Au soir du 3 novembre de l'année dernière, Jean-Claude Juncker, le jeune premier ministre du Luxembourg, reçoit un coup de téléphone urgent du président français Jacques Chirac. Un sommet de l'Union européenne sur l'emploi devant se tenir moins de quinze jours plus tard, Juncker, qui dirigera cette réunion en tant que président en exercice de l'Union européenne (UE), imagine que cet appel s'y rapporte. Il ne pourrait se tromper plus lourdement.

Chirac lui annonce qu'il est sur le point de proposer la candidature de Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque de France, à la présidence de la future Banque centrale européenne (BCE). La BCE aura son siège à Francfort, en Allemagne, il est donc «normal» que ce poste à responsabilités revienne à un Français.

Juncker est abasourdi. Il pensait que la présidence de la BCE – la fonction sans élection jouissant du plus grand pouvoir au sein de l'Union européenne économique et monétaire – reviendrait à Wim Duisenberg, patron de la Banque centrale hollandaise, bénéficiant de l'appui de 14 gouvernements de l'UE.

Juncker demande à Chirac s'il a informé le chancelier allemand Helmut Kohl ou Wim Kok, le premier ministre néerlandais. La réponse est non. Juncker prie l'Elysée de contacter Kok, alors en voyage en Nouvelle-Zélande. Lui-même se chargera des Allemands.

La démarche française laisse les Luxembourgeois bouche bée et offense les Hollandais. Kok, réveillé de bonne heure à l'autre bout du monde, réagit calmement à l'appel de Paris mais explose lors de la conversation suivante avec La Haye.

Duisenberg est tout aussi effaré. Il vient juste de présider une réunion informelle des gouverneurs des banques centrales de l'UE à laquelle Trichet participait. Rien de tout cela n'a été évoqué.

Trichet explique que c'est le mode de fonctionnement des Français. Lorsque le président demande à un serviteur civil de faire quelque chose, il n'y a pas d'autre choix que d'obéir.

C'est ainsi pour ce qui concerne l'indépendance de la Banque centrale, réplique Duisenberg.

Six mois plus tard, à la fin d'un week-end sommital capital à Bruxelles, la bataille pour la nomination du premier président de la BCE s'est soldée par un compromis boiteux.

Duisenberg a accepté «de son plein gré» de se retirer à la moitié de son mandat. Les Français ont obtenu l'engagement politique que Trichet serait son successeur. Comparée à la décision véritablement historique d'instaurer l'Union économique et monétaire (UEM), la lutte pour la présidence de la BCE semble une affaire mineure. Mais cette histoire donne un aperçu unique de la façon dont les dirigeants européens conduisent les affaires. Elle révèle également les tensions entre les politiciens élus et les directeurs non élus des banques centrales dont le pouvoir s'est accru de façon exponentielle dans un monde d'orthodoxie monétaire et de capital libéralisé.

C'est aussi l'histoire du déclin d'Helmut Kohl, l'homme d'Etat le plus important d'Europe et l'un des architectes de l'UEM, et de ses relations difficiles avec Jacques Chirac, personnage imprévisible et impulsif qui déconcerte ses alliés tant en France qu'à l'étranger avec ses paris à hauts risques qui n'ont jamais vraiment payé.

Les origines de la dispute autour de la BCE ne se trouvent pourtant pas au cœur de la politique française ou allemande. Elles remontent au printemps 1993, lorsque les dirigeants de l'UE cherchent un candidat adéquat pour diriger l'Institut monétaire européen (IME), l'organe, basé à Francfort, chargé de conduire la transition vers la monnaie unique. Duisenberg a les faveurs de la plupart des banquiers centraux européens. Mais il décline l'offre. Ce bon vivant, avec un faible pour les cigarettes très fortes, se sent bien dans son siège de gouverneur de la Banque centrale hollandaise. Ses collègues soupçonnent une autre raison: il partage leurs doutes sur le véritable démarrage de l'Union économique et monétaire.

