A l'occasion de sa dernière apparition au Conseil des Etats, Ruth Dreifuss a reçu jeudi trois roses du président socialiste, Gian-Reto Plattner. Et une belle gerbe d'épines et de ronces de la part du PDC, qui semble avoir perdu le sens des réalités sociales qu'il prétend, pourtant, défendre de temps à autre. L'an dernier, au Conseil national, le PDC s'était clairement engagé en faveur d'un programme, certes mesuré mais réaliste, de subventionnement des retraites anticipées. Il avait même activement contribué à la recherche d'une solution praticable et équilibrée, puisque c'est la variante imaginée par l'un de ses membres, Thérèse Meyer, qui avait été adoptée.

Jeudi, retournement de situation. Le PDC a présenté un nouveau modèle de rentes-ponts qui, malgré l'intérêt qu'on peut lui porter, n'était manifestement pas mûr, notamment sur le plan du financement. Il a donc été rejeté. Par vengeance – c'est l'impression qui se dégage du communiqué rageur que le parti a publié dans le but de se justifier – le PDC a ensuite refusé de voter la solution qui paraissait devoir s'imposer, à savoir l'investissement de 400 millions dans le but de rendre la retraite flexible moins lourde financièrement pour les personnes à revenu modeste.

Cette solution semble la plus judicieuse sur le plan social. Il est vrai que la construction a trouvé, au terme de longs palabres, un modèle de retraite à la carte qui lui est propre et ne fait pas appel à l'Etat. De telles solutions seraient cependant nécessaires dans toutes les branches ayant tendance à se séparer en premier des collaborateurs qui s'approchent de l'âge de la retraite. Or, elles font encore largement défaut. L'intervention de l'Etat reste dès lors justifiée. Cette promesse avait d'ailleurs été faite pour compenser le relèvement de l'âge de la retraite des femmes. Le modèle proposé par le Conseil fédéral, légèrement modifié par le National, a l'avantage d'être socialement juste sans être incitatif. Il peut encore s'imposer, car, comme l'a montré le débat de jeudi au National à propos de l'imposition des familles, ce n'est pas parce que la situation économique s'est détériorée qu'il faut laisser tomber toutes les promesses faites à la population ces dernières années.

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