Ce n’est pas tout à fait une première. Après tout, UBS est dirigée par un Hollandais et présidée par un Allemand depuis un an. Mais cette absence d’un Suisse à la tête de la première banque du pays devait être provisoire. Axel Weber allait arriver au terme des dix ans autorisés. A coup sûr, son successeur posséderait un passeport rouge à croix blanche.

UBS a pourtant choisi de proposer l’Irlandais Colm Kelleher pour présider son conseil d’administration. C’est rare: Credit Suisse, plus encore qu’UBS, a déjà eu des managers étrangers. Mais ils fonctionnaient presque toujours en tandem avec un banquier du cru.

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Cette perspective d’un duo sans représentant helvétique a déjà fait grincer des dents. De ceux qui, déjà, regrettent que les propriétaires des deux établissements soient de moins en moins locaux. Le SonntagsBlick parle d’une banque qui reste suisse, mais «es birebitzeli», un tout petit peu, en référence au choix de Lukas Gähwiler comme vice-président.

Partage des tâches

Est-ce vraiment problématique? On dit d’Axel Weber qu’il faisait très bien ce travail de représentation et que, avec Sergio Ermotti, ils s’étaient parfaitement partagé les tâches, là où Credit Suisse n’aurait pas été aussi habile.

Il n’est pas non plus nécessaire d’être président ou directeur général pour assurer cette mission. Au contraire, un Lukas Gähwiler très bien introduit s’en chargera et laissera Colm Kelleher se concentrer sur la multitude d’autres tâches requises par sa fonction. Car la gestion d’une banque globale nécessite d’autres compétences que celle de parler le suisse-allemand ou d’être intégré dans les réseaux d’influence locaux.

C’est la force de l’économie suisse de se reposer sur des compétences internationales pour être à la pointe. Or dans ce domaine, les trente ans de Colm Kelleher à Morgan Stanley, qui passe pour être la banque américaine à laquelle UBS ressemble le plus, son expertise dans la gestion des risques et son réseau international sont des atouts.

Une interrogation émerge néanmoins: parmi les papables circulait un seul nom suisse, celui de l’ex-président de la Banque nationale Philipp Hildebrand. Les rumeurs disent qu’il n’aurait en fait jamais été dans la shortlist. Si cela révèle qu’aucune personnalité dans ce pays n’a le profil pour présider ses grandes banques, c’est un problème. Si – au contraire – elles existent, mais que les banques n’en tiennent pas compte, c’en est un aussi.