Les dirigeants de l'UE sont consternés. Le Traité de Maastricht stipule que l'IME doit commencer ses opérations le 1er janvier 1994. En désespoir de cause, ils se tournent vers Alexandre Lamfalussy, le professoral ex-président de la Banque des règlements internationaux de Bâle, qui refuse le poste également. Lamfalussy dit qu'il a presque 65 ans, assez jeune pour accepter un mandat de trois ans à l'IME mais trop vieux pour assumer ensuite la présidence de la BCE – un poste pour lequel, confesse-t-il, il aurait tué s'il avait été plus jeune de quelques années.

Néanmoins, le gouvernement belge finit par vaincre la résistance de Lamfalussy. En tant que présidente en exercice de l'UE, la Belgique doit trouver un président pour l'IME et régler un interminable débat sur l'emplacement de la BCE et d'une douzaine de ses agences en Europe.

L'accord final intervient en octobre. Sur l'insistance des Allemands, la banque est attribuée à Francfort. Lamfalussy accepte le poste de l'IME mais à deux conditions: premièrement, il pourra s'en aller avant le terme de son mandat si les choses ne vont pas; et, deuxièmement, il ne prendra pas l'engagement de briguer un deuxième mandat de trois ans.

Lamfalussy craint qu'un retard dans l'application de l'UEM au-delà de la date fixée au 1er janvier 1999 ne le cloue à l'IME. Mais si l'union monétaire se fait selon le calendrier prévu sans que les dirigeants de l'UE parviennent à s'entendre sur le président de la BCE, il pourrait se retrouver acculé à honorer le mandat de huit ans prévu par le Traité de Maastricht. D'où son insistance à fixer une date précise à son retrait afin de focaliser l'attention sur un successeur bien placé pour prendre la relève lors de la transformation de l'IME en BCE le 1er juillet 1998.

L'idée de relier les deux directions de l'IME et de la BCE est logique. La transition vers l'irrévocable fixation des taux de change entre les pays qualifiés pour l'union monétaire du 1er janvier 1999 étant une période d'énorme incertitude sur les marchés financiers, le poste de président de l'IME/BCE constitue un élément de continuité.

Cependant la logique économique d'un passage de témoin sans accroc est politiquement délicate. Le Traité de Maastricht stipule que les banquiers centraux ont le pouvoir de recommander un candidat à la présidence de l'IME que les chefs de gouvernement de l'UE approuvent à l'unanimité. La présidence de la BCE est aussi soumise à la même unanimité mais, élément crucial, le droit de recommander un candidat appartient aux ministres des Finances de l'UE.

Début 1996, Lamfalussy rappelle à ses collègues qu'il a l'intention de partir à la fin de l'année. Il a plusieurs conversations avec Hans Tietmeyer, président de la Bundesbank, qui le presse de rester. Néanmoins, fin avril, il reçoit un appel de Duisenberg disant qu'il est prêt à prendre le relais. Tietmeyer a fait pression sur lui pour qu'il accepte le poste.

Duisenberg dit qu'il doit consulter la Banque centrale néerlandaise et sa femme. A Washington, en marge de la réunion du FMI (Fonds monétaire international) et de la Banque mondiale, Tietmeyer lui pose une seule question: «Avez-vous consulté votre femme?»

Finalement, Duisenberg prend un engagement clair, bien que flanqué de deux conditions. D'abord il ne souhaite pas déménager à Francfort avant le 1er juillet 1997 – six mois plus tard que prévu. La Hollande doit assumer la présidence tournante de l'UE le 1er janvier 1997, et Duisenberg affirme qu'il ne veut pas partir pendant cette période – surtout parce que le sommet d'Amsterdam doit se tenir à la Banque centrale hollandaise.

La seconde condition est plus importante encore: Duisenberg exige une assurance raisonnable qu'il passera de l'IME à la BCE. Ses collègues des banques centrales acquiescent unanimement et se mettent en devoir de consulter leurs gouvernements respectifs dans le délai prévu de dix jours.

Tous les gouvernements donnent une réponse positive, sauf deux: la France et l'Italie. Le refus de cette dernière s'explique par la chute du gouvernement de Lamberto Dini; mais le silence de la France est de mauvais augure.

