Immigration

Bad buzz pour la ministre norvégienne de la Justice

Sylvi Listhaug a démissionné mardi matin, quelques heures avant que le parlement ne vote une motion de défiance à son encontre. Une crise politique sans précédent déclenchée par un post Facebook controversé

Quel est le point commun entre Sylvi Listhaug, la ministre norvégienne de la Justice et de l’Immigration, et Anders Behring Breivik, le terroriste d’extrême droite responsable de la double attaque meurtrière du 22 juillet 2011? En plus d’être tous deux blonds aux yeux bleus, comme la grande majorité des Norvégiens, ils partagent la même inclination à publier des propos controversés sur les réseaux sociaux. Le second est en prison, la première vient de démissionner du gouvernement.

Vendredi 9 mars, Sylvi Listhaug a déclenché la plus grosse crise politique du pays depuis l’élection en octobre 2013 d’Erna Solberg, chef du Parti conservateur (Hoyre), et de la coalition de droite au pouvoir. Sylvi Listhaug appartient, elle, à l’autre famille politique qui forme la coalition: le Parti du progrès (Fremskrittspariet, FrP), populiste et anti-immigration. Sur son compte Facebook, suivi par près de 160 000 personnes, la ministre a laissé libre cours à des jugements très discutables.

Tollé de protestations

Sur la photo d’un homme en turban noir, armé d’un collier de munitions, elle écrivait: «Les travaillistes pensent que les droits des terroristes sont plus importants que la sécurité de la nation.» Soit le même argument qu’avait employé Anders Breivik pour justifier la tuerie d’Utoya, île sur laquelle il avait abattu de sang-froid 69 jeunes Norvégiens participant à l’université d’été du Parti travailliste. Quelques jours avant, les députés norvégiens s’étaient opposés à un texte de loi que Sylvi Listhaug voulait faire adopter concernant la déchéance de nationalité.

En Norvège, le post Facebook de la ministre a soulevé un tollé de protestations. Pour ceux qui ont perdu un enfant, un ami ou un proche, les attentats de 2011 sont encore un sujet sensible. Les propos déplacés de Sylvi Listhaug ont d’autant plus choqué qu’un film sur le massacre d’Utoya sortait le même jour dans le pays. Réalisé avec l’aide de certains rescapés, Utoya 22 Juli reconstitue les 72 minutes d’horreur et de peur vécues par les adolescents sur l’île norvégienne.

Le but du réalisateur Erik Poppe: réveiller les consciences politiques, car «le souvenir de ce qui s’est passé était en train de s’estomper». Sur son compte Facebook, la secrétaire des travaillistes, Kjersti Stenseng, a suggéré à Sylvi Listhaug d’aller faire un tour au cinéma, pour rafraîchir sa mémoire engourdie: «Elle devrait aller voir le film et avoir honte.»

Ultime provocation

Face à l’indignation générale, la cheffe du gouvernement, Erna Solberg, s’est vue obligée de demander des excuses à sa ministre, ainsi que la suppression du post Facebook. Après avoir ignoré ces ordres pendant plusieurs jours, Sylvi Listhaug finit par le retirer le 14 mars, en précisant qu’elle l’a fait pour des raisons de droit d’image et non par regret.

Cette ultime provocation pousse un député d’extrême gauche à déposer une motion de censure contre elle. Sur Twitter, la journaliste norvégienne Marie Simonsen avait partagé une copie d’écran du post incriminé, avec ce commentaire: «La ministre de la Justice pense que les clics sur les réseaux sociaux sont plus importants que les lois et les règles.»

Une «chasse aux sorcières»

La crise gouvernementale s’est accélérée lundi 19 au soir lorsque les démocrates-chrétiens (KrF) ont demandé à la première ministre d’intervenir, sans quoi ils se prononceraient en faveur du fameux vote de défiance le lendemain. Erna Solberg n’aura finalement eu à congédier personne, puisque Sylvi Listhaug a démissionné d’elle-même, estimant avoir subi une véritable «chasse aux sorcières». L’annonce de son départ via son compte Facebook, quelques heures avant le vote du parlement, a mis fin au raz-de-marée politique qu’elle avait déclenché.

Sylvi Listhaug n’en était pas à sa première polémique. En avril 2016, elle s’était jetée dans les eaux froides de la mer Méditerranée, au large des côtes grecques, pour comprendre le «point de vue» des migrants. Contrairement à eux, elle était équipée d’une tenue de survie qui ne l’a pas protégée du ridicule. A la suite de sa démission du gouvernement norvégien, Sylvi Listhaug va maintenant devoir songer à une reconversion professionnelle. On lui suggère d’éviter la politique comme les réseaux sociaux.

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