentants des milieux d’affaires, de groupes de réflexion et des médias, pour leur faire prendre conscience de ce qui est en jeu. J’appelle tous ceux qui considèrent le commerce comme force positive et les règles commerciales mondiales comme fondement essentiel de la stabilité économique et de la prospérité à faire entendre leur voix. Le silence pourrait être aussi dommageable que les actes qui conduisent à une guerre commerciale.

Réformer l’OMC

Il y a eu quelques signes de progrès. Des voix commencent à s’élever. Des dirigeants d’entreprise et des associations appellent les gouvernements à ne pas ériger de nouveaux obstacles. Ils leur demandent de négocier et de trouver des solutions. Des droits de douane plus élevés impliquent des prix plus élevés et des salaires plus bas en termes réels, et une plus grande incertitude risque d’entraîner le retrait des investisseurs et des suppressions d’emplois. En outre, à l’OMC, les dirigeants du monde entier s’engagent de plus en plus. Ils veulent renforcer le système et l’améliorer, plutôt que de le démanteler. Espérons que cela nous aide à désamorcer les tensions et à trouver un moyen de sortir de la crise actuelle du commerce mondial.

J’appelle tous ceux qui considèrent le commerce comme force positive à faire entendre leur voix

Cette discussion sur le renforcement de l’OMC n’est pas vraiment nouvelle. En travaillant avec les membres ces dernières années, nous avons pu accomplir de réels progrès. Nous avons obtenu des résultats importants, comme la conclusion de l’accord sur la facilitation des échanges, l’abolition des subventions à l’exportation dans l’agriculture et l’élargissement de l’accord sur les technologies de l’information.

Malgré ces progrès, beaucoup appellent à élargir le débat sur la réforme. Des discussions sont déjà en cours et certains ont avancé des idées, mais une position commune reste à trouver sur ce à quoi ces discussions devraient aboutir et sur les domaines qui pourraient être plus prometteurs ou qu’il serait plus utile d’examiner. Quelles que soient les réponses, il ne fait aucun doute que nous devons tous redoubler d’efforts pour faire en sorte que le système commercial mondial réponde mieux aux besoins des membres et aux défis créés par une économie mondiale en mutation.

Le blocage des Etats-Unis

En débattant de tout cela, les membres devront aussi faire face à la menace qui pèse sur le système de règlement des différends de l’OMC. Les 164 économies membres représentent 98% du commerce mondial, et tout cela est étayé par le système de règlement des différends de l’OMC. C’est le mécanisme par lequel les membres s’obligent mutuellement à rendre compte des infractions perçues et qui empêche que les différends commerciaux ne dégénèrent en conflits beaucoup plus graves. De ce fait, c’est l’un des piliers fondamentaux de la gouvernance économique mondiale, et il est très efficace. De nombreux différends sont réglés avant d’arriver au stade de la procédure, mais lorsqu’ils arrivent à ce stade, les décisions rendues sont très largement respectées, environ 90% des décisions ayant déjà été pleinement mises en œuvre.

Malgré son efficacité et bien qu’il soit plus sollicité que jamais, le système de règlement des différends est confronté à un grave problème. Le processus de désignation des membres de l’organe d’appel – le corps de juges qui examinent les appels dans le cadre des différends – est bloqué car les Etats-Unis ont formulé certaines préoccupations au sujet des décisions et des procédures de l’organe d’appel. A mesure que le mandat des juges arrive à échéance, l’organe d’appel ne comptera bientôt plus que le nombre minimum de membres nécessaire pour qu’il fonctionne. Les membres de l’OMC sont prêts à se réunir pour régler ce problème, mais il n’y a pour l’heure aucun progrès en ce sens. Il faut un engagement réel de la part de tous pour sortir de cette impasse.

Le monde a plus que jamais besoin de l’OMC. Sans elle, nous serions confrontés à un avenir incertain, à une guerre commerciale, à un ralentissement de la croissance dans les pays pauvres comme dans les pays puissants. Profitons de ce moment pour renforcer la coopération mondiale en matière de commerce, ce qui, en fin de compte, est dans notre intérêt à tous.

Lire aussi: Le dynamisme du commerce mondial est freiné

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)