Trichet invoque ses mauvaises relations avec Chirac et le gouvernement gaulliste qui ne goûtent ni l'un ni l'autre sa politique monétaire austère. En gage d'encouragement, Trichet écrit un mot personnel de soutien à Duisenberg que le Hollandais déposera plus tard dans son coffre-fort personnel.

Le lundi 13 mai, les gouverneurs des banques centrales de l'UE concluent l'accord. Lamfalussy accepte de rester encore six mois. Duisenberg est plébiscité par ses collègues, l'annonce est faite le lendemain.

Jacques Santer, président de la Commission européenne, décrira plus tard la tentative de manipuler la succession à la BCE comme un «coup d'Etat» des banquiers centraux. Quelques grognements se font entendre lors de la réunion des ministres des Finances de l'UE le lundi suivant. Mais le plus vexé est Jacques Chirac.

Il apprend la confirmation officielle de la nomination de Duisenberg le 14 mai, alors qu'il participe à un sommet franco-anglais à Londres avec John Major, le premier ministre britannique.

Yves-Thibault de Silguy, le commissaire aux Affaires monétaires de l'UE, déniche un conseiller important de Chirac à Londres: il recommande de torpiller Duisenberg sous prétexte que toute cette affaire est une tentative claire de manœuvrer la succession à la BCE. Mais on l'informe que les banquiers centraux ont agi en conformité avec le Traité.

Un mémorandum interne de l'Elysée propose deux options: opposer un veto à Duisenberg ou accepter avec des réserves, en signalant notamment que la nomination à l'IME ne doit en rien préjuger de la décision sur la présidence de la BCE.

Chirac fait valoir ses inquiétudes lors du sommet de Dublin en décembre 1996. Mais la réunion est dominée par l'affrontement titanesque entre Français et Allemands sur les termes du Pacte de Stabilité pour faire observer la discipline budgétaire dans la future zone euro, si nécessaire par des sanctions draconiennes.

Kohl et Chirac, face à face, se déchirent. Après dix-sept heures de négociations, le Pacte de Stabilité est renommé Pacte de Stabilité et Croissance afin de prendre en compte la demande française de prêter plus d'attention à la création d'emplois. Lorsque Chirac glisse ses réserves sur la succession à la BCE, peu nombreux sont ceux qui prennent ce geste au sérieux.

Peu après, Chirac confie à de Silguy qu'il a un candidat français pour la BCE: Michel Camdessus, directeur du Fonds monétaire international.

Chirac laisse échapper plusieurs sous-entendus à propos de la présidence de la BCE mais n'a jamais demandé explicitement à Camdessus de quitter Washington.

Lorsque les rumeurs commencent à filtrer dans la presse, Camdessus, qui vient d'obtenir un troisième mandat au FMI, affirme qu'il préfère la scène internationale à l'Europe. La crise financière asiatique de l'été dernier élimine tout éventuel espoir de persuader Camdessus de bouger.

M. Chirac se retrouve donc devant une seule alternative: Jacques de Larosière, ex-président de la Banque de France et du FMI, sur le point de quitter la Banque européenne de reconstruction et de développement; et Jean-Claude Trichet. Ni l'un ni l'autre ne convient.

De Larosière approche de 70 ans et d'une retraite bien méritée. Trichet peut faire valoir d'impeccables références de banquier central; mais son attachement à la monnaie forte et aux taux d'intérêt élevés l'a rendu impopulaire à Paris, au sein de la droite comme de la gauche.

Chirac cherche un moyen de réaffirmer son autorité en France. Au printemps, il a parié sur des élections parlementaires anticipées avec pour résultat l'écrasement de son gouvernement gaulliste/UDF par la coalition plurielle emmenée par les socialistes. Quelle meilleure ruse que de pousser Trichet, tout auréolé de tricolore, au poste suprême de la BCE et de forcer Lionel Jospin, le nouveau premier ministre, à l'appuyer?

