L'avenir des assurances sociales ne peut pas se résumer à des prévisions financières apocalyptiques qui laissent entendre qu'on fonce tout droit dans le mur et qu'il n'y a pas d'autre solution que de couper, couper et encore couper. Si l'on procède ainsi, et l'on sent une tentation assez forte sur la partie droite de l'échiquier politique, on court à la catastrophe.

Il ne sert à rien, comme l'ont fait quelques ténors de l'UDC, du Parti radical et du PDC au début du mois, de répandre la peur dans le pays en faisant croire que le trou de l'AVS atteindra 100 milliards d'ici à 2020. Sur le plan strictement comptable, le risque existe effectivement que l'assurance vieillesse plonge dans un abîme de couleur rouge vif. Mais les politiciens sont justement là pour prendre les décisions qui éviteront une telle débâcle. Ils sont également là pour trouver des solutions qui permettront de redresser les finances sociales tout en évitant de laisser des gens au bord de la route. Ça aussi, c'est leur responsabilité.

Dans cette perspective, le projet jumelé de onzième révision de l'AVS et de modification de la loi sur la prévoyance professionnelle constitue une bonne base de discussion. Mais guère plus pour l'instant, car, comme en témoignent les premières réactions entendues jeudi après la publication des propositions du Conseil fédéral, il faudra encore beaucoup de temps pour parvenir à une formule acceptable par la majorité. Ce n'est donc qu'un début de réflexion.

Le projet du gouvernement a au moins le mérite d'ouvrir un triple débat. Premièrement, il rapproche les conditions de base du premier et du deuxième piliers, ce qui constitue un pas en direction d'une analyse globale de l'ensemble des assurances sociales. La démarche est toutefois encore incomplète, car on ne peut plus parler de retraite aujourd'hui sans examiner, en parallèle, la structure du marché du travail et son inévitable corollaire, l'assurance chômage. De même, il est absolument nécessaire d'intégrer l'assurance invalidité dans la réflexion, car l'existence d'un vase communicant entre l'AI et l'assurance chômage ne fait plus de doute (voir Le Temps du 26 août).

Deuxièmement, le Conseil fédéral lance la discussion sur l'âge de la retraite d'une manière assurément plus complète que l'initiative populaire sur laquelle nous sommes appelés à voter le 27 septembre. Car la onzième révision de l'AVS ne se limite pas à retarder de deux ans le droit des femmes aux rentes AVS. Elle voit plus large et esquisse quelques hypothèses, encore inabouties, sur le principe de la retraite à la carte. Le Conseil fédéral montre-t-il son indécision en mettant deux, voire trois variantes en discussion? Certes oui, mais il aurait sans doute été risqué de privilégier une formule par rapport à une autre dans la mesure où personne ne paraît encore capable de dire qui profitera de ces retraites anticipées.

Troisièmement, la problématique sur le financement social est posée. Il est désormais admis que les ponctions salariales ont atteint leurs limites et qu'il faut trouver autre chose. Le Conseil fédéral propose de recourir à la TVA. Mais d'autres idées circulent, notamment celle qui consiste à fiscaliser l'énergie en faveur de l'AVS.

Toutes ces questions doivent encore mûrir dans les chaumières politiques.

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