Revue de presse

Baptême du feu ce mercredi pour Ignazio Cassis au Conseil fédéral

Aujourd’hui a lieu la première séance du gouvernement pour le nouveau chef du DFAE, dont on attend avant tout qu’il empoigne très vite la question de l’accord-cadre exigé par l’Union européenne. Mais selon les médias, sa marge de manœuvre est pour l’heure très étroite

L’entrée officielle du PLR tessinois Ignazio Cassis au Conseil fédéral coïncide avec la Toussaint, a souligné le nouveau chef de la diplomatie, qui s’est dit heureux d’être pour cette occasion sous le contrôle de tous les saints du paradis. Ses cent premiers jours seront consacrés à l’analyse de fond de tous les dossiers. Son prédécesseur au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Didier Burkhalter, lui a présenté mardi à Berne les cadres du «conseil de direction élargi», auquel se sont joints deux jeunes, un stagiaire et un apprenti. Puis ils ont trinqué tous ensemble avec du vin blanc neuchâtelois et du rouge tessinois.

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La clé remise au nouveau chef du DFAE lui ouvre aussi la porte du monde, en particulier de l’Europe. Car une chose est sûre: tous les partis attendent le libéral-radical sur le dossier de l’accord-cadre exigé par Bruxelles afin de garantir l’accès au marché européen. Sur ce terrain miné, il devra jouer une partition plus fine que le Neuchâtelois. Il a d’ailleurs déjà estimé qu’il faudrait appuyer sur la touche «remise à zéro».

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Détail amusant relevé dans l’éditorial commun à 24 heures et à la Tribune de Genève, chaque soir depuis la mi-octobre, le Palais fédéral sert de décor au spectacle son et lumière Rendez-vous Bundesplatz 2017, justement placé sous le leitmotiv «RESET», à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme protestante. Le mot est donc à la mode à Berne. Mais Ignazio Cassis ne pourra pas non plus faire table rase des décisions prises par le Conseil fédéral avant son arrivée.

Force est donc de constater, disent les deux quotidiens lémaniques, «qu’il aura du mal à garder le cap». Mais «il faudra tenir vos promesses, Monsieur le conseiller fédéral», prévient le Blick am Abend. Le dossier européen est déjà très avancé, et les lignes directrices fixées.

Difficile ainsi d’imaginer un «virage à 180 degrés» avec un homme qui «risque bien de se retrouver dans un premier temps cantonné au rôle de simple exécutant» et de passer pour «un traître aux yeux de l’UDC», très remontée contre l’idée d’un accord-cadre chapeautant les bilatérales avec l’UE. Bref: Ignazio Cassis «entame son crash test européen», titre assez justement le site Arcinfo.ch, avec ce que la radio alémanique qualifie clairement du «plus gros morceau».

Le commentaire de l’émission de la SRF «HeuteMorgen»:

Le nouvel élu n’aura pas l’occasion de s’ennuyer, puisque le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, est attendu à Berne le 23 novembre par la présidente de la Confédération, Doris Leuthard. Mais il faudrait plutôt dire «espéré», car cette visite pourrait être annulée, selon la Neue Zürcher Zeitung, liée qu’elle serait au milliard de cohésion que la Suisse s’est engagée à verser en faveur des pays de l’Est.

«Ce «chantage» de l’UE ne serait pas si étonnant» aux yeux de la Tribune de Genève et de 24 heuresAujourd’hui donc, «le nouveau ministre des Affaires étrangères se trouve dans une posture délicate, pris entre deux feux. D’un côté, le Conseil fédéral qui veut maintenir sa ligne avec l’UE; de l’autre, l’UDC, un parti qui ne veut entendre parler ni du milliard de cohésion ni d’un accord-cadre sur les questions juridiques.» Le dernier Matin Dimanche prétendait dans sa version imprimée que des cadres influents de l’UDC avaient rencontré le magistrat la semaine dernière pour lui rappeler leur soutien lors de l’élection du 20 septembre, triomphale:

Quant à la Basler Zeitung, elle publie en page 3 de sa version imprimée deux grandes lettres ouvertes au «sehr geehrter Herr Bundesrat Cassis» à l’occasion de son entrée en fonction. L’une d’entre elles lui rappelle que si les relations avec Bruxelles sont d’une importance capitale, «le prix à payer par la Suisse ne doit pas être une capitulation sur la question de son indépendance politique» et que sa vraie place est «au cœur d’une compétitivité globale». Et de mettre une claque au passage à Didier Burkhalter, dont le canton, au cours de l’histoire, a longtemps été sous l’influence des princes prussiens.

En attendant de passer aux choses sérieuses, Ignazio Cassis doit encore nommer ses collaborateurs personnels et décider s’il conserve dans son dicastère les deux cadres qui ont une importance cardinale sur le dossier européen. D’une part, le secrétaire général nommé par Didier Burkhalter à son arrivée en 2009, le Lucernois Benno Bättig. Il pourrait être remplacé par l’actuel chef du Service du renseignement de la Confédération, Markus Seiler, selon ce que semblait penser mercredi dernier l’Aargauer ZeitungLe sort de la secrétaire d’Etat socialiste aux Affaires étrangères, la Bâloise Pascale Baeriswyl, en poste depuis moins d’un an, est également entre ses mains.

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