Revue de presse

Le baby Sussex de Harry et Meghan est né, et il est aussi Américain, my God!

Il est l’arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de George III, le dernier roi des colonies d’outre-Atlantique. L’angle médiatique est aigu, côté ouest, mais cette filiation compte, à l’heure du Brexit, côté est

Alors que dans la vie banale de la perfide Albion, après les élections locales du 2 mai les conservateurs et travaillistes ont subi une lourde défaite et reprennent leurs discussions afin de trouver l’introuvable compromis sur le Brexit, un rayon de soleil a donc percé dans le chaos politique qui règne outre-Manche: il est né, le royal enfant, le baby Sussex fils du prince Harry et de Meghan Markle, seulement «septième dans l’ordre de succession au trône d’Angleterre», tout de même, précise Courrier international. And it’s a boy!

L’annonce de la naissance: un garçon

Un p’tit gars bien sûr «absolument irrésistible», disent ses parents. La nouvelle a aussi été annoncée via Instagram, une première pour cette redoutable famille royale qui ne connaissait jusqu’ici que Facebook et Twitter et fait ainsi son entrée dans le cercle des réseauteurs dits jeunes et modernes. Le message du duc et de la duchesse a décroché plus de 750 000 likes en moins d’une heure. Il n’y en aura sans doute pas moins lorsque, lors du traditionnel deuxième temps du suspense, le prénom du garçonnet sera dévoilé à la face du monde. «Les bookmakers ont depuis longtemps lancé les paris […]. Albert est en tête.» Mais ce peut aussi être Alexander, Arthur ou James, et le Tout-Monaco pourra alors légitimement être déçu.

On le voit, à l’heure solennelle où nous écrivons ces lignes capitales pour le moral de Britanniques épuisés par des mois de querelles intestines sur la manière de sortir de l’Union européenne, on en est à plus de 2,6 millions de «j’aime» et de messages de congratulations sans fin, de la part d’internautes ameutés par «les caméras de télévision du monde entier [qui] se pressaient devant le château de Windsor dans l’attente de la naissance depuis plusieurs semaines», dit le Daily Telegraph. Voilà pour l'«amazing experience» du petit-fils préféré de la Sa Majesté, qui compte désormais, à l’âge de 93 ans, huit arrière-petits-enfants.

Depuis, les Obama piétinent sur des charbons ardents, sachant qu’il pourrait y avoir des surprises quant au patronyme de ce nourrisson qui aura, comme les autres, une demi-douzaine de marraines et de parrains. Sur son blog TheTig.com que les hautes exigences du protocole l’ont obligée à fermer, Meghan avait mentionné Grey comme l’un de ses prénoms préférés. Pour une fille comme pour un garçon! Houla, quelle audace dans la logique libéralisée du genre. Métisse et comptant parmi ses ancêtres des esclaves qui travaillaient dans des plantations de coton en Géorgie, elle pourrait aussi choisir un prénom rendant hommage à son héritage familial, avec la bénédiction d’un époux qui n’en serait pas à sa première incartade.

Mais pour l’heure, place à la tradition, assaisonnée d’un soupçon de contemporanéité. Des salves de canon ont été tirées, l’Union Jack a été hissé sur tous les bâtiments officiels, et le secrétaire privé de la reine avertira tous les gouverneurs généraux du Commonwealth au cas où ils ne seraient pas encore au courant. Et ce fichu prénom, alors? L’ex-trublion de père a déclaré lundi qu’il pensait présenter le nouveau-né à la nation et annoncer «probablement d’ici à deux jours» le prénom de celui qui, contrairement à ses cousins nés chez l’oncle Bill, n’aura pas l’heur d’être prince. Sauf. Sauf si la reine en décide autrement, ce qui n’est pas impossible si l’on en croit les augures de Buckingham.

A propos des Royals, cette autre histoire, un brin plus salace: Le prince William, Kate et la marquise sortie du labo médiatique (30.04.2019)

Elle et son mari, le duc d’Edimbourg, le prince de Galles et la duchesse de Cornouailles, grands-parents de l’enfant, ainsi que le duc et la duchesse de Cambridge, l’oncle et la tante du nouveau-né, ont été dûment prévenus. De même que Lady Jane Fellowes et Lady Sarah McCorquodale, les sœurs de Lady Di, la mère de Harry décédée dans un accident de la circulation à Paris en 1997, ainsi que son frère le comte Spencer. Ce dernier s’est notamment réjoui du fait qu’il y ait «un autre Taureau dans la famille». On le comprend. Sans oublier le «Bien joué, Meghan», lancé par l’ineffable crieur public non officiel devant le château de Windsor, repéré par Euronews.

