Le doyen de la cathédrale d’Ulm, Ernst-Wilhelm Gohl, a entendu ceux de ses paroissiens qui trouvaient raciste la sculpture de Balthasar, le roi noir parmi les trois rois mages de l’Epiphanie: cette année, la crèche se fera sans ses rois. La cathédrale d’Ulm est l’un des plus beaux monuments du gothique allemand, reconstruit après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Son Balthasar en bois, sorti il y a cent ans des mains d’un artiste local, Martin Scheible, est le stéréotype vulgaire et méprisant d’un mage noir tel qu’il pouvait être représenté en Allemagne du Sud au début du XXe siècle. Des membres de la communauté évangélique de la cathédrale l’ont exfiltré avant qu’on puisse les accuser de tolérance raciste.

Voici que les mages deviennent rois

C’est le dernier épisode de l’histoire de la globalisation, commencée lorsque l’évangéliste Matthieu introduisit les régions du monde dans son récit de la nativité. Jésus est né. Des mages viennent l’adorer, venus d’Orient guidés par une étoile. Ils ne sont ni trois, ni rois mais ils ont trois cadeaux, l’or, la myrrhe et l’encens. L’idée de Matthieu est que la naissance de Jésus est un événement à inscrire jusqu’aux limites du monde connu. Vers le VIe siècle, la légende se précise, les mages sont désormais trois, ils acquièrent des noms, un âge et une fonction: Melchior, le plus vieux, est celui qui apporte l’or, Caspar, le plus jeune, apporte l’encens, et Balthasar, l’homme mûr, décrit comme plus foncé, apporte la myrrhe. Les mages sont à la charnière du monde païen et du monde chrétien, comme la promesse d’universalité de la conscience divine. La géographie terrestre est encore floue, les sources du Nil sont inconnues et l’au-delà du Nil encore plus.