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Ça va faire dix ans que les prémices de la grande crise financière ont commencé à apparaître, c’était en août 2007. Nous avons échappé à une dépression du style des années 30, certes, mais que tout ceci a duré longtemps!
© AFP PHOTO / Lindsey Parnaby

Planète eco

Tout baigne, enfin espérons-le

Depuis des mois, tous les prévisionnistes ne voient que du ciel bleu. Mais on pourrait bien être passé d’un cycle vertueux, où prospérité économique et stabilité politique se nourrissent l’une l’autre, au cycle vicieux inverse, souligne notre chroniqueur Charles Wyplosz

Ça va faire dix ans que les prémices de la grande crise financière ont commencé à apparaître, c’était en août 2007. Depuis, le monde a plongé dans la récession, le chômage a augmenté, parfois énormément, les dettes publiques ont explosé dans de nombreux pays, y compris aux Etats-Unis, les banques ont vacillé et certaines ont disparu ou fondu jusqu’à ne plus être reconnaissables, les prix des matières premières ont durement chuté. Nous avons échappé à une dépression du style des années 30, certes, mais que tout ceci a duré longtemps!

Mais c’est enfin fini. Depuis des mois, tous les prévisionnistes ne voient que du ciel bleu. C’est vrai pour les pays développés mais aussi pour les autres, sur tous les continents. Certes, il y a des exceptions, des pays où les politiques se tirent des balles dans le pied ou tirent sur leurs voisins quand ce n’est pas leurs propres citoyens. Jamais depuis dix ans les perspectives économiques n’ont été aussi favorables. Mais le cœur n’y est pas vraiment, il règne comme une impression de gueule de bois.

L'Europe change d'époque

Si on regarde les cinquante dernières années, la situation politique a été principalement bénigne, du moins c’est l’impression qu’on en a rétrospectivement. Certes, il y a eu quelques jolies crises, et même de très vilaines guerres, mais les grands de ce monde étaient un facteur de stabilité, souvent d’immobilisme d’ailleurs. Les éruptions étaient fermement circonscrites sous la contrainte de l’équilibre nucléaire. Ça, c’était avant. Aujourd’hui, ni Trump, ni Poutine ne semblent animés de visions pacifiques. Ils ne sont plus les seuls, ou presque, à détenir des armes nucléaires. Même le dictateur caricatural de Corée du Nord pourrait en être équipé, et ses alliés chinois hésitent sur le rôle mondial que doit jouer leur nouvelle puissance, bénévole ou conquérante. Rien ne dit non plus que l’équilibre nucléaire entre l’Inde et le Pakistan soit stable.

En Europe aussi, on change d’époque. Le Brexit prouve que ce qui a été patiemment construit, parfois un peu de travers, peut être défait. Dans beaucoup de pays, les forces politiques ascendantes sont nationalistes et anti-Europe. Après des victoires en Hongrie, en Pologne et en Grande-Bretagne, ces forces ont échoué en Autriche et aux Pays-Bas. Dans quelques jours, nous saurons si la France contribuera aussi à stopper la vague populiste, et il reste quelques mois pour nous rassurer sur l’Allemagne. Il faudra plus de temps pour que la situation se clarifie en Italie. Mais on est loin du temps où la «maison Europe» exerçait un attrait quasi irrésistible sur l’ensemble d’un continent qui n’a cessé de connaître des guerres depuis la fin de l’Empire romain.

Du cycle vertueux au cycle vicieux

 

Tout cela fait qu’on a l’impression d’être passé d’une période politiquement stable, où l’incertitude était majoritairement économique, à une période économiquement rassurante mais où les risques politiques sont majeurs. Le problème avec cette vue, c’est que troubles politiques et troubles économiques sont rarement indépendants. La prospérité a de nombreux avantages, dont celui de rendre l’aventurisme politique, voire militaire, trop onéreux pour être tentant. Il est d’ailleurs très probable que les incertitudes politiques apparues dans les pays développés sont une conséquence de la crise financière. La prospérité, à son tour, repose sur la solidité des droits de propriété, qui sont parmi les premières victimes lors de troubles politiques et de guerres.

Au lieu d’un mouvement de balancier entre stabilité économique, d’un côté, et stabilité politique, de l’autre, on pourrait être passé d’un cycle vertueux, où prospérité économique et stabilité politique se nourrissent l’une l’autre, au cycle vicieux inverse. Il est bien sûr trop tard pour éviter la crise financière d’il y a dix ans, il reste à faire en sorte que ses séquelles politiques soient rapidement absorbées. Ce n’est pas gagné, mais ce n’est pas perdu d’avance non plus.
 

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