EDITORIAL

Balises bilatérales

Déduire de ce succès diplomatico-financier des conclusions hâtives serait néanmoins risqué.

La Suisse semble bien partie pour proposer à d’autres pays de l’Union européenne sa stratégie de «l’argent blanc». Habilement amendé, l’accord fiscal remanié, signé mardi à Bruxelles avec le Royaume-Uni juste avant qu’Eveline Widmer-Schlumpf et Didier Burkhalter ne rendent visite à leurs interlocuteurs communautaires, devrait offrir à la place financière helvétique un répit salutaire.

Déduire de ce succès diplomatico-financier des conclusions hâtives serait néanmoins risqué.

D’abord, parce que des oppositions sérieuses demeurent, à l’exemple de ce qui se passe à Berlin où les sociaux-démocrates bloquent la ratification de l’accord signé avec l’Allemagne, sur cet impôt «libératoire».

Ensuite, parce que chaque nouvelle négociation, même avec en main ce modèle britannique, peut réserver des surprises.

Enfin, parce que la Commission européenne, contrainte d’accepter ces accords bilatéraux, reste mobilisée sur les autres contentieux fiscaux l’opposant à la Suisse.

Gare, en somme, à ne pas se laisser aveugler.

L’UE, par la voix du président de la Commission José Manuel Barroso, a en effet réfuté mardi l’idée suisse d’une négociation pilote sur l’électricité afin de tester une «solution horizontale» pour gérer l’ensemble des accords d’accès au marché européen. Bruxelles exige de parler sans détour, et vite, des sujets institutionnels qui fâchent, à savoir la reprise de la législation communautaire ou la surveillance desdits accords par une instance de préférence supranationale. Ce à quoi les deux conseillers fédéraux ont promis, pour la première fois, de répondre par des propositions dans «quelques semaines». Sans exclure l’hypothèse d’un échec qui remettrait «tout en cause».

La voie bilatérale, entre percée fiscale et carcan institutionnel, se retrouve par conséquent plus balisée que jamais. Ou la Confédération et l’Union parviennent, dans l’année qui vient, à faire converger au forceps leurs priorités. Ou la menace de déraillement redeviendra crédible. Avec d’importantes conséquences économiques pour une Confédération géographiquement enclavée en Europe. Place financière incluse.

Publicité