Sur le front de la famille de Meghan, Doria Ragland, sa mère, se dit «folle de joie», elle qui se trouve déjà avec Leurs Altesses Royales au Frogmore Cottage, où vivent le duc et la duchesse de Sussex, dans l’enceinte du château de Windsor. Elle s’apprête à endosser le rôle de nounou, comme le prédit tout ce que le Royaume compte de langues de vipères mordant à l’hameçon de l’écart infini que cette idée saugrenue représente par rapport à la tradition de vraies «pros» agréées par le Palais.

Le fisc américain lorgne…

Il faut savoir encore, relève avec piquant RTL, que ce poupon «est également Américain». Quoi? Un Yankee chez les Windsor? Oui, car exactement «243 ans après l’indépendance des Etats-Unis conquise de haute lutte contre la Couronne britannique, le roi George III, contre lequel s’étaient rebellées les colonies américaines», a désormais un arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils – vérifiez vous-même – et donc ce bébé-là est bien le premier mâle citoyen des Etats-Unis, puisque sa mère l’est et qu’elle n’y a pas encore renoncé. Nul doute que s’il ne le fait pas, lui, à l’âge de 16 ans, en 2035, les services fiscaux américains vont «se frotter les mains». De quoi alimenter deux ou trois stéréotypes:

Les Etats-Unis sont en effet «l’un des seuls pays», avec les très progressistes Erythrée et Birmanie, «dont le système fiscal repose sur la citoyenneté et non la résidence. Donc Meghan Markle, qui continue à déclarer des impôts au fisc américain même si elle vit au Royaume-Uni, doit théoriquement déclarer les cadeaux reçus avant la naissance de son premier enfant […] et les cadeaux que va recevoir le bébé. Et si la famille «ouvre pour lui des fonds, l’inscrit comme bénéficiaire de trusts, de comptes, ou autres»? Eh bien, «il faudra le déclarer», c’est comme ça, dura lex americana, sed lex. Et c’est là que surgissent les questions abyssales: que se passera-t-il donc si la reine puis le prince Charles décèdent pendant cette période?

«Une partie de l’héritage de la famille royale britannique» serait ainsi «taxée par les impôts américains»? On préfère ne pas y penser, ce ne sont pas les anciens cadres d’UBS qui diront le contraire. Comme on préfère ne pas savoir pourquoi George Clooney, malgré sa proximité avec les nouveaux parents, a quant à lui nié avec fermeté et un brin de vulgarité qu’il ne serait pas parrain dans le Daily Mail:

Non! Je suis le père de jumeaux, j’ai assez de m**** à gérer, littéralement

Pire: les meltynautes ont pu apprendre ces derniers jours qu'«en tout cas, le couple semble vouloir s’éloigner du palais et même s’installer aux Etats-Unis […]. Meghan Markle voudrait vraiment habiter près de sa mère.» Une source aurait révélé au Sun qu’elle «veut définitivement une maison à Los Angeles. Elle y adore la ville, le mode de vie et le climat. […] Elle peut mieux respirer là-bas. […] Elle est duchesse en Grande-Bretagne, mais elle pourrait être reine» en Californie… Sacrée vengeance face à Kate.

Des larmes pour Diana?

Mais tout n’est aussi rose que les merveilles florales de Beverly Hills. Car un brin de psychologie est venu se faufiler entre les dalles de Hollywood Boulevard, fièrement affiché par Gala. Qui rapporte les propos d’Ingrid Seward, correspondante royale pour la presse britannique depuis près de trente ans. «Amenée un temps à côtoyer la mère du prince Harry, la princesse Diana, elle estime aujourd’hui que […] la naissance du premier enfant du duc de Sussex sera chargée en émotions […]. Si elle confirme que Harry pleurait rarement lorsqu’il était jeune, la journaliste insiste sur le lien fusionnel que le jeune prince entretenait avec sa mère.»

A tel point, justement, que «la naissance d’un enfant va forcément faire resurgir de tristes souvenirs enfouis dans la mémoire du duc de Sussex». Forcément. Il y a du baby-blues en vue.

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