Lorsque Jospin hésite, Chirac l'avertit qu'il risque de miner les intérêts de la France – une remarque que certains conseillers du premier ministre interprètent comme une menace de révéler l'affaire à la presse. Jospin accepte alors avec réticence, il prendra toutefois sa revanche plus tard.

Dominique Strauss-Kahn, le puissant ministre de l'Economie et des Finances, est encore plus consterné. Il sait que la candidature de Trichet va exaspérer les Allemands. Il préfère quant à lui gagner le soutien de Bonn pour le renforcement du club Euro-X – le groupe informel des ministres des Finances de la zone euro – comme contrepoids politique à la BCE.

Mais Chirac l'emporte. Mi-octobre, Trichet est convoqué secrètement à l'Elysée pour voir le président et à Matignon pour rencontrer Jospin. Il accepte la candidature sans réserve.

Chirac annonce ses intentions le 4 novembre, la veille de l'arrivée de Kohl à Paris. Les fonctionnaires français affirment que Kohl a été averti lors du sommet franco-allemand en Alsace-Lorraine, quinze jours plus tôt.

Les fonctionnaires allemands sont moins clairs, bien qu'il semble que Kohl n'ait pas tenté de dissuader Chirac de mener à bien son projet. Au sommet de Luxembourg sur l'emploi, le chancelier regrette que la présidence de la BCE soit devenue une affaire de prestige et appelle à un sage compromis.

Entrent alors en scène Jean-Claude Juncker et la présidence luxembourgeoise de l'UE. A Dublin, douze mois plus tôt, Juncker a joué un rôle essentiel de médiateur entre Kohl et Chirac sur le Pacte de Stabilité.

Il tente de renouveler cette performance. Mais il est éclipsé par deux autres débats au sein de l'UE: la demande d'adhésion de la Turquie et le souhait de la Grande-Bretagne de rejoindre le club Euro-X.

Au sommet de Luxembourg, Tony Blair, le premier ministre britannique, passe six heures à se disputer avec les Français sur l'Euro-X. Le ton monte. Les fonctionnaires de Chirac décrivent perfidement Blair comme une version Labour de Margaret Thatcher. Juncker, qui espérait obtenir un compromis comportant un retrait anticipé de Duisenberg, garde l'accord dans sa poche. Au début de l'année suivante, à l'instigation de Kohl, Juncker fait un nouvel effort pour sortir de l'impasse. Une solution consiste à introduire un âge obligatoire de la retraite pour le président de la BCE, 67 ans par exemple, reflétant en cela les règles de la Bundesbank.

Une autre idée est d'obtenir de Duisenberg la promesse qu'il se retirera à mi-mandat pour laisser sa place à Trichet. Chirac s'enfonce. Il connaît par cœur la date de naissance de Duisenberg: 9 juin 1935. Un message arrive de Paris: la solution la plus élégante est sans doute que Duisenberg se retire le 9 juin 2000, date de son 65e anniversaire.

Duisenberg se sent frustré. Il n'a rien contre les Français. Il parle la langue et possède une maison en Provence. Il a même reçu la Légion d'Honneur, à titre de reconnaissance pour son rôle dans le soutien du franc français pendant la vague de spéculation monétaire en 1992/1993.

Mais c'est aussi un homme fier: il n'est pas prêt à aller à genoux à l'Elysée pour convaincre Chirac. Il ressent cela comme une atteinte à son intégrité professionnelle et à l'indépendance de la future Banque centrale européenne.

Il est aussi déconcerté par

les informations venant de

Paris selon lesquelles l'opposition de Chirac n'est pas dirigée contre lui personnellement mais largement liée à l'aversion du président français pour les lois néerlandaises sur les drogues douces.

La bataille pour la BCE va devenir une guerre des nerfs entre Français, Hollandais et Allemands. A ce stade, les Anglais, présidents en exercice de l'UE, commencent à s'inquiéter.

Du 1er au 3 mai, l'UE est censée choisir les membres fondateurs de l'Union économique et monétaire, l'évolution la plus importante en Europe depuis la chute du mur de Berlin. L'échec d'un accord sur la présidence de la BCE risque de faire du sommet de Bruxelles un fiasco qui perturbera les marchés financiers.

