Revue de presse

Les Bahamas Leaks démontrent l’intérêt d’UBS et Credit suisse pour l’offshore

Les deux grandes banques suisses figurent à la 2e et 3e position des plus gros intermédiaires pour la création de sociétés écrans dans l’archipel des Caraïbes

«Depuis 1990, plus d’une société sur 10 enregistrées aux Bahamas a été créée par UBS ou Credit Suisse (CS)», ont révélé ce mercredi le Consortium international des journalistes d’investigation et, dans la foulée, «plusieurs titres de la presse helvétique, à la suite d’une fuite de données». «Une fuite très embarrassante», selon 20 minutes, puisque les deux banques «figurent aujourd’hui encore parmi les acteurs les plus importants» dans le domaine de la création de sociétés écrans, écrit le Tages-Anzeiger. «Prominente Akteure», lit-on même sur le site Finews.ch.

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L’information est notamment répercutée par RTS Info, selon laquelle «plus de 175 000 sociétés ont été enregistrées» dans l’archipel caraïbe: «Les deux banques suisses figurent à la 2e et 3e position des plus gros intermédiaires», expliquent 24 heures et la Tribune de Genève (TdG). Le quotidien vaudois, volontairement ou non, en a même fait un alexandrin pour son titre de page une, à une élision près: «L’archipel aux offshore/que les banqu' suisses adorent.»

Et de préciser que «la première place est occupée par le cabinet Mossack Fonseca, qui se trouve au cœur du scandale des Panama Papers. L’activité des banques helvétiques aurait connu un pic dans les années 2004 et 2005, peu avant le premier accord avec Bruxelles sur la fiscalité de l’épargne. Durant ces deux années, 37% des nouvelles entreprises auraient été enregistrées par un intermédiaire suisse.»

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A stade, il est aussi important de préciser qu’en soi, «créer une société offshore n’est pas illégal, mais la place financière des Bahamas a mauvaise réputation en matière de blanchiment d’argent et de fraude fiscale»: «Toutes les banques suisses contactées affirment se plier aux procédures les plus strictes en matière de «due diligence» et de lutte contre le blanchiment», écrit cependant la TdG.

Dans ce contexte risqué, «ces dernières années, certains établissements suisses ont cessé de créer des sociétés aux Bahamas. Parmi eux, Julius Bär et la filiale suisse de Crédit agricole. La maison mère de cette dernière a décidé dès 2010 de se retirer de tous les paradis fiscaux non coopératifs. A l’inverse, UBS et CS figurent toujours en 2015 dans le top 3 des intermédiaires ayant installé le plus de sociétés bahamiennes.» Ce qui n’empêche pas certains de relativiser, sans états d’âme:

Et alors? «La richesse suisse et des Suisses est dues aux banques et à leur travail. Je pense que les Suisses sont intelligents pour contourner certaines lois européennes et internationales», répond un internaute sur la page Facebook de la TdG. «Et pourquoi pas? renchérit un autre. Le tout est de savoir si c’est pour camoufler des activités illégales, ou si c’est simplement pour des raisons pratiques…»

La Süddeutsche Zeitung, elle, sous le titre «Banquiers, consultants et autres intermédiaires», explique que «la création d’une société boîte aux lettres se fait généralement par un intermédiaire. Sans lui, l’activité offshore serait pratiquement au point mort. Ce médiateur s’occupe des relations avec les autorités du paradis fiscal, de la paperasse, du paiement des frais et autres droits de timbre.» UBS et CS peuvent endosser ce rôle-là.

D’ailleurs, «les deux banques ont dû payer des amendes élevées à plusieurs reprises parce qu’elles avaient encouragé leurs clients, par le passé, à la fraude fiscale. Comme le Ministère américain de la justice, entre 2009 et 2014, a pris des mesures contre UBS, les Bahamas faisaient partie des enquêtes qu’il menait. Les documents divulgués aujourd’hui montrent que cette dernière aurait contribué à la création de 9700 entreprises dans l’archipel des Caraïbes. Credit Suisse, lui, environ 8300. UBS explique qu’elle ne vend pas activement des sociétés offshore mais qu’elle soutient ses clients «qui ressentent le besoin de structurer leurs actifs pour des raisons légitimes, tels que la planification successorale», par exemple. Ce qui s’appelle de l’optimisation fiscale et ce qui est «conforme à la loi», fait savoir CS.»

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