La vie à 30 ans

Ballon d'or

Les footballeuses norvégiennes gagnent désormais autant que leurs collègues masculins. Grâce à leurs collègues masculins

Je crois aux symboles et je crois aux petits pas. Alors je crois aux footballeuses de l’équipe nationale norvégienne, qui vont désormais toucher autant que leurs collègues masculins. C’est un symbole, parce qu’il s’agit seulement de sport. En plus, c’est du foot norvégien, pas le meilleur ni le mieux payé du monde. Elles comme eux vont ainsi toucher 640 000 euros par équipe et par an, alors que les femmes n’en recevaient que la moitié jusque-là. C’est tout de même, pour une équipe entière, 347 fois moins que ce que le Paris Saint-Germain a payé pour faire venir Neymar.

Des cerveaux pétrifiés

C’est donc un tout petit pas. Mais le sport est emblématique de la pétrification des cerveaux, dans ces histoires d’égalité salariale. Depuis les matchs de tennis façon «bataille des sexes» dans les années 70, on connaît par cœur le refrain des sportifs mecs: vous toucherez autant que nous quand vous serez capables de nous battre. Ça n’a pas évolué. Et on l’a encore répété il y a quelques mois: si Serena Williams jouait sur le circuit masculin, elle ne serait pas mieux classée que 700e.

Dans le fond, je me demande si dans les entreprises aussi les hommes sont persuadés qu’ils sont meilleurs, plus performants, plus forts, même «à compétences égales». Ils n’y peuvent pas grand-chose, il y a 10 000 ans de lourd lavage de cerveau autour de ça. Ils sont quasi programmés pour le penser. L’irruption des femmes à leurs côtés, au bureau, ne date que de quelques dizaines d’années: cela ne suffit pas encore à corriger le tir, ni le 20% d’écart de salaire entre les hommes et les femmes.

De la «discrimination positive»?

On peut imaginer des quotas, évidemment. De la «discrimination positive» à l’égard des femmes, même si je trouve cela plus humiliant qu’efficace. On peut inciter les femmes à choisir des études en sciences ou en ingénierie. On peut souhaiter la transparence absolue des salaires, mais ça ne suffit pas encore: elle existe, en Norvège ou ailleurs, mais il y demeure tout de même des écarts élevés entre les revenus masculins et féminins.

C’est pourquoi il faut peut-être surtout s’inspirer des footballeurs norvégiens. Ce sont eux, les gars, qui ont décidé de réduire leur salaire pour que les filles aient le même. C’est par eux que c’est devenu possible, ce petit pas. Je rêve du jour où mon voisin de bureau refusera son augmentation en disant: ce serait tellement plus juste de l’octroyer à ma collègue.


Chronique précédente

Déjeuner en paix

Publicité