L’Europe et le reste du monde sont un peu déçus. Même si la Banque centrale européenne (BCE) a baissé son taux de référence d’un quart de point jeudi, à 0,75%, même si cela correspond au taux le plus bas depuis la création de l’euro, en 1999, son geste a été jugé insuffisant par les marchés pour venir en aide à une région que la récession gagne petit à petit.

La déception est à la hauteur des attentes: énorme. Celles-ci n’étaient d’ailleurs pas que le fait de la communauté financière, toujours friande de facilités de crédit susceptibles de porter les marchés boursiers pendant quelque temps. Les pressions, appels à l’aide et autres injonctions étaient aussi publics et politiques. Même Christine Lagarde, directrice du FMI, avait enjoint à la BCE d’en faire plus.

Cette situation est rare, voire unique. C’est une nouvelle preuve que le rôle de la BCE a changé. Bien que son président, Mario Draghi, s’en défende, son mandat premier, la stabilité des prix, est largement dépassé. Comment dire le contraire, alors que le Conseil européen vient d’octroyer à la BCE un rôle de superviseur bancaire dont ses dirigeants eux-mêmes ne savent pour l’heure pas grand-chose.

Mais ce ne sont là que deux épisodes d’un plus vaste feuilleton qui se joue depuis quatre ans. Ailleurs, Mervyn King, le gouverneur de la Bank of England, n’est pas étranger à la double démission (directeur et président) chez Barclays, dans la foulée du scandale de la manipulation du taux Libor qui ébranle la City.

En Suisse, les prérogatives de la Banque nationale sont devenues plus politiques. Plus réglementaires, aussi. Le cas récent où elle a explicitement considéré Credit Suisse comme insuffisamment capitalisé n’en est qu’un exemple. Supplante-t-elle la Finma? Les deux institutions réfutent, mais ce sentiment est largement partagé.

A ce sujet, l’ex-président de la BNS Philipp Hildebrand disait: il est normal qu’une banque centrale soit au centre des attentions dans une telle crise. Car c’est elle qui a le monopole de l’émission de monnaie. En d’autres termes, c’est elle qui a l’argent dont tout le monde a besoin, et non pas le régulateur, le superviseur ou le gouvernement.

Qu’adviendra-t-il lorsque l’Europe et le reste du monde se seront définitivement sortis de ce mauvais pas? Les fonctions que les banques centrales se voient aujourd’hui octroyer leur seront-elles retirées? Rien n’est moins sûr. En attendant, ces banques semblent n’avoir jamais aussi bien porté leur nom.