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La baisse d’appétit des Etats-Unis à intervenir en terres étrangères

La politique étrangère de Barack Obama sous son deuxième mandat sera sans doute moins spectaculaire, plus modeste et plus diffuse. Par le politologue Shahram Chubin

Les divisions internes et l’économie ont influencé les élections et mobiliseront une grande partie de l’attention de l’administration américaine tout au long du second mandat d’Obama. La «falaise fiscale», les réformes de la fiscalité et de l’immigration, les investissements en matière de formation et les infrastructures, tous ces éléments exigent du temps et des efforts pour obtenir un consensus et pour stimuler la croissance économique. Ainsi que le président Obama l’a sèchement rappelé aux Américains: la reconstruction de la nation commence par l’intérieur.

D’habitude, lorsqu’il s’agit de politique étrangère, le Moyen-Orient est une priorité. Les efforts mis en œuvre pour en faire une question susceptible de diviser l’opinion ont échoué. Aucun des candidats ni aucun des partis ne souhaitent être impliqués dans une nouvelle guerre. Ce qui signifie qu’il n’y aura pas de recours à la force avant d’avoir épuisé toutes les autres solutions de paix, ni de prise de position dans les guerres civiles qui embrasent la région et qui sont intrinsèquement imprévisibles.

Depuis la fin de la Guerre froide, le Moyen-Orient a été la région la plus instable du monde, et celle qui a requis le plus d’attention de la part des Etats-Unis. Cet état de fait va-t-il se poursuivre? La question est ouverte. Alors que les guerres d’Irak et d’Afghanistan touchent à leur fin, l’administration Obama a annoncé le «pivot stratégique» en direction de l’Est asiatique comme étant sa nouvelle priorité. Et tandis que les Etats-Unis sont sur le point d’assurer leur indépendance énergétique, la sécurité dans le golfe Persique peut être considérée comme une question à résoudre par la Chine et les autres Etats asiatiques. Les menaces terroristes à l’égard des Etats-Unis peuvent être contrées à distance par des attaques de drones et selon la doctrine militaire dite de «frappe globale», ce qui réduit la nécessité d’une présence des forces armées sur le terrain.

La baisse de l’appétit d’un Etat pour les interventions en terres étrangères est une réaction inévitable aux complications inhérentes à ces interventions, à leurs coûts d’opportunité accrus et aux maigres bénéfices que l’on en retire. Le coup de frein des Etats-Unis s’explique aussi bien par la complexification de la situation dans la région, que par la prudence de Washington à l’égard d’éventuelles interventions, une prudence liée aux contraintes budgétaires.

Le Printemps arabe demeure un événement porteur d’espoir, susceptible de conférer un pouvoir politique aux citoyens de la région et de mettre fin à une longue période de répression de la part de régimes qui ont agi cyniquement, mus par la peur de l’avenir et par la peur de l’alternative islamiste à leur propre maintien au pouvoir. Pourtant, inévitablement, la période de transition vers des gouvernements plus représentatifs et plus efficaces sera remplie d’incertitudes. En Libye et au Yémen, les nouveaux gouvernements doivent encore contrôler leurs territoires. En Egypte, l’alternative au gouvernement séculier répressif pourrait bien être la prise de pouvoir par les Frères musulmans, avec le risque d’ouvrir la voie au mouvement extrémiste des salafistes, avec toutes les conséquences négatives qui en découleraient pour les femmes et les minorités non musulmanes. En Syrie, l’opposition à un régime perfide, bien que tout à fait fondée, a provoqué quelque 30 000 morts, la plupart pris au piège de l’espoir, ténu ou réel, que les différents groupes d’opposition offrent une alternative au modèle de gouvernement de la minorité alaouite à laquelle appartient la famille Assad.

Dans des conditions aussi troubles, prendre parti, fournir des armes et intervenir est un pari tout aussi risqué que celui de confier aux forces régionales la responsabilité de dicter les événements et leur finalité. Toutefois, une posture passive laisse le champ libre aux Etats les plus activistes, tels que l’Iran, et à des régimes qui recourent à la violence en bombardant et en mitraillant leurs propres citoyens, oublieux des impératifs de décence et de proportionnalité.

La guerre civile qui se perpétue en Syrie, avec ses fortes connotations sectaires, constitue déjà un problème régional, et potentiellement explosif. Les mouvements de populations qui partent se réfugier dans les Etats voisins, les déplacements massifs à l’interne, les incidents aux frontières avec la Turquie et l’intervention de forces extérieures, parmi lesquelles les Irakiens, les Libyens, les djihadistes et les Iraniens, forment un cocktail explosif pour la stabilité de la région, sans même mentionner Israël.

Le Conseil de sécurité des Nations unies est divisé, et par conséquent inefficace. Le monde arabe est également divisé, voire polarisé. L’OTAN n’a d’autre rôle que de soutenir la Turquie, dont le leadership est naturel étant donné ses propres intérêts et le vide en matière de leadership dans la région. Mais même ainsi, le rôle de la Turquie n’est pas spécialement populaire à l’interne. Il risque d’aggraver ses problèmes avec la communauté kurde, et ne sera probablement pas décisif.

Les Etats-Unis ont usé de leur influence pour tenter d’unifier les différentes forces d’opposition contre le régime de Bachar el-Assad. Mais vu l’identité de ces forces et leur tactique, il est peu probable que Washington endosse un rôle plus direct ou plus actif. Dans ce cas, étant donné d’une part le pouvoir militaire intact et l’évidente détermination du régime, et d’autre part la détermination parallèle de «l’opposition» à poursuivre la lutte malgré une répression féroce, la perspective serait celle d’un bain de sang permanent, ainsi que d’une probable escalade et d’une extension des hostilités.

L’autre problème qui exige inévitablement l’implication des Etats-Unis, voire même une intervention militaire, c’est l’Iran, qui fera l’objet d’un article ultérieur.

Traduction: Fabienne Girardin-Bogadi

La politique étrangère de Barack Obama sera sans doute moins spectaculaire, plus modeste et plus diffuse

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