Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Manifestation contre l’AfD. Cologne, 22 avril 2017.
© THILO SCHMUELGEN / Reuters

Nouvelles frontières

La banalisation du national-populisme

On croyait les forces du national-populisme tenues en échec. Mais élection après élection, les partis nationalistes gagnent du terrain, constate notre chroniqueur Frédéric Koller après la percée de l’AfD en Allemagne.

Election après élection, la droite national-populiste engrange les succès. Après la percée de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) le week-end dernier à Berlin, c’est le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) qui devrait confirmer le 15 octobre à Vienne son rang de deuxième force politique du pays avec de bonnes chances de participer à une nouvelle coalition au pouvoir. A l’annonce du score de l’AfD, Geert Wilders, le chef du Parti pour la liberté (PVV) néerlandais, a procédé à un rapide récapitulatif sur Twitter: Le PVV est 2e aux Pays-Bas, le FN est 2e en France, le FPÖ est 2e en Autriche, l’AfD est 3e en Allemagne. Il en conclut: «Le message est clair. Nous ne sommes pas des nations islamiques.»

Geert Wilders n’a pas allongé la liste. Il aurait pu: Donald Trump est 1er aux Etats-Unis, Viktor Orban est 1er en Hongrie, le PiS gouverne la Pologne, les Scandinaves sont sous l’influence croissante de partis du peuple et le paysage politique suisse est dominé depuis bientôt deux décennies par l’UDC blochérienne souvent citée comme source d’inspiration par toutes les autres mouvances de la droite souverainiste européenne.

«Stress test» du populisme

Si en France ou en Autriche on parle d’extrême droite, l’Allemagne hésite encore; ailleurs on réfute pour s’en tenir au terme plus vague de populisme. Question de culture politique, et surtout d’histoires nationales différentes. Peu importe l’appellation. Tous ces partis se situent à la droite de la droite, valorisent un peuple organique et soudé, encensent un chef, une identité culturelle, fustigent la globalisation, l’UE, les élites et les réfugiés – surtout musulmans. Leur frustration s’est nourrie des effets déstabilisants de la globalisation, qu’ils soient économiques ou migratoires.

Les digues sautent les unes après les autres comme l’a montré en Allemagne le succès de l’AfD

Après les échecs, en début d’année, du FPÖ à la présidence autrichienne, du PVV à former un gouvernement néerlandais ou du FN à s’emparer de la tête de l’Etat français, on a pu se rassurer sur la solidité des systèmes démocratiques: ils avaient passé le stress test du populisme. C’est ainsi qu’on en vient à considérer comme des victoires ce qui devrait pourtant être considéré comme des défaites: la progression constante, vote après vote, des forces nationalistes et la banalisation de leur discours. Rien n’est joué. En fait, les digues sautent les unes après les autres comme l’a montré en Allemagne le succès de l’AfD, parti qui comprend en son sein un noyau dur d’extrémistes qui siégeront au parlement, chose impensable il y a peu. Quelle sera la limite de leur progression? Un quart, un tiers de l’électorat (comme en Suisse)? Une majorité demain (comme en Pologne)? Suffisamment déjà pour imposer leur agenda de repli dans la plupart des pays.

Le rempart de l’hyper-centre

L’avènement de ce national-populisme se conjugue avec l’effondrement des partis sociaux-démocrates selon un scénario identique, que ce soit en Autriche, aux Pays-Bas, en France ou en Allemagne. Face à cette dérive droitière, le rempart s’incarne désormais dans des figures que l’on pourrait situer à l’hyper-centre, transcendant les vieux clivages idéologiques gauche-droite: Emmanuel Macron en France, Angela Merkel en Allemagne ou même Alexander Van der Bellen en Autriche. Chacun à sa manière a neutralisé son propre camp et phagocyté l’ancien rival, de centre-droit ou de centre-gauche. Dans un monde déboussolé, ils incarnent les derniers espoirs d’une démocratie libérale ouverte sur le large, confiante en l’avenir. Ils ont un devoir de réussir. Leur échec, dans le monde de demain, ouvrirait un boulevard à l’extrême droite.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)