Blair demande si l'Angleterre peut agir en tant qu'honnête courtier, mais on lui répond poliment que c'est une affaire entre Hollandais, Français et Allemands. Tout va s'arranger.

Le samedi 2 mai, en début d'après-midi, Blair prie formellement le sommet de Bruxelles de désigner les membres fondateurs de l'union monétaire et la présidence de la BCE. Mais au lieu de commencer par un repas réunissant tous les dirigeants de l'UE, il interrompt les discussions et convoque une réunion entre Chirac, Jospin, Kohl et Kok.

Les fonctionnaires anglais expliquent que Blair – songeant au récent aboutissement des négociations de paix en Irlande du Nord – estime qu'il est impossible de régler les différends avec 15 chefs de gouvernement autour d'une seule table.

Les désaccords entre Hollandais, Français et Allemands surgissent rapidement. Chirac est inflexible sur la date du 1er janvier 2002 pour le retrait de Duisenberg. Kok reste ferme sur ses positions. Kohl est mal à l'aise. Blair téléphone à Duisenberg. Le Néerlandais réaffirme ce qu'il a déjà promis en privé: il se retirera de façon anticipée mais au moment qu'il aura lui-même choisi.

Comme la réunion s'éternise, les autres dirigeants de l'UE ont le sentiment d'être laissés de côté. Juncker émet quelques remarques acides. Jean-Luc Dehaene, le premier ministre belge, menace d'organiser un déjeuner séparé au centre de Bruxelles.

En fin d'après-midi, Kohl, Kok et Chirac semblent sur le point de s'entendre sur juin 2002, la date limite pour le passage des monnaies nationales aux pièces et billets en euros. Blair consulte Duisenberg qui donne son accord, sous réserve d'un texte. Kohl lance un appel pour une solution raisonnable.

Puis quelque chose tourne mal. Duisenberg, qui aurait eu des contacts avec Tietmeyer, durcit son opposition à la précision d'une date. Gerrit Zalm, ministre hollandais des Finances, presse également Kok de ne pas accepter une date. Il est inquiet de l'effet qu'aurait une bévue sur les élections générales en Hollande le 6 mai.

Mais le revirement le plus étonnant vient de l'intérieur de la délégation allemande composée de Kohl, Klaus Kinkel, ministre des Affaires étrangères, Theo Waigel, ministre des Finances, et Tietmeyer. «Kohl a été retourné», affirme une source de l'intérieur.

Le désarroi allemand apparaît lors d'une séance d'une heure avec la délégation hollandaise. Pendant que Blair parle à nouveau avec Duisenberg, l'exigence française d'une date de départ précise se heurte à un mur de résistance.

La pression sur Chirac pour parvenir à un accord s'accentue. Jospin est parti en Nouvelle-Calédonie, défiant de ce fait Chirac d'opposer son veto à Duisenberg, ce qui provoquerait un veto hollandais à Trichet et l'échec du sommet. Blair avertit Chirac que la recherche d'un troisième candidat sèmera la confusion.

Finalement Blair présente une formule que les juristes de l'UE viennent d'imaginer: Duisenberg fera une déclaration personnelle spontanée précisant qu'il se retirera de façon anticipée. Il lira cette déclaration aux dirigeants de l'UE dans la salle de conférences du sommet.

C'est un moment mémorable – pas aussi émouvant que la naissance de l'euro mais un rappel que la nouvelle banque centrale sera responsable envers les politiciens. Chirac s'est imposé, et il a obtenu l'engagement que le prochain président de la BCE sera Français.

Mais Chirac a soutenu la cause française sans grande considération pour les intérêts électoraux d'un Helmut Kohl en difficulté, son allié théoriquement le plus proche et l'homme qui s'est fait une carrière en subordonnant les intérêts nationaux allemands au nom de l'Europe. C'est cher payé.

© Financial Times

Traduction: Pilar Salgado

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