Opinions

AVS: le pari de la concertation. Par François Modoux

L'initiative des syndicats qui propose de sauver l'âge de la retraite des femmes à 62 ans est, à première vue, séduisante. Elle vise à épurer de la 10e révision de l'AVS son défaut majeur: le relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 64 ans. Cette décision, prise par le parlement à la hâte et avec une bonne dose d'hypocrisie, allait à l'encontre de la volonté gouvernementale. Elle créait une iniquité en faisant payer aux seules femmes la facture de plusieurs innovations dans l'assurance vieillesse, toutes favorables à l'ensemble de la société: la reconnaissance de la famille, l'égalité économique des conjoints pendant les années de mariage et donc la fin de la pauvreté des femmes âgées divorcées.

Trois ans après l'adoption par le peuple du paquet que constituait la 10e révision de l'AVS, la tentation est grande de corriger l'injustice. Cet élan n'empêche toutefois pas un examen minutieux des enjeux. La question de conserver l'âge de la retraite des femmes à 62 ans, stricto sensu, semble dépassée par de nouveaux développements dans le domaine de la prévoyance sociale. Le défaut majeur de l'initiative des syndicats est de ne pas répondre à l'attente croissante, et peut-être même dominante aujourd'hui dans la population, d'un régime de retraite à la carte plus souple et plus respectueux des besoins des individus. Cette perspective, désormais centrale, est au cœur de la 11e révision de l'AVS, déjà en chantier.

Dans ce contexte, le calendrier politique a transformé l'initiative des syndicats en un instrument tactique. Le sort que les Suissesses et les Suisses lui réserveront aura la valeur d'un signal politique. Son rejet, s'il devait être sec, donnerait des ailes à la droite et au patronat. Leurs ténors, plus soucieux d'augmenter l'âge de la retraite des hommes et des femmes que de créer des conditions équitables d'accès à la retraite anticipée, se sentiraient encouragés à durcir leurs positions. A l'inverse, l'adoption de l'initiative braquerait ces mêmes milieux. Obnubilés par l'objectif d'assainissement des finances de la Confédération, enclins à préconiser un moratoire social, ils ne se priveraient pas de leur majorité au Parlement pour menacer d'autres prestations. Faut-il rappeler que des tentatives ont déjà eu lieu dans l'assurance-chômage et dans l'assurance-invalidité? Sans parler de l'assurance-maternité, toujours en ballottage par défaut d'une réelle volonté politique, à droite, de la concrétiser.

Dans cette guerre de position, le chemin pour réformer les assurances sociales, l'AVS en particulier, est très étroit. Le choix du 27 septembre équivaut à un pari sur la méthode: l'affrontement ou la concertation. La seconde solution semble la plus prometteuse. Elle passe par le rejet de l'initiative des syndicats, si possible de justesse.

En effet, l'initiative pose trop d'obstacles à la recherche de la solution optimale. Elle ne répond ni au principe de l'égalité de traitement entre hommes et femmes, ni au besoin de souplesse par branche et par métier. Elle crée aussi l'illusion qu'il sera possible de négocier une retraite anticipée sans perte de rente.

Mais s'ils l'emportent dimanche, les adversaires de l'initiative se souviendront que deux initiatives cousines de celle des syndicats sont prêtes à être soumises, à leur tour, au souverain. La pression subsistera sur le parlement pour que la consolidation de l'AVS et la nécessaire flexibilisation de l'âge de la retraite ne reste pas, à moyen terme, un luxe réservé à quelques privilégiés.

Publicité